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Le jeune public sort du bois

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“La Comédie-Française, le Théâtre des Champs-Elysées, le lycée Jean Zay, « internat de la réussite », et l’Ecole normale supérieure de la rue d‘Ulm ont signé , a-t-on lu début décembre dans La Croix, un accord de partenariat pour « sensibiliser » (comme on dit) le public jeune au spectacle vivant et à ses coulisses sous la houlette de Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie-Française.” Louable initiative, même si existent déjà, dans toute la France, quantités de spectacles dits « jeune public », qui le sensibilisent déjà très bien. Car oui, “il y a les jeunes et le… « jeune public ». Pour celui-ci, constate Rosita Boisseau dans le Monde, tout un marché de produits spécifiques, conçus par tranche d’âge et censés répondre aux attentes de spectateurs n’ayant pas encore atteint officiellement l’âge adulte. Très développé en littérature, ce créneau, qui ratisse aussi dans la mode, l’art et les loisirs – des boums pour les petits apparaissent dans les lieux culturels huppés –, a le vent en poupe dans le spectacle vivant, et en particulier dans la danse contemporaine. Fini le temps où le « jeune public » servait de roue de secours à des compagnies en mal de reconnaissance. Il devient branché, porteur, s’offre des scènes prestigieuses en surfant sur la tendance de l’enfant-roi, cible des stratégies de marketing aiguisées. Ce décollage en haut de l’affiche – quel théâtre n’a pas aujourd’hui son secteur « jeune public » ! – doit beaucoup aux vedettes qui commencent enfin à se pencher sur son berceau. Les bonnes fées s’appellent Jean-Claude Gallotta, Thomas Lebrun, José Montalvo, Pierre Rigal, Robert Swinston… Elles jouent pour la première fois de leur baguette en essayant de faire oublier que ce type de production a longtemps été considéré, par les artistes et par les programmateurs, comme un « produit par défaut », selon la formule de Jean Ripahette, directeur de projets au Centre chorégraphique de Grenoble, dirigé par Gallotta. « Son spectacle L’Enfance de Mammame , créé en 2013, a une vraie valeur artistique, insiste Ripahette . Ce n’est pas du business, ni un effet de mode. C’est un véritable engagement, économique entre autres, pour la troupe. » Le « jeune public », le trimestriel La Scène y consacre un dossier conséquent dans son numéro Hiver 2014, à l’occasion de la « Belle saison » que coordonne le ministère de la Culture jusqu’en décembre 2015, et qui marque, pour le magazine des professionnels du spectacle, “une étape importante dans la reconnaissance de l’excellence artistique de ce champ professionnel trop longtemps ignoré ou méprisé“ . Car oui, malgré l’enthousiasme de Rosita Boisseau, “le jeune public est encore dans l’ombre“. Pourquoi ? Cyrille Planson donne sept raisons. Tout d’abord, “parce que l’Etat s’en est désintéressé. La scission historique des ministères de la Jeunesse et de la Culture voici près de soixante ans aura joué un rôle décisif , estime-t-il. Si en Belgique, ces deux domaines des politiques publiques sont restés liés par les valeurs de l’éducation populaire, il n’en a rien été en France. La définition malrucienne du champ couvert par le ministère de la Culture a écarté durablement la création pour le jeune public et la relation à la jeunesse hors du domaine bien particulier de l’éducation artistique et culturelle. Jusqu’à ce jour, et sans compter sur quelques bonnes volontés au sein de l’administration centrale, aucun contact dédié au secteur jeune public ne figure dans les organigrammes du ministère. D’où la difficulté pour les artistes notamment de trouver le bon interlocuteur, à commencer au sein même de la DRAC, lorsque la création artistique est comme bien souvent « hybride » (création pour la petite enfance, par exemple).” Deuxième raison : “parce que les médias ne s’en sont pas fait le relais. La création jeune public n’a jamais intéressé les grands médias. Ou sinon de manière tronquée, dans une approche plus occupationnelle qu’artistique.” Troisième raison avancée par le rédacteur en chef de la Scène : “parce que le réseau national est resté longtemps réticent. C’est l’un des défis, sinon le principal défi de cette « Belle Saison avec l’enfance et la jeunesse ». Comment le réseau national, celui des théâtres nationaux, CDN et autres scènes nationales s’emparera-t-il durablement de la question du jeune public. Les créations nombreuses, portées par des metteurs en scène ou des chorégraphes qui ne s’étaient encore jamais frottés à ce public, se sont multipliées sous l’effet de cette « Belle Saison ». Qu’en sera-t-il dans trois ou cinq ans ?” Entre autres raisons encore, “parce que l’offre reste très pauvre à Paris” , “parce que le secteur a peu revendiqué” , parce que aussi “son économie est fragile. […] « Petit public, petit budget », a-t-on entendu pendant longtemps…” Bref, autant de raisons pour lesquelles, selon Cyrille Planson, “l’idée de proposer une « saison nationale jeune public » aura été la bonne, permettant au ministère de donner une visibilité certaine à ce secteur tout en déployant assez peu de moyens (en cette période de fortes restrictions budgétaires). Elle a aussi fédéré toutes les catégories d’acteurs. Le secteur jeune public est devenu « audible », ses représentants et ses forces vives sont identifiées. Reste à savoir si la dynamique perdurera au-delà du terme de cette Belle Saison, en décembre 2015.” On en reparle dans un an ?

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