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Le compositeur, le téléphone et le collectionneur

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“Consécration et jeu de rôle pour le compositeur Karol Beffa, né en 1973, à qui revient pour 2012-2013 la chaire de création artistique du Collège de France , écrit notre confrère en Dispute Eric Loret dans Libération . Cette chaire à professorat annuel, où se succèdent, depuis 2006, des créateurs venus de la peinture, du théâtre, du cinéma ou d’ailleurs, a déjà abrité Pascal Dusapin et Pierre-Laurent Aimard pour la musique, Anselm Kiefer pour les arts plastiques et Jacques Nichet pour le théâtre. Seul bémol, Ariane Mnouchkine qui, en 2007, croyant avoir été nommée par le président Sarkozy, avait refusé le poste et ne fut pas remplacée.

Spécialiste de György Ligeti, Beffa décrit sa musique (tonale, si si) comme partagée entre « les “clouds” : une musique nuageuse, étale, une musique de la couleur, essentiellement harmonique » et « les “clocks” : une musique rythmique, hachée, haletante ». Il a en commun avec Nichet d’avoir la fibre enseignante ulmienne, puisqu’il est entré major à l’Ecole Normale Supérieure (il y enseigne) et a été reçu major aussi à l’agrégation d’éducation musicale. Il est en outre surdiplômé en philo, maths et économie. Son cours au Collège se place, avec à-propos (ça va vous intéresser, chers critiques), du côté de la réception, sur le fil de la difficulté à critiquer la musique. La leçon inaugurale, qui a lieu le 25 octobre, a pour titre « Comment parler de musique ? » Et, comme inquiétude, l’invasion du commentaire en art : « L’artiste, dont la raison d’être est de créer, est trop souvent sollicité pour présenter, expliquer, décortiquer son œuvre… L’œuvre, censée se suffire à elle-même, ne s’apprécie plus qu’assortie d’un commentaire. Pire : d’accessoire, le commentaire est devenu central comme le pilier d’un art qui peinerait désormais à tenir debout tout seul ou qui, faute d’émouvoir, exigerait pour être senti filtres, écrans, médiations. »

Armé d’un piano, Karol Beffa reviendra donc à la corporéité du geste créateur. Ainsi, lors du séminaire qui suit le cours seront soulevés des lièvres tels que « les deux corps de l’instrument, les deux corps de l’instrumentiste » (avec le philosophe Bernard Sève), tandis que la question de l’improvisation sera soutenue par une intervention du mathématicien Cédric Villani : « D’où nous viennent nos idées et comment évoluent-elles ? » Le 13 décembre, enfin, une enquête à étendre aux autres arts : « Musique et imposture », avec Guillaume Métayer.”

Musique, ou imposture ? Toujours est-il que “le Brussels Philharmonic, la formation belge dirigée par Michel Tabachnik innove , nous apprend un entrefilet du Figaro : elle est le premier orchestre à lancer une série de sonneries de téléphone. Au choix, douze extraits d’œuvres classiques en téléchargement gratuit via www.brusselsphilharmonic.be/ringtones. Les enregistrements sont travaillés pour rendre le meilleur son possible en sonnerie. Au choix et selon l’humeur, trente secondes de La Valse de Ravel, L’Antikhton de Xenakis ou la Jupiter de Mozart.”

Beaucoup plus onéreux, mais ça vaut le coup si vous avez les moyens : la vente qui aura lieu les 16 et 17 octobre, chez Sotheby’s à Paris, de la plus importante collection privée de partitions originales, celle d’André Meyer, dispersées par son fils presque quarante ans après sa mort, en 1974. C’est encore Le Figaro qui s’y est intéressé, sous la plume de Valérie Sasportas. Je vous passe les estimations de prix, elles sont astronomiques… “Voici un feuillet annoté d’exercices pour piano de Ludwig van Beethoven ayant appartenu à Frédéric Chopin. La première édition collective des six Partitas pour clavier de Jean-Sébastien Bach, publiées du vivant du compositeur, en 1731. Le manuscrit autographe et signé du Quatuor à cordes opus 10 d’Arnold Schœnberg, composé en 1908. Et aussi la première édition du Traité de l’harmonie annotée par Jean-Philippe Rameau, en vue de la publication de la seconde édition de 1726, ouvrage fondamental qui a hissé la musique du rang d’art à celui de science. Près de 450 lots au total, estimés entre 2 et 3 millions d’euros. « J’ai eu l’occasion d’aller chez André Meyer pour expertiser cette collection il y a trente et un ans, raconte Stephen Roe, directeur international du département livres et manuscrits de Sotheby’s. Je ne pensais pas la revoir un jour. C’est la plus importante collection de manuscrits musicaux d’Europe encore en mains privées. André Meyer est l’un des rares collectionneurs à avoir consacré son existence à la musique. » L’homme est âgé de 15 ans quand il entre en musique comme d’autres en religion, en collectionnant les caricatures de musiciens publiées dans L’Assiette au beurre, revue satirique de la Belle Epoque. De cette passion naîtra une collection comme il en existe au début du siècle. Diplômé de littérature anglaise à la Sorbonne, en 1904, André Meyer travaille jusqu’à l’âge de 70 ans dans l’entreprise familiale de textile, profitant de chacun de ses déplacements en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis pour assouvir sa passion. L’homme vénère tant les compositeurs que, dans les années 1920, il achète l’hôtel particulier que Lully avait fait construire pour y vivre en 1663, au 45, rue des Petits-Champs, à Paris. Il s’en séparera à la retraite, en 1954. En 1940, la guerre le pousse sur les routes de l’exode. André Meyer cache ses livres, tableaux, instruments de musique chez des amis. La mort de son frère l’incite à regagner la capitale. Il est arrêté, mais l’officier - autrichien – qui l’appréhende n’est autre que l’ancien directeur de l’Opéra de Vienne, où les deux hommes se sont connus. La musique sauve André Meyer. En 1945, il devient trésorier de la Société française de musicologie. En 1972, son dernier achat est un masque mortuaire de Mozart, acquis chez un antiquaire de l’île Saint-Louis. André Meyer n’était pas un collectionneur solitaire. « Il était à la fois mécène, expert, critique, voire inspirateur des artistes, ouvrant sa bibliothèque à tous ceux qui le souhaitaient », raconte Stephen Roe. Le danseur et chorégraphe Serge Lifar y fait des recherches. Le violoncelliste Rostropovitch y travaille sur les carnets de Debussy. Le compositeur Stravinski y retrouve, en 1965, son manuscrit du Sacre du printemps qu’il dédicace à Meyer. Depuis sa mort, rien n’a bougé dans la maison. « La musique est absolument partout. Les partitions occupent quatre bibliothèques, jusqu’à la salle de bains », témoigne Thierry Leplâtre, ami de trente ans du fils, Denis Meyer qui, en musicologue plus qu’en mélomane, veille sur cet ensemble vibrant et émouvant.”

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