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Le cinéma à l'heure d'Internet et de la téléréalité

5 min

Connaissez-vous Junie Hoang ? “Cette comédienne américaine d’origine vietnamienne a participé à pas moins de 93 films , nous informe Didier Péron dans son « Billet » hebdomadaire du cahier cinéma de Libération, une flopée de nanars aux titres évocateurs tels que All Purpose Cultural Cat Girl Nuku Nuku ou The Bong Connection. Elle a aussi tourné dans Tonnerre sous les tropiques de, et avec, Ben Stiller, mais la séquence a été coupée au montage. Junie Hoang vient enfin de décrocher un gros article dans le quotidien The New York Times, non pour ses talents d’actrice mais parce qu’elle intente un procès, le premier du genre, contre les sites IMDb et Amazon, qu’elle accuse d’avoir révélé sa date de naissance sans son accord. Junie Hoang n’a pas l’air d’avoir 41 ans, bien qu’elle soit née en 1971.

Elle estime qu’IMDb, véritable mine contenant un nombre de données sans équivalent sur le cinéma international, a trahi le secret de sa date de naissance. Elle et ses avocats remettent en cause la manière dont les sites se seraient procuré cette information, qu’elle n’a délibérément jamais donnée. Miss Hoang pense que lorsqu’elle a effectué sa transaction d’abonnement par carte bleue à la partie professionnelle du site (IMDbpro), son véritable nom a été révélé (Huong Hoang) et qu’à partir de là, les webmasters ont pu découvrir son lieu et sa date de naissance (Saigon, 16 juin 1971).

Cette affaire peut sembler anecdotique, mais les conclusions du procès vont être suivies de près par tous ceux qui s’inquiètent de l’exploitation de données personnelles par un Internet toujours plus fouineur et affranchi de toute considération sur la frontière public-privé. En octobre, date du dépôt de la plainte, la Screen Actors Guild avait par ailleurs critiqué IMDb en raison de la mention de la date de naissance en tête de chaque fiche. En effet, les efforts désespérés de tous les acteurs et actrices pour avoir l’air de ne jamais franchir le cap de la trentaine, à coup de piqûre quotidienne de botox, de nettoyage de rides au laser et de chirurgie esthétique, semblent inexorablement ruinés par simple consultation du site. Toutes choses préjudiciables, en particulier pour l’armée des ombres des studios qui doit lutter sur le double front de l’anonymat persistant et du déclin biologique.“

Un qui ne cache pas son âge (il est né le 31 mai 1930, peut-on lire sur sa fiche IMDb), c’est Clint Eastwood. “Le verra-t-on caresser le lapin domestique de sa petite dernière, Morgan, ou pianoter des morceaux de jazz en sirotant sa bière favorite ? , s’interroge la correspondante du Parisien à Los Angeles, Christelle Laffin. C’est la question que se posent les fans de Clint Eastwood depuis l’annonce du lancement, en mai, de Mrs Eastwood and Company, une série de téléréalité initiée par son épouse, Dina. L’ex-journaliste de télévision, qui a rencontré son mari en 1993, a réussi à convaincre le très secret Dirty Harry de laisser entrer des caméras dans leurs maisons de Carmel, au nord de la Californie, et de Bel Air, quartier huppé de Los Angeles. « Je suis très fier de ma famille. Elle est une source constante d’inspiration et de divertissement », a confié le patriarche de 81 ans, papa de sept enfants… de cinq mères différentes !

Latina piquante, Dina, trente-cinq ans de moins que Clint, veut montrer, dans cette série de 10 épisodes produite par la chaîne E ! « à quel point leur famille est loin d’être conventionnelle ». Sa fille Morgan, 15 ans, sa belle-fille Francesca, 18 ans (que Clint a eue avec l’actrice Frances Fischer), et le petit ami de celle-ci, âgé de 29 ans, seront de l’aventure, au même titre que le groupe de chanteurs a cappella sud-africain Overtone, dont Dina est la manageuse. L’ambiance de Mrs Eastwood and Company promet : il semblerait que désormais les six musiciens vivent plus ou moins chez les Eastwood.

E ! n’a pas encore confirmé que le réalisateur de Gran Torino et J. Edgar ferait une apparition en guest-star dans la série. Mais ce serait un joli clin d’œil à ses débuts : c’est le western télévisé Rawhide, en 1959, qui avait lancé sa carrière d’acteur. Quatre ans plus tard, Sergio Leone l’embauchait au cinéma dans Pour une poignée de dollars. A propos, on ignore le montant versé par la chaine à Mme Eastwood pour la série…“ , conclut avec humour la correspondante du Parisien .

Autre grand réalisateur à céder aux sirènes de la téléréalité, mais là c’est apparemment pour des raisons beaucoup plus professionnelles : une dépêche AFP, reprise notamment par Libération , nous a appris que “pour les besoins de son prochain Carmen, qui sera donné cet été à Berlin, le cinéaste allemand Volker Schlöndorff se lance dans un genre de Nouvelle Star pour pourvoir les différentes rôles de l’opéra de Bizet. Organisé par Arte Allemagne et la chaine publique ZDF, le télé-crochet lyrique, baptisé Openopera, se découpera en six émissions au cours desquelles Schlöndorff auditionnera les candidats (venus d’Allemagne, de France, de Suisse et d’Autriche) aux quatre rôles principaux : Carmen, Micaëla, Don José et Escamillo. « Le choix d’un casting est complètement et bien évidemment une part importante du travail d’un cinéaste, et il est aujourd’hui souvent suivi par une caméra, vu qu’il n’y a plus de film sans making-of », a expliqué à l’AFP Schlöndorff, qui a choisi de transposer Carmen dans le Cuba des années 50.“

Eastwood et Schlöndorff inaugurent-ils une nouvelle tendance dans les rapports plus ou moins fructueux entre petit et grand écran ? A suivre, je le crains…

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