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le coup de tonnerre et la tente

9 min

“C’est un grand coup de tonnerre ! Le monde de l’art est sous le choc , dramatisent Béatrice de Rochebouët et Armelle Héliot dans Le Figaro . Jérôme et Emmanuelle de Noirmont ont annoncé la fermeture de leur galerie, avenue Matignon, à Paris. C’est la surprise pour leurs artistes et leurs amis, aussi, tant ce duo parisien dynamique et sympathique est apprécié, pour n’avoir jamais sacrifié à la mode leur passion , estiment nos consœurs. Jérôme de Noirmont est en déplacement à Newcastle pour l’exposition de Fabrice Hyber qui fait suite à celle du Palais de Tokyo. Le galeriste n’a pu commenter sa décision inattendue, mais Emmanuelle, son épouse et associée, s’est exprimée sans retenue. « Pour des questions humaines, dit-elle , il a fallu garder le secret jusqu’à la dernière minute. Tous ceux qui nous ont suivis depuis nos débuts devaient l’apprendre en même temps. La décision était prise depuis très longtemps. Les artistes eux-mêmes ne le savent que depuis la mi-février et nous les accompagnerons pour qu’ils trouvent en France ou à l’étranger d’autres galeries pour les défendre. » Leur lettre datée du 12 mars, mais postée le 19 et doublée d’un courriel [le 21 mars], est suffisamment éloquente pour que l’on puisse comprendre ce que ce renoncement traduit pour l’ensemble du marché. Il y a vingt ans que la galerie est ouverte. « Notre métier a profondément changé depuis notre ouverture, en septembre 1994, écrivent-ils. L’avenir semble se dessiner dans certaines niches pointues pour des galeries de structure légère et dans la labellisation de méga-galeries, aussi puissantes qu’importantes avec plusieurs implantations internationales. » Face aux géants mondiaux comme Larry Gagosian, la compétition est de plus en plus rude. Et de livrer cette analyse : « Il faudrait passer au stade supérieur pour continuer à servir ambitieusement les artistes dans cette surenchère accrue. Pour défendre comme il se doit Fabrice Hyber, Marjane Satrapi, Pierre et Gilles ou des nouveaux comme Benjamin Sabatier, cela nécessite de prendre des risques donc, agrandir nos locaux, recruter de nombreux collaborateurs, dont certains de haut niveau, et étoffer considérablement la liste des artistes représentés. Surfer sur la vague ou conserver la galerie dans sa forme actuelle signifierait à terme desservir les artistes car, de nos jours, stagner, c’est reculer ! » L’expansion qu’il faudrait engager leur apparaît aujourd’hui impossible, irréaliste. Jérôme et Emmanuelle de Noirmont soulignent sans ambages que « le mauvais contexte politique, économique et social de la France d’aujourd’hui, auquel s’ajoute un climat idéologique malsain et une pression fiscale étouffante, obère toute perspective d’avenir du marché de l’art en France et altère tout enthousiasme comme tout esprit d’entreprendre ! » Après tant de belles années, y aurait-il de la saturation ? , s’interroge Le Figaro . « Aujourd’hui, on ne pense plus l’art que par l’argent. Et ce système risque de se tarir un jour. » Mais comme les autres, les Noirmont n’ont-ils pas contribué, eux aussi, à cette spirale infernale du marché ? « Si nous abandonnons l’étiquette commerciale, précise [au quotidien] Emmanuelle de Noirmont, c’est pour mieux nous consacrer aux valeurs humaines et sociales de l’art. Le métier a beaucoup changé. Nos engagements futurs, même s’ils ne sont pas tous déterminés précisément à ce jour, se destineront toujours à mettre l’art et la création contemporaine au cœur d’un projet de société, en traçant de nouvelles voies, à travers des actions ciblées, à la fois professionnelles et caritatives. » Les Noirmont affirment qu’ils n’ont pas l’envie de partir vivre à Bruxelles, Londres ou New York. C’est, pour eux, « une chance et un luxe de pouvoir un jour se poser à la cinquantaine ». Toutefois, le marché réagit, soit de manière radicale comme Daniel Templon, joint au téléphone à la foire de Dubaï : « Quand on s’arrête à 50 ans, dit-il , c’est qu’on n’a pas besoin de travailler. La situation en France est convenable, mais pas grandiose. Il faut bosser toujours plus. Pas de généralité. Il est difficile de faire aujourd’hui des efforts pour gagner trois fois rien… » D’autres, comme Francis Briest, l’une des têtes d’Artcurial, y voit un sérieux préjudice pour la place de Paris : « Cette décision est très dommageable dans le cadre de la compétition de plus en plus acharnée à laquelle se livrent les autres places comme Londres, New York et Hongkong. »

On ne sait donc encore où les Noirmont vont planter leur tente. Pour Beaubourg, ce sera en Arabie Saoudite. “Le centre Pompidou a [en effet] signé un accord avec le pétrolier saoudien Aramco pour monter une exposition sous tente, du 18 octobre au 28 novembre, à Dhahran, a annoncé [en février] Alain Seban, président de l’établissement français , a-t-on pu lire dans Libération . Un Centre Pompidou mobile, petite structure nomade qui circule déjà à travers la France depuis 2011, exposera sur 1000 m2 une vingtaine de chefs-d’œuvre du XXe siècle avec la couleur pour fil conducteur. L’entrée sera gratuite et Aramco table sur une fréquentation de 100 000 visiteurs en six semaines. Le Centre Pompidou est rémunéré pour cette opération, mais Seban n’a pas précisé le montant.” L’Express précise que “Aramco, premier pétrolier mondial, envisage d’ouvrir en 2015 un centre artistique, pour la réalisation duquel le Centre doit fournir des conseils d’ingénierie.” “Du côté des conservateurs de Beaubourg, certains s’inquiètent du développement de ces expositions à but purement commercial, sans intérêt scientifique , constate Sabine Gignoux dans La Croix. En augmentant les déplacements des œuvres, on multiplie les risques d’un accident. Et l’on peut craindre que la règle des échanges et des prêts gratuits qui prévaut pour les expositions scientifiques ne finisse par devoir céder le pas devant d’autres priorités. Beaubourg n’est pas seul à développer les expositions payantes. Les musées Picasso et d’Orsay y ont recours pour financer leurs travaux. Le projet de Louvre-Abou Dhabi repose aussi sur une manne financière. Par ailleurs, l’on peut s’interroger sur la nature des œuvres qui seront exposées en Arabie saoudite, pays où le pouvoir religieux fait peser notamment sur les femmes une censure très stricte. Le choix sera « adapté au public saoudien » et soumis à l’accord d’Aramco, indique pudiquement le Centre Pompidou…” Qui semble en tout cas trouver tout à fait « sain » le « climat idéologique » en Arabie Saoudite…

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