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Le Centre Pompidou n'est plus mobile

7 min

“Selon un principe cher à Alain Seban, président du centre Pompidou, « c’est au Centre d’aller à la rencontre du public et non l’inverse ». Pour concrétiser cela, rappelle Dominique Poiret dans Libération, l’institution culturelle a déjà créé un musée itinérant, le centre Pompidou mobile, installé une antenne en Lorraine, le Pompidou-Metz, ou lancé l’opération Un jour une œuvre, durant laquelle une pièce majeure sort des collections du Centre pour être exposée et présentée par un conservateur ou un artiste. Pour prolonger cet engagement, le musée parisien a décidé de faire voyager son Studio 13/16, une structure conçue en 2010 par le designer Mathieu Lehanneur, située dans le niveau bas du Centre et ouverte seulement aux ados . Le Studio 13/16 Tour, ( « “tour” plutôt que “hors les murs”, initialement prévu, pour donner une connotation plus musicale », explique Lehanneur) est un atelier ambulant, qui va s’installer au cœur des « centres de shopping ». [Du 13] au 24 mai, il [a] fait sa première escale au Forum des Halles. Alain Seban se dit « fada des centres commerciaux, des lieux où tout le monde va au moins une fois par semaine ». C’est donc l’endroit idéal « pour aller au devant du public, explique-t-il . Il y a encore beaucoup de personnes qui ne sont jamais entrées dans un musée. » L’objectif est de proposer des ateliers gratuits aux jeunes pour leur permettre de « rencontrer l’art et la création », indiquent les organisateurs. […] Après le Forum des Halles, le Studio ira à Dijon (centre commercial de la Toison d’or, du 6 au 20 juillet), avant de poursuivre son périple hexagonal qui doit s’achever en 2014 en passant par Lille (Euralille) et Lyon (Confluence).”

A condition toutefois que tout se passe comme prévu, car, peut-on lire dans Le Journal des Arts sous la plume de Christine Coste, “deux ans et demi après avoir initié le Centre Pompidou Mobile destiné « à amener l’art dans les territoires mal irrigués par l’offre culturelle traditionnelle », comme l’expliquait à l’époque Alain Seban à L’œil, le président du Centre Pompidou a annoncé vendredi 17 mai, en exclusivité à l’AFP, l’arrêt de « l’expérience dans la mesure où la situation économique ne nous permet plus d’assurer son financement. » Avant de poursuivre : « Vu les difficultés à trouver de nouveaux mécènes et les contraintes budgétaires au Centre Pompidou comme au ministère de la Culture, il me semble plus sage d’arrêter cette expérience. » Mais il faut prendre en compte également les difficultés à trouver les villes d’implantation capables de consacrer aujourd’hui 400 000 euros pour l’accueil de cette structure modulable et démontable de 650 m2 conçue par l’architecte Patrick Bouchain.

Chaumont, en Haute-Marne, avait été le 13 octobre 2011 la première ville à accueillir le « chapiteau de cirque » où, à l’intérieur, une exposition gratuite sur le thème de la couleur déclinait une petite dizaine d’œuvres majeures de la collection du Centre Pompidou. Aubagne, du 29 juin au 29 septembre 2013, sera donc la dernière étape. Aubagne aurait dû accueillir le Centre Pompidou Mobile entre octobre 2013 et janvier 2014, mais a dû modifier son calendrier, et par là même sa médiation pensée jusque-là vers les publics des scolaires, à cause de l’annulation de Nantes due à un défaut d’emplacement selon les organisateurs de Voyages à Nantes qui étaient partenaires de l’opération avec la ville.

Le coût pour la ville d’accueil ou pour la communauté d’agglomération est en effet loin d’être négligeable : 200 000 euros « auxquels il faut ajouter le double en termes de montage et démontage de la structure, médiation, gardiennage et assurances », souligne Rudy Vigier, coordinateur de Marseille Provence 2013, qui assure la moitié du financement avec la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne. Soit un coût total de 400 000 euros pour une opération qui, si elle a séduit des villes, des départements et des régions, surtout leurs élus, est loin d’être neutre dans une économie en récession. Des élus qui doivent aussi prendre en compte l’existant et les initiatives menées en la matière sur le terrain en direction des publics par les structures associatives locales, Frac ou centres d’art.

Proposition avait ainsi été faite par le Centre Pompidou à la région Rhône-Alpes qui l’a déclinée. « Nous avons démarché les collectivités, mais le Centre Pompidou Mobile n’a pas retenu leur intérêt au regard de son coût élevé et du réseau de musées, de centres d’art existants sur le territoire et des actions envers les publics par ces institutions », explique Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône-Alpes. Si Chambéry et le département de l’Ardèche avaient été envisagés, la région a privilégié le partenariat avec le Quai Branly sous forme d’une exposition « Chasses magiques, les arts premiers dialoguent avec la Grotte Chauvet en Ardèche », au Château de Vogüé du 2 juillet au 3 novembre 2013. Coût de l’opération : 450 000 euros partagés entre la Région Rhône-Alpes, le Conseil Général et l’Etat. Un montant qui inclut comme on le précise au Conseil régional « l’aménagement du château (en vitrines notamment), les assurances, la communication… La perspective est de refaire une exposition en 2014 à coût moindre puisque l’équipement général a été conçu. »

Le temps du Centre Pompidou Mobile achevé , poursuit Christine Coste dans Le Journal des Arts, le président du Centre Pompidou entend cependant « poursuivre sous une autre forme » l’expérience qui pourrait être reconvertie en « Centre Pompidou Provisoire ». Sa vocation ? S’implanter « pour trois ou quatre ans » dans divers lieux en France ou à l’étranger. En octobre prochain, en Arabie Saoudite, le siège de la compagnie pétrolière Saudi Aramco sera le premier site à accueillir sous tente des chefs-d’œuvre de la collection du Musée national d’art moderne.”

“Ce qui ne touchera donc pas exactement le même public…” , note Libération . “Plus rentable certainement” , commente Le Monde .

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