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Le festival d’Avignon a bien eu lieu

6 min

« Le festival d’Avignon a bien eu lieu » : à l’heure du bilan , relève La Croix , son directeur Olivier Py était partagé entre le soulagement d’avoir évité l’annulation, brandie par les intermittents du spectacle, et l’inquiétude avec 300 000 euros de pertes qui pèseront sur l’édition 2015. In fine, sur 24 jours de festival, 3 journées de grève des intermittents en lutte contre la nouvelle convention chômage ont empêché au total 12 représentations, selon le bilan dressé lors d’une conférence de presse [le 26 juillet]. La météo s’y est mise avec de fortes pluies et 2 spectacles annulés. La perte s’élève au total à 300 000 euros” , donc. “Le vrai montant du manque à gagner est sans doute moindre” , estimez-vous, René Solis, dans Libération , l’inquiétude est “passablement surjouée” , “la direction du Festival charge la barque, […] mais la dramatisation est de bonne guerre et vise avant tout à faire pression sur les financeurs du Festival, pour qu’ils mettent la main à la poche.” Lors de cette conférence de presse, “le directeur […] a célébré la gloire d’Avignon et du Festival, « moment où la ville se vit comme un lieu utopique : pendant trois semaines, Avignon est devenu un rêve d’Andalousie, où universalisme et métissage rendent au monde, dans sa multiculturalité attentive, son hospitalité. » Beau comme du Olivier Py” , saluez-vous, René Solis. Une semaine plus tôt, Olivier Py s’était confié à vous, Fabienne Pascaud, dans Télérama. “On a vraiment frôlé l’annulation pure et simple , frémissait-il encore. J’imagine que pour le directeur, le travail a été double cette année de celui qu’il doit être d’ordinaire. Si c’est chaque année comme ça, c’est dur… […] Ce qui m’aura le plus aidé, cet été , vous confie Olivier Py, c’est finalement de voir des spectacles. Car artistiquement, je suis content. Content de la diversité de la programmation. Fier des artistes des cinq continents qui auront été invités. […] Le Festival aura bien été un festival d’images du monde, tout en consacrant évidemment le retour au texte… J’aime cette diversité , s’exclame le nouveau directeur du Festival. Elle est en soi un changement esthétique important par rapport au passé…” Changement important par rapport au passé ? Pas tant que ça, à en croire vos collègues critiques. Certes, reconnaît Armelle Héliot dans Le Figaro , “il y avait bien longtemps que tant de jeunes artistes n’avaient pas été invités et bien longtemps également que l’on n’avait pas vu autant de « vraies » créations. Des spectacles dont les premières ont eu lieu à Avignon et non des productions déjà rodées. Ces fondamentaux sont évidemment exigeants et il y a eu des ratages et une catastrophe, Hypérion. Mais pour l’essentiel, les spectacles auront été de haute qualité. Un bémol , toutefois, pour la critique du Figaro. On adressait déjà ce reproche à Hortense Archambault et Vincent Baudriller : la profusion des créations en langue étrangère aura conduit le public à lire des surtitrages parfois si copieux que le jeu des acteurs passait trop souvent au second plan. Il faudrait, dans les années qui viennent, revoir cet équilibre.” Pour Fabienne Darge, dans Le Monde , il reste à Olivier Py “à convaincre davantage sur le plan artistique – y compris sur ses propres spectacles. Quoi que l’on ait pu dire et écrire, il n’est pas forcément simple de se démarquer de la ligne défendue pendant dix ans par le tandem Archambault-Baudriller : le public d’Avignon s’est habitué à ce que le Festival soit une vitrine de la modernité théâtrale.” La critique du Monde salue toutefois, comme tous les critiques, “ce morceau de bravoure inouï, d’ores et déjà entré dans la légende du Festival d’Avignon : Henry VI, de Shakespeare, mis en scène par le jeune Thomas Jolly, 32 ans. Dix-huit heures de spectacle qui ont déchaîné un enthousiasme fou du public, et la réinvention d’un théâtre ludique et populaire.” C’est “l’évènement du festival” , applaudit Didier Méreuze dans La Croix , pour qui Thomas Jolly “a métamorphosé le théâtre en une fête permanente, traversant le jour et la nuit, de 10 heures du matin jusqu’à 3h30 du matin suivant.” “Du bruit, de la fureur sur un rythme joyeux et enflammé, Henry VI, sans bouleversement esthétique, a provoqué une des plus belles rencontres entre le public et la troupe, renouant haut la main avec un théâtre populaire” , salue de son côté Marie-Josée Sirach dans L’Humanité , tout comme elle salue “la parole des intermittents, originale, iconoclaste, sérieuse ou drôle, [qui] a circulé tout du long [pendant le Festival]. […] Loin de mots d’ordre corporatistes, nous avons entendu, témoigne-t-elle, des paroles intelligentes, solidaires avec tous les autres précaires et chômeurs, des paroles visionnaires pour penser une autre organisation du travail, de la vie, du monde.” Une autre organisation du théâtre, aussi, et notamment dans le « off » d’Avignon, “qui n’a (quasiment) pas connu de grèves pour des raisons purement économiques , explique Sandrine Blanchard dans Le Monde. […] A défaut d’avoir pu peser sur la mobilisation contre la nouvelle convention d’assurance-chômage, le collectif du « off » aura en revanche soulevé la question du fonctionnement libéral de ce festival parallèle, où un créneau horaire se vend entre 5 000 et 15 000 euros suivant la taille des théâtres. Régulièrement pris à partie sur le manque de « régulation de ce marché concurrentiel », Greg Germain, président d’Avignon Festival et Compagnies, l’association qui coordonne ce vaste marché du spectacle vivant, n’a cessé de rappeler que l’AF&C n’avait « aucun pouvoir de contrôle ou de contrainte », notamment pour faire respecter la charte des salles. Pour lui, « cette édition est riche d’enseignements ». Il se dit convaincu qu’une « refondation du “off” », en collaboration avec les collectivités locales et le ministère de la culture, est inéluctable. « Que l’Etat ne s’occupe pas de cet immense marché du théâtre est un scandale républicain, tonne-t-il. Je ne parle pas de subventions, mais d’un travail d’expertise. » Message transmis à l’experte Fleur Pellerin, qui découvre actuellement les plaisirs de sa fonction au ministère de la Culture.

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