LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

La danse, un métier à risques

5 min

“Après l’effroi, la stupeur… le doute ! Le Bolchoï n’en finit pas de passer par toutes les phases du désarroi depuis l’attaque à l’acide contre son directeur artistique , relate le correspondant à Moscou des Echos , Benjamin Quénelle. En cette sinistre soirée du 17 janvier, [rappelez-vous], Sergueï Filine, faiseur de carrières et fixeur de salaires parmi des étoiles aux ego surdimensionnés dans le plus célèbre des théâtres russes, a été agressé au vitriol par un inconnu masqué en bas de son immeuble moscovite. Après vingt-trois opérations aux yeux, il est toujours en partie aveugle et défiguré. Pavel Dmitritchenko, danseur réputé jusque-là pour son interprétation passionnée d’Ivan le Terrible, vient d’être condamné à six ans de prison pour avoir commandité l’attaque. Un scénario bien loin de l’œuvre de Sergueï Prokofiev. Membre depuis 2002 du ballet où régulièrement il piquait des colères dans les coulisses et aurait pris très à cœur les vexations imposées à sa compagne danseuse écartée du rôle phare dans Le Lac des Cygnes, Pavel Dmitritchenko a reconnu pendant le procès être le commanditaire. Il a invoqué des désaccords artistiques.” Plus étonnamment, selon Libération , il a confié à la télévision que “petit, il se rêvait plutôt footballeur. « Ma mère m’a emmené à l’école de ballet et m’a dit : “Je t’achèterai une barre de Mars si tu fais ce qu’ils te disent.” Je lançais des pétards sur les profs. Ils ont finalement fermé les yeux sur mon comportement. »” “Le verdict , continue le correspondant des Echos , près d’un an après les faits puis un incessant flux de rumeurs, scandales et polémiques, devait apaiser les tensions. Mais, rongé par les conflits internes, le Bolchoï n’en finit pas de s’enfoncer dans la crise. Quelques heures avant la condamnation, le chef d’orchestre et directeur musical du théâtre, Vassili Sinaïski, a soudainement démissionné, de sa propre initiative et à quinze jours de la première très attendue de l’opéra Don Carlo de Verdi. « Lors du procès, le public n’a pu entendre une seule preuve confirmant la culpabilité de Pavel Dmitritchenko », ont quant à eux protesté 150 artistes et employés du Bolchoï dans une lettre ouverte. Les signataires ont pris la défense du danseur qui, contrairement à d’autres, avait l’habitude de parler haut et fort des problèmes autour de Sergueï Filine. Car le directeur artistique traîne lui aussi une mauvaise réputation. Le mois dernier, une jeune danseuse américaine du Bolchoï a révélé avoir dû quitter le théâtre parce que la hiérarchie exigeait 10 000 dollars pour l’autoriser à devenir soliste. Elle n’a cité personne. Mais le nom de Sergueï Filine était dans tous les esprits.”

Et pendant ce temps, à Paris, c’est “feu d’artifice, mais cruauté sur le front. Au Ballet de l’Opéra de Paris, les grandes manœuvres tiennent lieu de trêve de Noël , constate Ariane Bavelier dans Le Figaro : vingt-trois représentations de La Belle au bois dormant d’après Rudolf Noureev à Bastille et vingt-deux du Parc d’Angelin Preljocaj à Garnier, entre le 4 décembre et le 8 janvier. Plus de quatre-vingt-dix danseurs d’un côté, une bonne quarantaine de l’autre. Et un chiffre qui dit l’importance de ce mois de spectacles : il représente 10% des recettes de billetterie d’une année.” “ La Belle au bois dormant est à l’Opéra Bastille ce que le 15 août est aux Autoroutes du Sud , note pour sa part Guillemette Faure dans M le Magazine du Monde. Sur ses 350 000 places de spectacle annuelles, 100 000 se remplissent en décembre.” “Plus que jamais, un vent de frayeur mêlé d’excitation a accueilli cette programmation , continue Le Figaro. Fait exprès ? Onze interprètes du Ballet, dont trois étoiles et deux premières danseuses, se sont déclarées enceintes. Surnommé « le ballet des ballets », La Belle est un énorme morceau que les 154 danseurs de l’Opéra n’avaient pas dansé depuis neuf ans. […] Pour La Belle, Svletana Zakharova et David Hallberg, l’exceptionnel couple du Bolchoï, ont été appelés à se produire à Paris, en renfort de la distribution française. Régisseur de la danse, Renaud Fauviau vit cette période sous tension : « On a fait deux groupes de danseurs, un pour La Belle , un pour Le Parc et, en principe, ces ensembles resteront étanches », dit-il. Brigitte Lefèvre, la directrice du Ballet, a choisi les solistes, notamment pour les rôles principaux, trop lourds pour être enchaînés deux soirs de suite. La distribution ressemble à un château de cartes. « Quand tout le monde est fatigué, le Ballet de l’Opéra doit prouver sa vaillance. C’est difficile, mais c’est l’honneur d’une compagnie comme la nôtre de défendre ce répertoire et d’assurer ce double lever de rideau », explique Brigitte Lefèvre. L’électricité prend le pas sur les bobos, jusqu’à ce qu’éclatent les épidémies de grippe ou de gastro, et les blessures. […] « Il y a souvent, vers le milieu de la série, un moment où on ne sait plus comment boucher les trous. La solution, c’est de ramener les ensembles du corps de ballet à vingt au lieu de vingt-quatre, dit Renaud Fauviau. Généralement, on l’apprend une heure avant le lever du rideau parce qu’il faut que les danseurs en soient à l’article du pied arraché pour renoncer. » […] Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Les jeunes danseurs guettent leur heure. « Je travaille le rôle d’Aurore depuis deux mois et ne suis distribuée qu’une seule fois. Sûr que je ne serai pas clouée au lit ce soir-là !, dit Amandine Albisson, sublime nouvelle première danseuse, distribuée aussi dans les rôles de la troisième et de la sixième fée. Et probablement aurai-je d’autres dates, s’il y a des malades ou des blessées ça se produit tout le temps. »

On ne le dira jamais assez, mais la danse est un art des plus dangereux ! Pour le pire et pour le meilleur…

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......