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Le dandy texan et les cinéastes empêchées

7 min

A deux mois de son ouverture, le Festival de Cannes commence à faire monter la pression. “Après Robin des Bois, de Ridley Scott en 2010, et Minuit à Paris, de Woody Allen l’an dernier, c’est à nouveau un film américain qui ouvrira le Festival, le 16 mai. Thierry Frémaux [son délégué général] a annoncé qu’il avait choisi Moonrise Kingdom, de Wes Anderson, pour lancer, a priori avec panache, cette 65e édition présidée par Nanni Moretti.

La bande-annonce de Moonrise Kingdom est visible sur Internet depuis début janvier , précise Didier Péron dans Libération . Après son film indien ( A bord du Darjeeling Limited) et son dessin animé avec marionnettes à poils et a plumes ( Fantastic Mr Fox), le dandy texan signe un nouveau long métrage aux couleurs pimpantes dont l’histoire se déroule en 1965 sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre, dans une sorte de camp de vacances scout tenu par Edward Norton. Deux gamins, Sam et Suzy, 12 ans, prennent la fuite afin de vivre leur coup de foudre à la fraiche, loin des regards indiscrets. Les parents, paniqués, partent à leur recherche. La bande-annonce révèle la présence d’un casting de choix parfaitement adapté à une montée des marches de gala puisqu’outre Norton, Moonrise Kingdom compte dans ses rangs Bill Murray, Tilda Swinton, Frances McDormand, Bruce Willis et Jason Schwartzman. Selon Frémaux, le film est une « comédie enlevée où le cinéaste inverse les codes de comportement, où les enfants ont une précoce autonomie d’adultes et les adultes sont, au contraire, traités comme des gens immatures et assez irresponsables. »

C’est la première fois que Wes Anderson est sélectionné à Cannes , rappelle le critique de Libération. Il demeurait jusqu’à présent l’un des grands absents américains du raout cinéphile (au même titre qu’un Michael Mann, par exemple) en dépit d’une cote d’amour aussi bien critique que publique qui n’a cessé de grimper au fil de ces dix dernières années. Son humour excentrique (avec ses gags au tempo dérythmé, sa mélancolie élégante), ses cadrages maniaques (il contrôle le moindre papier peint, l’accessoire le plus discret), son obsession des rapports de famille dysfonctionnels (son modèle reste la famille Glass des romans de Salinger), mais aussi sa capacité à attirer des castings bankables et ses choix musicaux en bande-son (Joe Dassin, Bowie revu en version brésilienne et, cette fois-ci, Françoise Hardy, entre autres) lui ont permis de dessiner un univers à part entière que, par ailleurs, il rechigne à analyser en interview. Toujours impeccablement habillé, gardant sur des tournages parfois rock’n’roll un flegme indestructible, Wes Anderson s’est lui-même représenté au travail dans une publicité pour carte bancaire où, sur la musique de la Nuit américaine, de François Truffaut, on le voit traverser un plateau en effervescence, tandis que des techniciens lui posent des questions absurdes. Il en a signé un autre pour le marché japonais avec Brad Pitt poussant une 2CV dans une campagne française évoquant Jacques Tati.

La sortie en France de Moonrise Kingdom, coscénarisé par Roman Coppola, coïncidera avec sa projection à Cannes, le 16 mai. Frémaux dit ne pas savoir encore s’il participera ou non à la compétition officielle. Le directeur du festival est en pleine période de projections, tandis que les rumeurs se multiplient sur la sélection. Le site Indiewire a publié une liste de trente titres potentiels et il y a de quoi se frotter les mains , se réjouit Didier Péron : un Cronenberg ( Cosmopolis), le Sur la route de Walter Salles d’après Kerouac, The End, le film japonais d’Abbas Kiarostami, The We & the I, de Michel Gondry, un nouveau Terrence Malick, le retour du Mexicain Carlos Reygadas ( Post Tenebras Lux) et un Michael Haneke ( Love).“

On ne sait si le Festival de Cannes, au milieu de ce programme alléchant, continuera à soutenir les cinéastes iraniens persécutés dans leur pays, on imagine que oui. Il peut en tout cas ajouter à sa liste une femme, la photographe et réalisatrice iranienne Tahmineh Monzavi, dont une dépêche AFP reprise par Le Monde nous a appris qu’elle “a été arrêtée, selon Eric Cez, directeur des éditions Loco à Paris, qui a publié un ouvrage sur la photographe iranienne, et qui estime que les autorités lui font payer « son engagement, à travers ses photographies et ses films documentaires, pour dénoncer les dysfonctionnements de la société iranienne et notamment la situation des femmes en Iran : problèmes liés à la drogue ou aux sans domicile fixe ». Née à Téhéran en 1988, Tahmineh Monzavi a réalisé deux films, High Fashion in Tehran, et Women in Grap Garden Alley.“

A moins que le Festival de Cannes ne s’empare du cas d’une de ses consœurs documentariste, dont la caméra a été saisie par la police. Pas iranienne, la police, mais bien française… “Où se trouvent la caméra et les rushes de Marie Maffre, qui réalise un documentaire sur le collectif Jeudi noir, connu pour ses actions visant à occuper des logements vides ? , s’interroge Clarisse Fabre, à nouveau dans Le Monde . « Son matériel est dans un no man’s land, entre le commissariat du boulevard Bourdon, à Paris, et le bureau du producteur de la République », explique Jan Vasak, le producteur de ce documentaire (chez K’IEN Productions). Vendredi 2 mars, Marie Maffre a été arrêtée et placée en garde à vue, avec quatre militants de Jeudi noir, alors qu’elle couvrait l’occupation d’un logement, dans le 20e arrondissement. « Elle est ressortie samedi vers 13 heures, sans son matériel de tournage », précise Prisca Orsonneau, avocate au barreau de Paris et coordonnatrice juridique de Reporters sans frontières, qui dénonce « une procédure scandaleuse » : « Selon le code pénal, la garde à vue vise une personne soupçonnée d’avoir commis ou tenté de commettre un crime ou un délit, ce qui n’est absolument pas le cas de la réalisatrice ! Celle-ci ne peut pas être confondue avec l’action qu’elle filmait. Et sa caméra ne peut être saisie comme une pièce à conviction. » Marie Maffre observe « un durcissement » des forces de l’ordre : « Il n’y avait aucune ambiguïté sur mon rôle. Je filmais quand la police est arrivée. J’ai signalé au responsable presse de la Préfecture que j’étais là dans le cadre de mon travail. C’est la première fois que des membres de Jeudi noir sont placés en garde à vue. » La réalisatrice s’interroge : « Les rushes vont-ils être utilisés pour nourrir l’enquête contre le collectif ? » Affaire à suivre, bien entendu…

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