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Le coup du chapeau

6 min

“On connaissait le lip-dub des partis politiques. Pour le meilleur et pour le pire.” Avec les municipales, une déferlante de « bonheur » a gonflé de jour en jour dans les villes françaises, a constaté Céline Cabourg dans Le Nouvel Observateur. “Après la Jamaïque, la Tunisie, le Bénin, Dubaï, après Paris, Marseille, Lyon, Toulouse ou Dunkerque, ce [furent] les habitants de Vesoul, Nantes, Metz ou [encore] Chinon qui [ont mis] en ligne leur version. […] Ça danse dans les parkings, les cours de gym, avec perruques fluo ou déguisements Bollywood, en famille ou entre potes. Casting et mobilisation passent par Facebook. A chaque ville française sa formule : débauchage de personnalités locales à Strasbourg, mobilisation massive des jeunes à Nice, version potache à Vesoul (deux amis et une GoPro), flashmob géante dans le Golfe du Morbihan… Le succès est tel qu’il commencerait à faire grincer des dents Sony Music, qui n’a pas apprécié que le clip soit détourné par des médias. A Angers , nous apprend Le Nouvel Obs, il a été retiré de YouTube car réalisé par Angers Télé avec NRJ. On peut être happy et pointilleux.” Le clip en question, c’est bien sûr celui de Pharrell Williams, dont le “nouveau single, Happy, vire au phénomène , écrivait il y a un mois Emmanuel Marolle dans Le Parisien. La chanson est numéro 1 des ventes en France et dans 11 autres pays, son clip fait l’objet de parodies venues du monde entier. Et le morceau commence à être chanté dans les écoles primaires en France. [Un morceau] que Pharrell Williams a failli ne jamais écrire. « Je travaillais sur des morceaux pour le film Moi, moche et méchant 2 , explique-t-il au Parisien. J’avais fait 9 chansons, dont certaines très bonnes. Mais les producteurs du film me disaient “c’est pas mal, mais bon…” Et il y avait cette scène où le héros, Gru, est très content, alors qu’il est toujours en colère. Je me suis dit : comment faire une chanson sur un mec qui est heureux ? Et la réponse était dans la question : faire une chanson qui va s’appeler Happy . » Le film sort l’été dernier, fait un carton, mais la chanson passe relativement inaperçue. Jusqu’au 21 novembre, lorsque Pharrell Williams met en ligne un clip géant de vingt-quatre heures, où anonymes et personnalités comme Steve Carell, Jamie Foxx ou Magic Johnson chantent et dansent sur Happy. La vidéo, réalisée par le collectif français We are from LA, déjà remarqué pour la pub Evian où des adultes se voient en bébés dans la glace, va plus loin. Elle invite chacun à réaliser son propre petit clip « joyeux ». Depuis, des dizaines de clips fleurissent sur la Toile sous le nom de « We are from Bordeaux », « We are from Angers », « We are from Neufchâtel », sur le même principe que l’original : seul, à deux ou en bande, on chante et on danse dans les rues de sa ville. Un phénomène qui fait enfin de Pharrell Williams une superstar populaire. Car, jusque-là, le musicien était plus un homme de l’ombre, architecte sonore pour les autres au sein de son collectif de producteurs, Neptune. En 2001, on lui doit la mue sexy de la toute jeune Britney Spears dans I’m a Slave 4 U, ou la crédibilité artistique de Justin Timberlake sur son premier album, Justified.” “En août 2003 , rappelle Aureliano Tonet dans le portrait qu’il lui a consacré dans M le Magazine du Monde , une étude estime que 43% des titres diffusés sur les radios américaines portent leur sceau. [Mais] l’échec commercial, en 2006, du premier album solo de Pharrell, In My Mind, signe la fin de cet état de grâce. Le musicien entame une longue traversée du désert, dont il ne sortira définitivement qu’au printemps dernier. En mai 2010, encore convalescent de l’infortune de Hard Candy, de Madonna (2008), qu’il avait coproduit, [le journaliste du Monde ] l’avait croisé, hagard, dans une boîte de nuit cannoise. Le décor était décadent : des nains déguisés en Batman pivotaient sur eux-mêmes, tels des toupies en slips moulant des patineuses artistiques enchaînaient les triples axels sur la glace aménagée au milieu du dancefloor DJ d’un soir, Pharrell faisait rugir les platines avec la virtuosité lasse des prodiges qui tournent en rond. A ceux qui voulaient bien l’entendre, il jurait qu’il n’enregistrerait jamais plus d’album solo.” Depuis, comme dans toute bonne histoire américaine, le retour en grâce a été fracassant : “en l’espace d’un an , note encore Aureliano Tonet, Pharrell est devenu le porte-bonheur de l’industrie musicale, qu’il a relancée à lui seul, ou presque. A force de cumuler les tubes, il est même passé, avec 46 millions d’euros glanés en 2013 – pour une fortune totale estimée à 145 millions –, en tête des musiciens les mieux payés au monde. En mars 2013, il y eut Blurred Lines, de Robin Thicke, qu’il a produit, co-écrit et co-interprété. Un mois plus tard, c’était Get Lucky des Daft Punk, sur lequel son falsetto fait merveille. Puis, à l’automne, il réalisait la passe de trois – le « coup du chapeau », diraient les amateurs de sport – avec Happy.” “Trois morceaux à un million d’exemplaires, le record n’avait pas été dépassé depuis les Beatles , saluent Séverine De Smet et Tess Lochanski dans Le Nouvel Obs. Un groove aussi efficace qu’universel, une belle gueule de citoyen du monde, un flair inné du business et beaucoup d’ego : la mode a trouvé son nouveau fétiche , considèrent-elles, à propos de sa collaboration tous azimuts avec les marques. Comme Kate Moss, il devient, plus qu’une image, une promesse. La promesse pour les annonceurs de vendre plus, pour le public de s’acheter une part de cool.” Quant au fameux chapeau, “on a parlé de la police montée canadienne ou de moule à kouglof pour ce couvre-chef suggéré à l’Américain par Woodkid. Que nenni , dévoilent Les Inrockuptibles : cette pièce montée de Vivienne Westwood, dont l’un des exemplaires porté par Pharrell s’est vendu cher sur eBay, serait en fait un hommage aux fondateurs de Def Jam, friands de ce modèle à l’époque.” Trop cool , trop happy

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