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La musique, parent pauvre du cinéma ? (par Christophe Payet)

4 min

« Lorsque Pierre Boulez veut ridiculiser un opéra de John Adams, il dit que c'est de la musique de film. » Une remarque qui indirectement pourrait blesser tout une profession : celle précisément des compositeurs de musique de film. Pierre Boulez en fait, avec sa remarque anodine, le maitre-étalon de la musique bas-de-gamme, grossière, fonctionnelle mais non artistique. Une sorte de musique d'ascenseur, mais en plus bling-bling...

Alors, la musique de film est-elle vraiment un genre mineur ? Et ses compositeurs ont-ils des raisons de rougir ?

Dans Libération, Eric Dahan a profité de l'exposition « Musique et cinéma » à la Cité de la musique pour aller voir comment travaillent ces artistes de l'ombre, et comment ils perçoivent leur création. Sont-ils des artisans au service d'un réalisateur ou des artistes à part entière ? Certains d'entre eux ont en tout cas un évident complexe d'infériorité. John Williams par exemple, le compositeur fétiche de Spielberg, avoue ne jamais écouter de musique classique, « car si je me mets à écouter Haydn ou Brahms, je réalise tout de suite que c'est beaucoup mieux que tout ce que je pourrais jamais faire ». Pourtant cela n'a pas empêché John Williams d'écrire de la musique symphonique ou des concertos. « Mais force est de reconnaitre », écrit le journaliste, qu'aucune oeuvre « sérieuse » n'est aussi subtantielle que ses composition pour le cinéma, comme la BO de Superman ou de la Guerre des étoiles.

C'est souvent très frustrant d'être musicien au cinéma. Le compositeur Mychael Danna explique que « la frontière entre le design sonore et la musique devient très mince ». Même son de cloche chez Danny Elfman, le compositeur attitré de Tim Burton. Il regrette une sorte d'âge d'or, « où les thèmes musicaux avaient une fonction significative majeure. Aujourd'hui le public peut distinguer 20% de ce que l'on a composé, tout le reste de la bande-son consistant dans des effets spéciaux tonitruants ». Et les compositeurs, ils n'aiment pas ça qu'on mette trop d'effets sur leur musique. L’un d’eux regrette les Woody Allen ou Scorcese qui laissaient carte blanche. Alors qu’aujourd’hui, les jeunes réalisateurs sont « plus autoritaires ». Plutôt que d’avouer leur inexpérience, ils préfèrent donner des ordres à tout le monde. Un autre dénonce le rapport de force avec les monteurs sons « qui rajoutent plein de bruits sur la musique. » Alors que David Lynch est extrêmement respectueux : « Il crée des effets sonores, mais en dehors des moments de musique ».

Mais quel plaisir alors trouvent les compositeurs de musique de film ? On imagine qu'ils ne sont pas tous des maso voulant écouter leurs œuvres massacrée...

Pour Phlip Glass, « la musique de film est un exercice formidable, un vrai défi car quand ça marche, on touche un public que jamais on ne pourrait toucher avec nos œuvres de concert ». Et selon la recette du seigneur Ennio Morricone, une bonne musique de film nécessite « un sens exact de la temporalité, une compréhension intime de la durée, du rythme, de l'espace dans les plans. Cinéma et musique sont avant tout des arts du temps ». Il y aurait donc un art à part entière de la musique de film. Après tout, « que seraient Il était une fois dans l'Ouest sans le thème à l'harmonica d'Ennio Morricone, Psychose d'Alfred Hitchcock sans les cordes crissantes de Bernard Herrmann, ou 2001, l'Odyssée de l'espace sans le Beau Danube bleu de Johann Strauss » ? Dans tous ces exemples, la musique est aussi connue, voire plus, que les images qu'elle accompagne.

Hans Zimmer est devenu le nouveau maitre Hollywoodien de cet art. Lui qui a la réputation de compositeur cynique de blockbuster, a adopté une position très pragmatique. Une sorte de realpolitik à l'échelle de la musique de film. A aucune moment celui-ci n'a la prétention d'écrire des oeuvres musicales autonomes, comme John William par exemple. Pour lui « il faut brouiller les frontière entre musique et bruit ». Sa musique s'assume donc entièrement soumise à l'image. Mais cependant, Hans Zimmer ne se laisse absolument pas faire par le réalisateur. « Je préfère discuter avec les réalisateurs et qu'ils me laissent expérimenter », dit-il. Il donne alors un conseil aux jeunes compositeurs : « venez avec des idées, prenez la parole en premier aux réunions. C'est la meilleure façon d'éviter qu'on vous impose des choses nulles ». Hans Zimmer a tellement d'idées, que parfois, c'est Christopher Nolan lui-même qui l'appelle pris de panique, comme sur le tournage de « Batman begins » : « Je galère pour tourner une séquence, tu peux pas m'écrire une musique pour m'inspirer ? » The Dark Knight, Inception… Force est de constater que les très longs clips réalisés par Christopher Nolan pour accompagner la musique de Hans Zimmer, sont plutôt réussis.

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