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Le Louvre réduit la voilure et restaure la Victoire

5 min

Alors que la police, selon Le Parisien , enquête sur un mystérieux trafic de faux tickets du Louvre (la douane belge en a saisi 4 000 en août, en provenance de Chine), le musée change de stratégie. “Il y aura deux fois moins d’expositions au Louvre : huit par an désormais, au lieu de 15 ou 16 jusqu’à présent ,nous apprend Sabine Gignoux dans La Croix . Cette annonce faite aux personnels mercredi dernier par le nouveau président du musée, Jean-Luc Martinez, marque un net virage par rapport à la politique de son prédécesseur, Henri Loyrette. Depuis 2001, ce dernier avait engagé le musée dans une politique de développement tous azimuts. […] Résultat, au terme de ses quatre mandats, la fréquentation du musée, dopée par l’essor du tourisme international, a été multipliée par deux pour atteindre 10 millions de visiteurs. Crise budgétaire oblige, cette ère d’expansion flamboyante est terminée. Henri Loyrette en était parfaitement conscient quand il a annoncé, en décembre dernier, qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat. Fin 2012, l’Etat avait déjà réduit sa dotation au Louvre de 7% pour 2013, entraînant le report du projet de réaménagement des espaces d’accueil sous la pyramide, aujourd’hui très engorgés. Et la baisse de la subvention de l’Etat devrait se poursuivre en 2014, vraisemblablement autour de 5%. Dans ce contexte budgétaire tendu, le nouveau président du Louvre, Jean-Luc Martinez, a choisi de recentrer le musée sur ses fondamentaux. Lui qui se targue de « n’avoir pas la culture du chiffre » (de fréquentation) souhaite mieux valoriser les collections permanentes et améliorer l’accueil du public ainsi que la médiation. Un aspect auquel ce fils d’une famille modeste, pur produit de la méritocratie républicaine, est particulièrement attaché. […]

« Si ça ne tenait qu’à moi, il n’y aurait même plus d’expositions », a-t-il lancé en forme de boutade, critique sur la course événementielle dans laquelle les musées se sont aujourd’hui engagés. La grande exposition Vélasquez prévue au Louvre en 2015 ira donc finalement au Grand Palais , nous apprend encore La Croix . Elle sera remplacée par une exposition consacrée à Nicolas Poussin, dont le Louvre possède un ensemble très riche (alors qu’il ne possède aucun Vélasquez) et une autre à Valentin de Boulogne. La présence de l’art contemporain sera maintenue mais désormais toujours en lien avec l’art ancien et les collections, souhaite le nouveau président du Louvre. La programmation de l’auditorium sera aussi réduite et recentrée sur cette salle.” Et le musée « consacrera une partie de l’aile Richelieu aux enfants » , a annoncé la ministre de la Culture dans une interview au Monde , pour illustrer sa politique d’éducation artistique. Des bambins qui ne pourront pas voir une des stars du Louvre, la Victoire de Samothrace , en restauration depuis le 3 septembre dans une salle du musée fermée au public. Une restauration à 4 M€, à laquelle le Louvre “a choisi de faire participer le public, pour 1 M€ attendu, les 3 M€ restant étant versés par de grandes entreprises.” L’occasion, ici et là dans la presse, d’appels à la vertu patriotico-culturelle du Français moyen, comme celui de Thierry Borsa dans Le Parisien : “Sauver des merveilles qui participent au rayonnement de notre pays, c’est, crise ou pas crise, une affaire de citoyens responsables , s’exclame-t-il. Ces biens communs dont nous sommes à la fois les admirateurs et les dépositaires, nous n’avons pas le droit de les laisser à l’abandon. Devenir un mécène lorsque l’on peut se le permettre, c’est mettre un peu de soi-même dans ce que le génie de l’homme a su créer. Dans une société en quête de sens, c’est plus qu’un beau geste, c’est une chance.” “Le musée, lui, conserve ses fonds propres pour des projets moins médiatiques, crise oblige , note Yves Jaeglé dans le même journal. […] « Le Louvre pouvait financer seul cette opération, décrypte Bruno Saunier, conservateur général du patrimoine à la Direction des musées de France. Mais c’est une forme d’ouverture vers le public qui s’approprie ainsi un chef-d’œuvre. La restauration fascine. On apprend à regarder l’œuvre autrement. » Les donateurs seront invités à une visite privée, à partir de 200 €, mais les sommes inférieures sont acceptées. Donner le pouvoir au peuple ? , s’interroge Le Parisien. Certains experts expriment quelques réserves : « Aucun problème si ce type d’opération reste épisodique, mais il ne faudrait pas que les appels aux dons privés s’institutionnalisent, au risque de voir les musées ne proposer des œuvres à acheter ou à restaurer que selon les goûts du grand public prêt à mettre la main à la poche », selon Frédéric Gimello-Mesplomb, professeur de sociologie de la culture à l’université d’Avignon.”

La vaste campagne médiatique du Louvre appelant aux dons pour rénover la Victoire de Samothrace a en tout cas reçu un soutien aussi inattendu qu’original, comme l’a rapporté Le Monde : « Nous sommes prêts à entretenir la statue, à condition qu’ils nous la rendent ! » C’est ce qu’a déclaré le ministre adjoint grec des affaires étrangères, Kyriakos Gerontopoulos. Le ministre, originaire de la région d’Evros, où se trouve l’île de Samothrace, a déclaré à la radio privée Skaï que « Samothrace est une île magnifique, c’est là que la Victoire a été trouvée, là que le site archéologique et son musée se trouvent. Nous, habitants de l’Evros, sommes donc les mieux placés pour promouvoir le chef-d’œuvre ». Le ministre a précisé qu’il s’exprimait à titre personnel et pas au nom du gouvernement.” On s’en doutait un peu…

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