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La cougar et le robot

5 min

« Retour contrarié pour Isabelle Adjani » , titrait début octobre Le Parisien. “La première de la pièce américaine, qui marque le retour sur les planches d’Isabelle Adjani au Théâtre de Paris, prévue le 21 octobre, [était] reportée au 4 novembre. Si la comédienne [demeurait] à l’affiche dans le rôle d’une rédactrice en chef éprise de son jeune reporter, sa principale partenaire, Carmen Maura [déclarait] forfait, de même que le metteur en scène, Julien Collet Vlaneck. Ils [devaient être] respectivement remplacés par l’Italienne Vittoria Scognamiglio et Dominique Borg, déjà chargée des costumes.” La première a finalement eu lieu, et Armelle Héliot, du Figaro , n’aurait raté ça pour rien au monde. “Une houle frémissante court dans le grand foyer du Théâtre de Paris, ce mardi soir, 4 novembre , raconte-t-elle. L’impatience est palpable et si les journalistes ne sont pas invités, ils sont nombreux (comme elle ?) à avoir acheté des places : qu’Isabelle Adjani revienne sur scène est un événement. Pourtant la règle est stricte , nous apprend Armelle Héliot : pas de critique avant le 19 novembre. Les micros seront tendus à la sortie… C’est la première publique. La veille, la couturière a rassemblé le personnel du théâtre, amis, proches. Ce mardi soir, il y a quelques invités [VIP]. Mais c’est surtout le public qui est là. Tous les âges, tous les horizons, beaucoup de couples de garçons , remarque-t-elle. Isabelle Adjani est aimée, elle ne peut en douter. Les ouvreurs et ouvreuses, chemise blanche et pantalon noir, placent les spectateurs avec célérité. Plus de pourboires, ici, ces jeunes sont payés par la direction. La salle n’est pas comble , constate notre consœur du Figaro : les changements de date de première ont bien sûr un peu perturbé les réservations, explique-t-elle, mais elles montent en puissance , nous rassure-t-elle, et les premiers échos, dès mercredi matin sur les ondes, étaient bons , nous assure-t-elle. La pièce de l’Américaine Carey Perloff qu’Isabelle Adjani a choisie pour revenir au théâtre, huit ans après La dernière nuit pour Marie Stuart qui l’avait vue triompher à Marigny, s’intitule Kinship, que l’on pourrait traduire par « lien particulier ». Elle parle de l’embrasement d’une femme dans la plénitude de la vie pour un jeune homme dont elle ignore qu’il est le fils d’une amie. Histoire d’amour impossible tendue par l’habile dramaturge au-dessus de la tragédie de Racine Phèdre. Quelques scènes capitales sont d’ailleurs représentées et normalement interprétées par la comédienne qui joue « Elle ». Ainsi, Kinship offre à une interprète un rôle de femme moderne, rédactrice en chef d’un quotidien de province en Amérique et un rôle de personnage mythique dans une tragédie classique. Idéal , estime Armelle Héliot, pour une comédienne de la trempe d’Isabelle Adjani.” Pas de critique avant le 19 novembre ? Il en est un qui a joyeusement enfreint le sacro-saint embargo, c’est Thierry Dague, qui dans Le Parisien a dégainé sa critique dès le 6 novembre. “Rien n’est habituel avec Isabelle Adjani, écrit-il : après avoir repoussé son retour sur scène de trois semaines, changé de metteur en scène et de partenaire féminine, la star bénéficiait d’un gorille chargé de tenir les journalistes à l’écart du Théâtre de Paris, pour la première de Kinship. L’actrice, absente des planches depuis huit ans, n’a pas à rougir de sa prestation dans cette pièce , juge Thierry Dague. Dans un décor minimaliste, elle incarne avec justesse la rédactrice en chef d’un journal, qui tombe amoureuse d’un jeune et beau reporter – Niels Schneider, impeccable. […] Isabelle Adjani retombe en adolescence, garde dans son sac les objets effleurés par son chéri, lui demande s’il la trouve vieille. Niels Schneider lui baise les pieds, la renverse sur un bureau, avant de la repousser. Jalousie, vengeance. Cela ne va pas bien plus loin. Le texte de Carey Perloff est parfois drôle – « J’adore tes orteils ! – Et moi tes cils ! » – mais le plus souvent plat et creux. Le parallèle avec Phèdre, dont les répliques retentissent en off, est maladroit. A la sortie, les premiers spectateurs saluent l’intensité des comédiens, mais déplorent le manque d’émotion de la pièce. Comme une cougar privée de ses griffes.” Une cougar sans griffe, et pourquoi pas un robot sur scène ? Odile Quirot, de L’Obs , est allée au Japon voir la première de La Métamorphose version androïde , qui sera jouée du 12 au 14 novembre au Petit-Quevilly, dans le cadre d’Automne en Normandie, puis en tournée à Poitiers, Compiègne et Arras. “Il fallait bien être japonais pour faire jouer La Métamorphose par un robot , écrit-elle. Chez Oriza Hirata, Gregor Samsa se réveille non plus changé en vermine monstrueuse, mais en robot. Seul son visage et sa voix évoquent l’humain d’hier. Troublant.” Oriza Hirata, déjà auteur des Trois Sœurs version androïde , d’après Tchekhov, se pose encore une fois la question : “Qu’est-ce qu’être un homme ? Les ayants droits de Sartre ont refusé qu’il monte Huis Clos. Tant pis. « Sartre était fasciné par La Métamorphose, explique-t-il. Si un homme est une présence sans conséquence, il peut devenir un insecte au matin. Ou un robot. » […] On s’attache étrangement à Gregor le robot , assure la critique dramatique de L’Obs. Quand il se demande ce qui fait encore de lui un homme, de son cœur, de ses poumons ou de sa conscience. Quand il veut qu’on le débranche. […] Quand son père avoue craindre, lui aussi, de ne plus savoir pleurer. « Je ne souhaite pas, dit Hirata, montrer “les gens remplacés par des machines”, mais ”les gens qui n’ont pas conscience d’être remplacés par des machines”. » Ce danger-là n’inquiète pas les acteurs” , assure Odile Quirot. Pour l’instant ?

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