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Le directeur et les petits rats

6 min

On commence cette revue de presse par un rectificatif. Contrairement à ce qui avait été dit la semaine dernière, en se fondant sur une erreur présente dans l’article cité (c’était un article de Libération ), c’est bien sûr de Dijon, et non de Montluçon, que François Chattot a annoncé lui-même son départ. A Montluçon, c’était Anne-Laure Liégeois. Merci à l’auditeur et internaute attentif, quoiqu’anonyme, qui a signalé l’erreur.

Un codicille, ensuite, au feuilleton des nominations et évictions évoquées précisément la semaine dernière. Nathaniel Herzberg nous apprend dans Le Monde que “le directeur du Centre dramatique national de Montpellier, Jean-Marie Besset, a annoncé, mercredi 10 avril, son intention de saisir le Conseil d’Etat afin de contester le non-renouvellement de son mandat. Son avocat, Roland Lienhardt, devrait déposer un recours en annulation et un référé-suspension contre une décision qui, selon lui, « n’est pas motivée et ne respecte aucune procédure ». Dans sa lettre, la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, souligne le « bilan artistique mitigé » du directeur et l’absence de « réel rôle structurant » du théâtre dans la ville ? « C’est une sanction, dénonce l’auteur. Je n’ai pas été entendu, je n’ai pas eu accès au dossier. Je suis victime d’un règlement de comptes entre Aurélie Filippetti et son prédécesseur. » Jean-Marie Besset avait été nommé par Frédéric Mitterrand, une décision qui avait suscité la réprobation d’une grande partie du monde du théâtre public” , rappelle Le Monde .

La ministre nomme ou évince. Et que faisait le roi, il y a trois siècles ? Il dansait. “Louis XIV, comme tout rejeton royal bien né, fut formé dès son jeune âge à la danse , rappelle Philippe Noisette dans Les Echos. Mais ce passe-temps deviendra pour le roi une passion qui le voit travailler avec le « maître à danser » Pierre Beauchamp et se produire en scène. Du Ballet royal de l’impatience (en 1661) aux Amants magnifiques du tandem Molière et Lully où Louis XIV fait ses adieux, le monarque paye de sa personne. Mais, c’est autre chose que l’on retiendra : en effet, le Roi-Soleil est à l’origine de la création successive de l’Académie royale de danse puis, en 1713, de l’Ecole française de danse, dont on célèbre le tricentenaire.”

Et nombre de vos journaux le célèbrent, ce tricentenaire, fêté toute cette semaine au Palais Garnier. Ainsi d’Ariane Bavelier, qui célèbre dans Le Figaro le style français, et n’est pas loin d’y voir “le dernier emblème d’un savoir-faire typiquement national” . Un style qui, “au fil des générations, évolue, se perfectionne, se modernise tout en restant fidèle à son idéal du naturel, du raffinement et du refus de l’effet. « La danse telle que Louis XIV entend la maintenir, vient des cours italiennes du XVIe siècle, rappelle Sylvie Jacq-Mioche, historienne de la danse. C’est une expression humaniste : on fait des tracés qui rappellent les interrogations sur le nombre d’or et la géométrie céleste. Le corps qui danse montre le visage de l’âme, d’où le souci d’élévation, et il prouve ce que dit Erasme : on ne naît pas homme, on le devient. S’y ajoute une certaine idée de la noblesse au XVIIe : si le courtisan n’a pas besoin de travailler c’est qu’il a été distingué par Dieu, d’où la dissimulation de l’effort. »

“Ces principes, Marin, Julien et Pablo tentent de les mettre en pratique au fil de leur entraînement quotidien.” Ces trois jeunes gens de 18 et 17 ans, Marie-Valentine Chaudon les a croisés à Nanterre, dans les couloirs de l’actuelle école de danse du ballet de l’Opéra de Paris, où elle a enquêté pour La Croix. “Leur déjeuner avalé sur le pouce , raconte-t-elle, ils s’éclipsent pour troquer leurs tenues décontractées contre l’uniforme des apprentis danseurs : collant gris et tee-shirt blanc. Les vestiaires, le long du monumental escalier en colimaçon, au cœur du bâtiment, commencent à s’animer. Au premier étage, des fillettes enfilent leurs tuniques, blanche, jaune ou bleue selon leur division, et les plus expérimentées aident fébrilement les plus jeunes à réaliser le chignon réglementaire. Brosses et laque lissent péniblement les mèches rebelles : pas un cheveu ne doit dépasser ! Cette discipline sans concession fait partie du quotidien de Nanterre et, en fin de cursus, nos trois garçons de première division reconnaissent en avoir un peu assez. « On fait beaucoup de sacrifices, confie Marin. Même si c’est par passion, les contreparties sont rudes. » Leur jeune corps, sculpté par la danse, est déjà meurtri par les heures de travail. « Les hanches, les mollets, les tendons sont très sollicités, explique Pablo. Depuis qu’on est ici, on a tous été blessés au moins une fois et la douleur est omniprésente. » Les jeunes recrues font pourtant l’objet de nombreuses attentions. Un kinésithérapeute et un médecin consultent dans les locaux de l’école plusieurs fois par semaine. Les durs planchers ont laissé la place à des sols en linoléum plus confortables pour les muscles. « Le matériel s’est amélioré, indique Elisabeth Platel, ex-danseuse étoile à la tête de l’institution depuis 2004. Mais je crois que nous sommes aussi devenus plus exigeants avec les élèves. Ils font plus d’heures de danse qu’à mon époque et on leur demande d’être plus athlétiques. » Pour les filles, même si les chaussons épousent mieux les pieds, les pointes restent synonymes de souffrance. « De ce côté-là, cela n’a pas tellement changé !, s’exclame Fabienne Cerutti, ancienne partenaire de Noureev à la scène et professeur de classique en 3e division filles. Notre manière d’enseigner a, en revanche, évolué. Nous demandons tout de suite davantage de précision et de raffinement. Pour cela nous n’hésitons pas à détailler nous-mêmes les mouvements, alors qu’avant les profs ne montraient rien. » Si les méthodes changent, les élèves aussi. « Garçons et filles sont plus grands qu’avant, on danse différemment avec quelques centimètres de plus », commente Elisabeth Platel qui les trouve aussi « plus inquiets, moins insouciants… » Triés sur le volet pour intégrer cette école de prestige, leur cursus est sanctionné chaque année par un examen qui peut, en cas d’échec, se solder par un renvoi de l’établissement. Lorsque enfin, ils terminent leur ultime année, ils reçoivent un diplôme de danseur professionnel mais doivent encore passer un concours pour entrer dans le corps de ballet de l’Opéra. La division de Pablo, Julien et Marin compte neuf élèves pour combien de places de garçons ? Une ou deux, qui seront aussi ouvertes aux candidats extérieurs. Pour chacun, les chances sont donc minces mais ils veulent y croire. « Nous sommes formés pour cette compagnie, souligne Julien. On rêve tous que le Palais Garnier devienne notre maison. » Comme quoi petit rat ou directeur de scène nationale en période de nomination, chacun rêve d’une maison…

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