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Le coût de l'art

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C’est une brève du Monde , qui nous apprend que “le Portugal espère vendre « à court terme » les 85 œuvres de l’artiste espagnol Joan Miro, dont la mise aux enchères prévue mardi 4 février à Londres avait été annulée in extremis par Christie’s, a déclaré le premier ministre, Pedro Passos Coelho. Le maintien de ces tableaux au Portugal constituerait un « coût » élevé pour l’Etat portugais, « qui n’a pas les 30 à 40 millions d’euros qu’il faudrait investir dans ces œuvres », a-t-il affirmé devant des journalistes à Lisbonne. La maison d’enchères Christie’s, refroidie par des démêlés judiciaires au Portugal avait annulé la vente des œuvres que le gouvernement portugais souhaite céder pour renflouer les caisses de l’Etat. Christie’s estimait la valeur globale des 85 œuvres à plus de 30 millions de livres.” Alors que, comme le rappelle Le Journal des Arts , “la vente d’œuvres des collections muséales reste largement pratiquée aux Etats-Unis en dépit de la volonté des donateurs, et des voix qui s’élèvent contre” , une pratique toutefois encadrée par l’American Association of Museum Directors, l’association des directeurs de musées d’art, dont les lignes directrices précisent que « l’aliénation d’œuvres est une partie légitime de la constitution et du maintien des collections […]. Les fonds provenant [de la vente] d’une œuvre ne seront pas utilisés pour les frais de fonctionnement ou les dépenses en immobilisation [mais] peuvent être utilisés seulement pour l’acquisition d’œuvres » , la cession de collections commence à faire son chemin en France. Le Figaro publie ainsi tous les jours, en partenariat avec IFRAP, fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques, « 50 idées pour économiser 50 milliards » . En culture, il est ainsi proposé de “cesser toute subvention aux Frac. Les Frac, ces Fonds régionaux d’art contemporain créés il y a tout juste trente ans, amoncellent 27 000 œuvres achetées grâce aux subventions des régions et de l’Etat, qui s’élevaient à 24 millions d’euros en 2010. Problème , pour Le Figaro et IFRAP : à force d’accumuler des œuvres sans les vendre, les Frac sont obligés de faire construire des super-réserves et des salles d’exposition temporaires ou permanentes. Quelques exemples : la construction du nouveau bâtiment coûte 17,8 millions d’euros pour le Frac Bretagne, 20 millions d’euros pour le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et jusqu’à 52 millions d’euros pour le Frac Aquitaine. Un budget conséquent pour des lieux très peu visités : entre 14 000 et 16 000 visiteurs par an. D’autant que cette muséification , juge encore Le Figaro , va à l’encontre de la mission originelle des Frac qui est de soutenir les artistes et de diffuser l’art contemporain à un public le plus large possible. Il ne serait donc pas insensé de cesser toute subvention aux Frac. Leur budget pourrait être assuré par la vente annuelle de 10% des collections et par le mécénat privé. Les Frac se recentreraient ainsi sur leur mission, à savoir faire connaître l’art contemporain au plus grand nombre. Avec, à la clef, une économie potentielle de 15 millions d’euros.”

On ne sait combien le Louvre compte économiser, mais plutôt que de vendre ses collections, le musée a décidé de mettre “un terme à sa politique de gratuité chaque premier dimanche d’avril à septembre, pour « privilégier le qualitatif par rapport au quantitatif », comme le rapporte Lorraine Rossignol dans Télérama. Avec une moyenne ce jour-là de 40 000 entrées, dont 70% amenées par les agences touristiques, l’établissement ratait sa cible. Allant jusqu’à faire fuir les visiteurs nationaux visés, repoussés par la foule. Pour compenser, le Louvre (victime d’une baisse de subvention de 2,5%) jure qu’il va multiplier ses actions en direction des divers publics de proximité ne venant pas d’eux-mêmes. Et rappelle que 40% de ses visiteurs bénéficient de la gratuité, qu’il s’agisse des moins de 26 ans ou des demandeurs d’emploi. Sauf que , rappelle Télérama, depuis l’arrivée de Jean-Luc Martinez à la tête du musée en avril dernier, le billet d’entrée est passé de 11 à 12 euros. En même temps, des expositions ont été annulées, l’art contemporain est menacé de disparition, tout comme la programmation musicale à l’auditorium. La nouvelle direction parviendra-t-elle vraiment à faire mieux en offrant moins ?”

Mais peu importe s’ils doivent maintenant payer leur entrée au musée, même le dimanche, “les touristes internationaux de passage à Paris vont nager dans le bonheur , se réjouit Céline Carez dans Le Parisien. Après avoir admiré La Joconde au musée du Louvre, ils vont pouvoir aller directement s’acheter une montre Rolex ou un sac à main Yves Saint Laurent. La chaîne de grands magasins le Printemps a en effet ouvert [mi-janvier] une nouvelle boutique dans le Carrousel du Louvre, sous le jardin des Tuileries. Le chic magasin s’est installé à la place du Virgin fermé en janvier, l’an dernier. « C’est le seul lieu qui va combiner culture et shopping », savoure Pierre Pellarey, directeur général du Printemps-Haussmann. […] « C’est certes une enseigne de luxe, reconnaît-il, mais qui se veut tout public. On y trouvera des sacs à 300 €. » Et comme le magasin sera ouvert le dimanche – le seul de l’enseigne –, le patron serait très content « que les Parisiennes viennent ce jour-là s’acheter un rouge à lèvres ».” Vous voyez qu’il y a de bonnes raisons d’aller le dimanche au Louvre !

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