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La malédiction du Goncourt

5 min

Vous êtes invité prochainement sur un plateau de télévision, et vous avez très peur d’avoir un blanc terrible quand on vous demandera, que vous ayez récemment déjeuné avec lui ou non, quel est votre livre préféré de Modiano ? Le mensuel Lire a pensé à vous, et vous propose un dossier complet de 30 pages sur l’homme, sa vie, son œuvre, avec notamment un « Modiano en huit romans » qui devrait vous permettre de vous sortir des situations les plus délicates. Vous me direz qu’un, voire une ministre, ce n’est pas payé pour lire des romans… Et bien payer pour en lire, c’est l’idée de “l’écrivaine néo-zélandaise Eleanor Catton, lauréate du Booker Prize 2013 pour son deuxième roman The Luminaries, [qui] va , nous apprend Libération, créer une bourse pour permettre aux écrivains de prendre un « congé » de trois mois afin de lire les romans des autres. Elle y consacrera une partie des 15 000 dollars néo-zélandais (soit 9 600 euros) qu’elle vient de toucher au titre du New Zealand Post Book Awards 2014. « Les écrivains sont d’abord des lecteurs, a expliqué la romancière de 29 ans ; l’amour de la lecture est d’abord ce qui nous rassemble. » C’est aussi bien sûr, en tout cas on l’espère, ce qui rassemble les jurés des prix littéraires. Toujours sur la brèche, Le Figaro révèle que “pour remplacer Jean-Marie Rouart, Eric Neuhoff, Marc Lambron et Adrien Goetz pas d’accord avec les nouvelles orientations prises par la direction des Deux Magots, Jean-Paul Caracalla, le président du jury, a décidé de recruter deux anciens lauréats, [notre camarade de jeu du vendredi soir et directeur du Figaro Littéraire ] Etienne de Montety et Marc Dugain, ainsi que deux journalistes, Sabine Audrerie, de La Croix[ex-camarade de jeu], et Marianne Payot, de L’Express.” On leur souhaite bien du plaisir, et beaucoup de discernement. Leurs collègues du Goncourt en ont-ils ? Toujours est-il que le plus prestigieux des prix littéraires français “a dévoilé mardi ses quatre finalistes, puisant tous leur inspiration dans les guerres du XXe siècle, à l’issue de sélections qui ont vu les deux stars médiatiques de la rentrée éliminées de la course aux prix littéraires , rappelle Le Parisien. Pour le plus convoité, le Goncourt, le match s’annonce plus hasardeux que jamais, sans un champion écrasant tous les autres romans. « Il y a toujours du suspense mais, cette fois, aucune idée sur ce qui va se passer » le jour de l’attribution du prix, le 5 novembre, confie à l’AFP un proche du jury. « C’est le reflet d’une rentrée littéraire qui ne suscite pas vraiment d’enthousiasme », dit-il, sévère. Après avoir fait la Une de la presse, deux poids lourds de cette rentrée manquent à l’appel : Le Royaume, d’Emmanuel Carrère, chez P.O.L., écarté dès la première sélection du Goncourt, et par tous les autres jurys, et L’amour et les forêts d’Eric Reinhardt, chez Gallimard, éliminé dans l’ultime liste du Goncourt. Restent en lice pour ce prix, deux femmes et deux hommes : Pauline Dreyfus, Lydie Salvayre, Kamel Daoud et David Foenkinos.” “Les commentateurs avisés du milieu , croit savoir le site BibliObs, prévoient une bataille finale entre Kamel Daoud et David Foenkinos. Connaissant l’intérêt porté par les jurés du Goncourt aux chiffres de ventes de leurs lauréats, il se pourrait bien que l’heure de Foenkinos soit venue.“ Sauf que, “sait-il, cet auteur que la félicité illuminera, mercredi prochain, à la sortie du restaurant Drouant, que son radieux sourire pourrait bientôt se changer en grimace ? Le prix Goncourt ne fait pas que des heureux , rappelle Hubert Prolongeau dans Télérama. Certains des couronnés (Paule Constant, Pascal Lainé, Michel Host…) ne veulent plus s’exprimer sur le sujet tant la blessure est toujours vive. Pascal Lainé a toujours considéré que La Dentellière, millésime 1974, énorme succès prolongé au cinéma, était un de ses moins bons livres. Dans Sacré Goncourt, opuscule consacré à sa déconvenue, il accable cette « histoire à l’eau de rose dans laquelle je voulais atteindre un tel niveau de niaiserie qu’on ne saurait ne pas s’apercevoir de mon intention », et ne voit dans le prix qu’un rouage de la machine mercantile qui tue l’édition. Il a beaucoup écrit depuis, dans des genres très différents, mais aucun de ces robustes livres n’a réussi à concurrencer la minuscule Dentellière. Il aurait aimé être l’homme d’une œuvre. Il n’est que celui d’un livre. […] Le pire , pour le journaliste de Télérama, est de passer pour un imposteur. Guy Mazeline, qui triompha contre Céline et Voyage au bout de la nuit, en 1932, se plaignait d’avoir ensuite dû passer sa vie à se justifier face aux journalistes de ce « vol ». Ce fut aussi le cas de Paule Constant, qui, en 1998, reçut le prix alors que chacun attendait Les Particules élémentaires, de Michel Houellebecq. Pascale Roze, elle, décrocha le Goncourt pour son premier roman, Le Chasseur Zéro, en 1996, face à Eduardo Manet, de l’écurie Grasset. Un conte de fées ? Non, car ce couronnement inattendu fut mal pris. « Ça a basculé le soir même, raconte-t-elle. Laure Adler a incendié mon livre sur France Culture avec une violence surprenante, et la presse a suivi. Avant, j’étais prometteuse. Après, j’étais une intrigante. » Son second roman, Ferraille, en souffrira : les critiques seront dures. « Naïvement, je ne m’y attendais pas. Cet effet s’est heureusement dissipé. Mais il y a fallu dix ans. » Critiques qui dès mercredi, et vendredi soir prochain dans la Dispute, allez saluer le prix Goncourt ou vous en indigner, soyez surtout indulgents pour le prochain livre de son lauréat !

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