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L'âme littéraire de l'amérique du sud (par Flore Avet)

5 min

Chacun se sauve par sa vie personnelle, son travail, ses amis, la recherche de la liberté. L’écrivain ne peut apporter que son travail, qui est aussi intéressant que celui d’un architecte ou d’un médecin, mais pas plus. Sa tâche, c’est de ne pas laisser le langage s’endormir. La politique, elle, a coup de slogans a tendance à punir le langage, à le rendre médiocre. L’écrivain est là pour redonner du sens au langage. Tout le temps.

Cette citation, elle est de Carlos Fuentes.

Carlos Fuentes est mort, et refleurissent alors dans la presse des citations de cet auteur qui parlait de littérature comme un ethnologue ou comme un chercheur. Gérard de Cortanze dans le Figaro rassemble des propos, des pensées de l’auteur et des détails biographiques qui parlent de l’homme, du diplomate et de cet auteur mexicain qui choisissait les mots avec le pouvoir inhérent à la délicatesse, à la justesse pour encourager la pensée. Le Figaro écrit Carlos Fuentes avait en somme un projet fou, écrire l’histoire imaginaire du monde, donner à son œuvre la forme de la mémoire du temps, tout en assignant à la littérature un rôle essentiel dans l’histoire de l’humanité : ordonner le chaos, offrir des alternatives au désespoir et un sens aux idées. Carlos Fuentes, c’était Don Quichotte contre Hamlet. Le second, pense que la littérature n’est que mots dépourvus de sens, le premier que ceux-ci peuvent changer la vie.

Alors que Carlos Fuentes disparait, comme si le monde s’alignait depuis quelques jours la presse relaie des informations du monde littéraire hispanophone : l’amour de Federico Garcia Lorca, celui à qui s’adressaient les Sonnets de l’amour sombre surgit, éclairant l’interprétation de la fin de l’œuvre du poète. Le Guardian de son côté révèle que Gabriel Garcia Marquez n’est pas mort, ceci faisant suite à un faux twitt d’un faux Umberto Eco, qui se prenait pour un Thanatos pirate.

Alors que le monde littéraire et le Mexique rendent hommage à l’un de leur porte parole, on lit toujours dans le figaro que Pour Carlos Fuentes, un des drames du monde moderne était d’avoir remplacé le sens du tragique par un manichéisme effroyable, qui ne pouvait aider l’être humain ni dans sa vie privée, ni dans l’histoire dans laquelle celle-ci s’inscrivait. Le point de vue strictement moraliste de ce manichéisme réducteur fabrique de l’exclusion.

Un peu plus bas sur le continent sud-américain, le gouvernement argentin de Cristina Kirchner distille la littérature au compte-goutte, en imposant un blocage aux douanes de Tout produit imprimé sur papier ou carton dépassant le quota stricte de 0.006% de plomb pour 100 grammes de masse volatile. Cette précaution industrielle pour raison de santé publique touche les livres, les journaux, les chèques et cartes postales c’est peu dire que les lecteurs du reste de la planète doivent être sérieusement intoxiqués . Ironise Louise Bastard de Crisnay dans Libération. Ce clivage pour raisons industrielles provoque une pénurie de certains livres, parfois des grands classiques, et les Argentins opposés à cette mesure évoquent le péril d’une forme de censure déguisée. Il faut cependant temporiser, cette mesure visant surtout à redynamiser l’édition Argentine, contre le monopole des grands groupes espagnols.

Ce marasme de décisions qui appauvrissent l’idée de littérature et de ce qu’elle peut porter au mouvement du monde prend une résonnance particulière et amère à ce qu’on lit de Carlos Fuentes, toujours dans Le Figaro Il ne fait aucun doute que pour l’auteur de « Un temps nouveau pour le Mexique », la seule chose qui tenait encore debout dans la situation désastreuse où se trouvait l’Amérique latine, c’est la continuité de sa culture. (…) Dans « Les Eaux Brûlées » Carlos Fuentes évoquait un Mexique né de sa défaite. Ce sont des indiens vaincus qui sont devenus les vrais vainqueurs. Ils ont survécu, se sont imposés dans la nuit, dans le noir des souterrains, cette culture broyée devint une culture sacrée.

Poursuivant ce qu’il appelait son « traumatisme initial », il traversa une somme impressionnante de villes et de pays, publiant de nombreux articles dans les quotidiens et hebdomadaires du monde entier, des nouvelles, des pièces, des essais. Il avait travaillé sur des scénarios, avec Luis Bunuel, ou sur un western avec Gabriel Garcia Marquez il avait lancé revues et maisons d’édition et échangé des lettres avec le sous commandant Marcos, toujours avec la volonté d’habiter le monde, ce monde là.

Les âmes des morts planent il parait pendant 40 jours sur terre avant de disparaître, alors gageons qu’elle ne contienne pas les 0.006% de plomb qui l’empêcheraient d’inspirer l’Argentine…

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