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Le mot a été lâché

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Alors, ça a donné quoi, ces Assises du cinéma, que je vous annonçais la semaine dernière ? Clarisse Fabre y était, pour Le Monde

“On sent qu’il s’impatiente, Vincent Maraval , témoigne-t-elle. Ou qu’il ne sait pas très bien ce qu’il fait là, sur cette scène du Théâtre éphémère de la Comédie-Française, à Paris. Assis, de surcroit, dans le décor du Malade imaginaire, mis en scène par Claude Stratz ! Message subliminal : le cinéma français ne va pas si mal… Serait-ce une provocation ? Les Assises de la diversité du cinéma ne lui disent rien qui vaille. Elles ont été « organisées à la hâte » par le Centre national du cinéma et de l’image animée, mercredi 23 janvier, pestera-t-il quelques minutes plus tard, en ouvrant le débat de la première table ronde. C’est en effet à cause du distributeur de Wild Bunch – ou grâce à lui –, que tous les pontes du cinéma français sont réunis. Sa tribune, parue dans Le Monde du 29 décembre 2012, dénonçant les cachets exorbitants des comédiens et réalisateurs stars, n’en finissait pas de faire couler de l’encre. C’était Panique au village du cinéma français ! Il fallait calmer le jeu, en convoquant fissa une réunion de famille qui ne vire pas à Festen, le film de Thomas Vinterberg. Sur l’écran géant défilent les dernières statistiques sur les films d’initiative française : les pourcentages des cachets des comédiens principaux dans le budget sont plutôt stables depuis 2003. Et le devis moyen des films a même diminué… Vincent Maraval soupire : « Pourquoi vous ne comparez pas le budget d’un film français avec celui d’un film espagnol, italien ou allemand ? Pourquoi on ne met pas en parallèle leur rentabilité ? », interroge le garçon turbulent de 44 ans. « On est dans un système qui protège, et c’est tant mieux (…) Je ne retire aucun mot de ma tribune. Je regrette juste le titre : “Les acteurs français sont trop payés ». J’espère que les acteurs français seront même mieux payés, mais en fonction des recettes du film. Car on se paie trop en amont. » Pendant quatre heures, les experts se sont succédé au chevet du prince. Mais non, décidément, ils ne voyaient pas de quel mal il était atteint. Peut-être la maladie d’amour, comme dans Peau d’âne ? Les cachets faramineux ? « Quand un acteur a un vrai désir de faire le film, on trouve toujours une solution », a assuré Elisabeth Tanner, agent chez Artmedia. Les télévisions qui financent les films et exigent des têtes d’affiche ? « Il n’y a pas que les télés qui demandent un casting, mais toute la chaîne du cinéma », a rectifié Nathalie Toulza-Madar, directrice générale de TF1 Films Production… Tout de même, Denis Freyd, producteur des frères Dardenne, a rappelé que le problème n’est pas nouveau. Dès 2007-2008, le Club des treize, dont il faisait partie, avec la réalisatrice Pascale Ferran, avait lancé des pistes pour redonner du souffle aux « films du milieu » - coincés entre les premiers films et les grosses productions. « On a obtenu des décrets sur l’écriture et la production. Mais rien sur la distribution et l’exploitation, faute de consensus », a-t-il souligné… On pourrait limiter les cachets, moyennant un intéressement sur les bénéfices, mais encore faut-il assainir la remontée des recettes…

En conclusion, Aurélie Filippetti est venue rassurer le « village ». Les gens du cinéma sont des grands, et la ministre de la culture et de la communication compte sur leur capacité à « l’autorégulation ». Ensuite, un « groupe de suivi » va travailler, entre autres, sur « la rentabilité des films », a-t-elle confirmé, s’empressant d’ajouter que, « bien sûr, il ne s’agit pas d’aider les films en fonction de leurs résultats ». Mais le mot a été lâché , constate en conclusion Clarisse Fabre dans Le Monde . Et l’on imagine le tollé si l’annonce avait été faite il y a un an, par un ministre de Nicolas Sarkozy…”

Pas sûr non plus que ces Assises aient répondu aux attentes de ce « collectif des producteurs indépendants » qui ont publié une tribune aussi virulente qu’inquiète, toujours dans Le Monde , titrée « La production indépendante française est à bout de souffle » . Ils y dénoncent un “cinéma français […] administré par un concile de manageurs qui méprisent tout ce qui est complexe. Jamais il n’a disposé d’autant d’argent (1,13 milliard en 2011 contre 360 millions en 1994), jamais il n’a produit autant de films (207 en 2011 contre 89 en 1994) et la fréquentation bat des records. Pourtant , considèrent-ils, jamais sa production n’aura paru aussi formatée et obnubilée par le marché. Avec une grande brutalité, ses exégètes écartent au nom du divertissement généralisé et d’une certaine vision de la rentabilité économique tous ceux dont l’entreprise est motivée par le risque artistique. Nous en sommes revenus à une situation pré-Nouvelle Vague, le cinéma de papa a repris le pouvoir. Vincent Maraval, joyeux défroqué, a commis, dans sa tribune, une transgression majeure : il a mis les idéologues du marché devant la réalité des faits. Oui, ceux-ci étouffent la création. Oui, nombre de films produits déshonorent le cinéma et sont des échecs industriels et, de ce fait, un scandale politique. On serait bien en peine de citer des cinéastes français influençant leurs pairs à l’étranger. Et si les cinéastes du monde entier nous envient, et que certains d’entre eux nous honorent même de leur présence, ce n’est pas parce que règne ici une émulation artistique intense, mais parce qu’en France il y a de l’argent pour faire du cinéma. Spectateurs de cinéma, de télévision, internautes, contribuables, tout le monde participe au financement du cinéma français. Nous avons le devoir de nous interroger sur ce qui se produit au nom de l’exception culturelle. La tentation du déni qui a animé nombre d’intervenants depuis quelques semaines vise à protéger les rentes que le système de financement français du cinéma, prétendument « vertueux », accorde surtout à ceux-là. La grande angoisse du clergé du cinéma, du haut et du « milieu » comme ils se qualifient eux-mêmes, est que l’on vienne déranger l’ordre établi. […] Le cinéma émergent, ignoré par le débat que monopolisent certains prélats, est sous-financé et sous-diffusé : désertion des financements privés, obligations d’investissement des chaînes détournées de leur esprit, part des aides publiques dans les financements divisés par deux depuis dix ans, marginalisation de l’exposition en salles, extension d’une convention collective inapplicable. Tout converge dans le sens d’une paupérisation encore plus grande du pan le plus libre de notre cinéma.” Et les signataires de conclure, après avoir énoncé quelques mesures de “redistribution” propres à réduire cette “paupérisation” : “M. Maraval, encore un effort !”

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