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Le Français a envie d'un horizon nouveau

5 min

Il était invendable jusqu’à la semaine dernière, et cette semaine, ça y est, quelqu’un s’est offert un théâtre pour Noël. “Après plusieurs mois de négociations , a-t-on pu lire dans Le Parisien , c’est finalement la Lybie qui rachète le Théâtre éphémère de la Comédie-Française. L’accord a été signé mercredi à Tripoli par le ministre de la Culture et de la Société civile libyen, El-Habib al-Amin, en présence de l’ambassadeur de France à Tripoli, Antoine Sivan, a-t-on appris [jeudi] auprès de la maison de Molière, qui s’est refusée à préciser le montant de la transaction. D’après le Monde [cité la semaine dernière], cet édifice était à vendre pour 1,5 M€.” Selon les informations en ligne du magazine Challenges, “la Lybie a même accepté de prendre à sa charge les frais de démontage (600 000 euros) de cette structure laissée à l’abandon depuis janvier à l’ombre des arcades du Palais Royal à Paris.” Le Monde rappelle qu’une source proche de la négociation avait commenté : « Cela a plu au ministre libyen parce que l’objet est en bois. Et il n’y a pas de bois en Libye. »

Voilà en tout cas une sacrée écharde ôtée du doigt de l’administratrice du Français, Muriel Mayette. Et ça tombe bien, car place Colette, “la campagne électorale a commencé , annonce Armelle Héliot dans Le Figaro. Après les municipales, les européennes, la présidentielle, c’est au sein de la plus prestigieuse des institutions théâtrales de France que les manœuvres se précisent. Plus de trois siècles d’existence, un statut exceptionnel, une maison d’excellence, la Comédie-Française est un enjeu artistique et politique unique. Nul ne s’étonnera donc qu’à dix mois d’une échéance importante, la fin de mandat de l’administrateur général, Muriel Mayette, les candidats à sa succession tentent de convaincre les tutelles qu’il serait catastrophique pour l’institution de renouveler celle qui est en place depuis sept ans. Que les élèves du Conservatoire d’art dramatique envoient un courrier à la ministre de la Culture, on se dit qu’ils sont jeunes, isolés et n’ont pas d’autre accès aux tutelles. Mais lorsque les comédiens-français emploient la même méthode, on est étonné , juge la critique du Figaro. Ils n’ont que les colonnes de Buren à survoler par la galerie supérieure du Palais-Royal, et ils sont dans le bureau de leur chère Aurélie Filippetti, celle qui voulait virer Muriel Mayette dès juillet 2012, lors d’un passage à Avignon : le sage Jack Ralite l’en avait dissuadé. Une lettre de doléances a donc été rédigée et signée par les sociétaires (trente-six sur trente-sept), qui ont prévenu les pensionnaires. Ensuite, ils se sont arrangés pour organiser eux-mêmes les fuites dans la presse , croit savoir Armelle Héliot. Que reprochent-ils à Mme l’administratrice générale ? On peut circonscrire les griefs à un trait : Muriel Mayette ne serait qu’une femme politique préoccupée de sa carrière et qui se serait servie de son poste pour se mettre en valeur, elle et seulement elle.” ”En fait , analyse René Solis dans Libération , Muriel Mayette cristallise une opposition liée à la fois à sa personnalité et à ses choix artistiques. Nommée au Français à la faveur d’un putsch qui avait évincé Marcel Bozonnet, son prédécesseur, elle n’a jamais pu fédérer autour d’elle. Plus solitaire qu’autoritaire, elle a multiplié des initiatives sans concertation – ainsi le projet (abandonné) d’installer une maison à Bobigny –, mais s’est montrée plutôt laxiste avec les acteurs, leur accordant volontiers des congés pour aller tourner au cinéma. En tant que personnage public, son mariage bling-bling avec le journaliste sportif Gérard Holtz a agacé. De même que sa proximité avec Nathalie Kosciusko-Morizet, qui avait lancé en 2011 son think tank « ADN » dans la salle du Vieux-Colombier. Mais c’est surtout , estime notre confrère de Libération , l’absence d’une « véritable politique artistique » – comme le déplorent les signataires de la lettre – qui grève son bilan. Actrice douée, metteure en scène sans relief, elle n’a pas su ou voulu inviter au Français des artistes de premier plan, susceptibles de tirer vers le haut une troupe riche en talents.” “Pour Denis Podalydès, interrogé par Laurent Carpentier dans Le Monde , « on arrive à la fin d’un cycle qui a vu se faire de très belles choses. On a juste envie d’un horizon nouveau . Il n’y a pas de guerre entre nous ». « Cette fuite, c’est une grosse connerie », renchérit le comédien Eric Ruf. Celui-ci est le « candidat de l’intérieur » – et ne s’en cache pas : « Je redoute une polémique infertile… mais sans doute obligatoire. Si je dois parler de tout ça, ce sera à la ministre, mon projet sous le bras : j’ai plus d’idées pour l’avenir de cette maison que contre Muriel Mayette. » Partout, on relativise un phénomène « de saison ». C’est en effet en décembre que se réunit le comité qui nomme les nouveaux, décide des augmentations et prononce les cas d’éviction. [Personne de viré cette année, mais deux pensionnaires qui passent sociétaires : Gilles David et Nicolas Lormeau]. « Les gros poissons extérieurs vont se réveiller », pronostique Patrick Belaubre, le secrétaire général, évoquant les velléités affichées de Christian Schiaretti, au TNP. Et lui-même de dresser le portrait louangeur de Muriel Mayette : « La salle n’a jamais été aussi pleine, 120 créations en huit ans, les tournées n’ont jamais été aussi développées… » […] Du côté du ministère, on fait savoir que, « si elle doit être remplacée, l’intéressée en sera la première informée, puis il y aura appel à candidatures avec une sélection de trois personnes mais cela ne se fera pas avant le printemps… ». Sauf que le temps est venu des rumeurs et des ragots.” En effet, si Armelle Héliot conclut son article du Figaro par un sibyllin : « On espère seulement pour la troupe que le ministère n’a pas une personnalité en mal de poste à caser…” , Laurent Carpentier, beaucoup plus clair terminait ainsi le sien dans Le Monde : “D’aucuns murmurent déjà qu’une nouvelle lettre serait en gestation contre la possible venue… d’Hortense Archambault, l’ancienne codirectrice du Festival d’Avignon.”

Un beau feuilleton en perspective, donc, pour le premier semestre 2014 !

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