LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

La nouvelle star sud-africaine

5 min

“Lorsque Khaya Mthethwa a égrené les dernières notes de Super Bass de Nicki Minaj, une chanson qu’il avait entendue pour la première fois le jour même, le jury d’ Idols SA, version sud-africaine de l’émission Nouvelle Star, a été conquis, raconte Lydia Polgreen dans un article du New York Times repris par Le Figaro .

« T’as du talent, mon gars », a lancé Gareth Cliff, une des personnalités en vue du jury, en secouant la tête.

Outre le trac habituel de tout participant à un programme de téléréalité, le poids de l’histoire de la culture pop pesait sur les épaules de M. Mthethwa : deviendrait-il le premier candidat noir à gagner Idols en Afrique du Sud ?

Aussi curieux que cela puisse paraître, dans un pays où 80% de la population est noire, le vote des téléspectateurs, qui choisissent le vainqueur de ce concours de chant, n’avait jamais distingué un seul lauréat noir. Et en Afrique du Sud, dont le modèle social reposait sur l’apartheid (les Noirs au bas de l’échelle, les Blancs en haut), même une émission telle que Idols n’échappe pas à une appréciation selon des critères raciaux.

Alors, début octobre, quand Khaya Mthethwa a remporté la huitième édition, le pays a été pris d’un accès d’introspection pour déterminer dans quelle mesure les divisions raciales avaient disparu.

Toutes les déclinaisons du concept d’ Idols dans le monde sont pensées pour représenter la démocratisation du goût musical. Un vote par SMS décide généralement du choix du gagnant.

Cependant, ici, ce télé crochet a longtemps été biaisé par de profonds déséquilibres économiques inhérents à cette société, parmi les plus inégalitaires du monde.

La version sud-africaine d’ Idols a fait son apparition en 2002 sur M-Net, une chaîne satellite privée réservée aux abonnés de DStv. A l’époque, ceux-ci étaient majoritairement blancs, souligne Yolisa Phahle, cadre chez M-Net, parce qu’il était plus difficile pour les Noirs de s’offrir un abonnement.

Dès son lancement, les questions raciales ont entaché l’émission. L’Afrique du Sud produit de nombreuses superstars planétaires, de Miriam Makeba, à Hugh Masakela en passant par les Ladysmith Black Mambazo.

Et pourtant, pendant sept saisons, la première place a échappé aux participants noirs.

Selon le politologue Eusebius McKaiser, dont le nouveau livre A Bantu in My Bathroom aborde la question lancinante des tensions raciales en Afrique du Sud, il ne fait aucun doute que si l’émission avait été retransmise sur le réseau national, où les chaînes sont gratuites, un vainqueur noir aurait émergé bien plus tôt. « Nous aurions débattu alors du temps qu’il faudrait pour qu’un Blanc remporte Idols », s’est enflammé M. McKaiser sur son compte Twitter.

L’Afrique du Sud évolue pourtant , estime la journaliste du New York Times . Le public de M-Net reflète actuellement plus fidèlement le profil démographique du pays, nuance Mlle Phahle. Aujourd’hui, plus de Noirs peuvent se payer le luxe d’un abonnement satellite.

« De plus en plus de Noirs participent à Idols , et ils sont toujours plus nombreux à aller plus loin dans la compétition. Cette année, le public a finalement choisi un Noir », poursuit-elle. M. Mthethwa a déclaré sa fierté d’être le premier lauréat noir, tout en précisant que ce critère n’était pas déterminant à ses yeux. « Cela m’attriste, a-t-il ajouté , qu’il nous faille, après tant d’années de démocratie, tout rapporter à cette question. » Outre l’aspect économique, un autre motif pourrait expliquer le désamour des Noirs férus de musique pour Idols, précise l’écrivain et photographe Victor Dlamini.

En privilégiant la pop occidentale, l’émission fait l’impasse sur les genres musicaux les plus en vogue dans le pays. Les téléspectateurs noirs potentiels manifestent très peu d’intérêt pour les reprises des ballades de Céline Dion et les hymnes soft rock américains. Ce sont les rythmes pétillants de la kwaito, la puissance des beats de la house et les chansons sentimentales de l’afro pop qu’ils trouvent les plus attrayants” , conclut l’article du new York Times .

D’autant que, nous apprend une brève de La Croix , “la pop américaine serait de plus en plus déprimante. C’est une sérieuse étude publiée par la revue américaine Psychology of Aesthetics, Creativity and the Arts qui le dit dans sa dernière publication, démonstration à l’appui : la musique pop internationale serait de plus en plus déprimante. Les deux chercheurs qui ont analysé ce phénomène sont partis d’un échantillon d’un millier de chansons anglo-saxonnes, toutes puisées dans le « Top 40 » américain entre 1965 et 2009. Il en ressort que le nombre de chansons « tristes », c’est-à-dire composées en tempo lent et en mode mineur, avait doublé.”

Vivement le premier disque de Khaya Mthethwa, que ça nous redonne la pêche !

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......