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Le cinéma en pré-retraite

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“La salle d’art et d’essai d’Aigues-Mortes, baptisée salle Marcel-Pagnol, est occupée jour et nuit depuis [le 5 septembre] par des citoyens de la ville, à la suite de la décision de la municipalité PS de confier le cinéma pour quinze ans à la société Culturespaces, filiale de Suez , nous apprend une brève de L’Humanité . L’équipe de bénévoles qui assurait l’exploitation de la salle depuis vingt-quatre ans a été mise devant le fait accompli dès octobre 2012. Une association de soutien, Gardarem Lou Pagnol, a été créée, notamment par l’ancien maire à l’origine de la salle. Des 8 000 habitants de la ville, 2 000 ont signé une pétition demandant à être consultés.” Verra-t-on au Marcel-Pagnol le nouveau film de Jean-Paul Rappeneau ? En effet, “après dix ans d’absence, le réalisateur (des Mariés de l’an II et du Sauvage), 81 ans, revient enfin au cinéma , se réjouit L’Express . Ce sera pour une comédie dans l’esprit de La Vie de château, son premier film (culte , pour l’hebdomadaire). Le projet, coécrit avec son fils, Julien Rappeneau, s’intitule Belles Familles, l’histoire d’un homme revenant dans la ville de son enfance pour régler une opération immobilière familiale et qui voit son passé resurgir.”

Jean-Paul Rappeneau sort donc de sa retraite, alors que d’éminents cinéastes annoncent la leur. C’est ainsi, relate Aurélien Ferenczi dans Télérama , que Hayao Miyazaki, qui “ne s’est pas rendu à la Mostra de Venise pour accompagner Le vent se lève, la nouvelle merveille animée du studio Ghibli, qu’il a signée, en a profité pour faire passer une annonce surprise : ce dernier film sera son dernier film. Le maître japonais s’en est expliqué lors d’une conférence de presse à Tokyo. Le temps que prend la fabrication de chaque long métrage – plusieurs années – lui semble incompatible avec son âge, 72 ans. En revanche, il continuera de se rendre chaque matin à son bureau – ce n’est pas tout de suite que Goro Miyazaki, le fils cinéaste, récupérera l’entreprise paternelle… Décision choc d’un géant sage : les « totorophiles » pleurent, mais le geste a quelque chose d’admirable , pour le journaliste de Télérama . Savoir dire stop, c’est compliqué. Pas facile d’abandonner le cinéma, quelles que soient les épreuves que constituent la mise en chantier et l’achèvement d’un film. Combien de cinéastes plus tout à fait au goût du jour se laissent bercer par le rêve ressassé d’une nouvelle aventure, peu désireux d’admettre que leur carrière est derrière eux… Dans ce milieu, avoir un projet, c’est être en vie. On n’arrête jamais : Manoel de Oliveira, 105 ans dans trois mois, mourra sur un plateau, comme Molière, si par malheur il meurt. L’annonce de Hayao Miyazaki fait suite à celle de l’Américain Steven Soderbergh, dont sort [demain]Ma vie avec Liberace. A 50 ans à peine, Soderbergh avait déjà, à plusieurs reprises, caressé l’idée d’une retraite anticipée. Le voilà qui passe à l’acte. Précoce dans le couronnement (Palme d’or à 26 ans), il le sera à nouveau dans le silence. « J’ai fait tout ce que je savais faire », répète-t-il dans les interviews. De fait, il s’est essayé à tous les genres, a eu plusieurs carrières (une après-Palme difficile, une alternance acharnée de projets de studio et de films plus atypiques). Justement, un hyperactif peut-il se poser ? Beaucoup doutent de sa capacité à rester muet très longtemps. Il y aura bien un acteur, une histoire, un projet de série, une raison ou une autre pour se remettre au travail , parie Aurélien Ferenczi. Les cas conjoints du Hongrois Béla Tarr et du taïwanais Tsai Ming-liang, deux ténors du cinéma d’auteur, interpellent différemment. A seulement 56 ans, l’auteur du Cheval de Turin s’expliquait, à l’automne 2011 : « Si je continue à faire des films, ce sera de la répétition. Je ne veux pas ennuyer avec des copies de mon style. » Mais le cinéaste, désormais très impliqué dans une école de cinéma à Split, en Croatie, voyait surtout le cinéma hongrois sombrer dans le nationalisme de Viktor Orbán, crédits coupés, projets ambitieux avortés. Une certaine idée du septième art avait du plomb dans l’aile. Même constat chez maître Tsai Ming-liang, le réalisateur d’ Et là-bas, quelle heure est-il ? ou de Visage, 56 ans lui aussi. C’est décidé : Les Chiens errants, également présenté à Venise, est son dernier film. « Il nous a dit qu’il était fatigué de la difficulté croissante à financer des œuvres pour lesquelles, autour du monde, les spectateurs semblent de moins en moins nombreux, raconte Jacques Bidou, son coproducteur français. Le public, Tsai, qui tient à sa liberté, ira désormais le chercher là où peuvent circuler des œuvres expérimentales, sans concession. » Dans les musées, par exemple, qui lui ont déjà passé plusieurs commandes. Dans les deux cas, c’est « l’internationale art et essai » qui est en deuil : l’utopie de cinéastes rétifs aux lois du marché dominant, c’est mort. Bien sûr, tempère le journaliste de Télérama , on exagère : certains continuent à se battre, prêts à consacrer de longs mois à la recherche hypothétique de financement de plus en plus étiques [sans « h »]. Mais d’autres lâchent, entraînant quelques questions subsidiaires : le cinéma était-il l’art du siècle dernier ? Qui seront les prochains à quitter le navire ?”

Pas Jack Nicholson, en tout cas. “Selon son entourage, l’acteur américain, âgé de 76 ans, avait l’intention de se retirer des plateaux parce qu’il a des trous de mémoire sur les tournages , rapporte une brève du Parisien. La nouvelle qui a fait le tour de la Toile durant quarante-huit heures était fausse. [Le 5 septembre], un porte-parole de l’acteur aux deux Oscars (pour Vol au-dessus d’un nid de coucou et Pour le pire et pour le meilleur) a démenti. Selon lui, Jack Nicholson se porte très bien et lit actuellement des scénarios.”

On est (presque) rassuré…

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