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Le mur de Berlin tire le rideau (par Christophe Payet)

4 min

Mercredi dernier, aux aurores, le mur de Berlin est tombé. Six pans du Mur en tous cas. « Six pans ont été enlevés dans l’une des rares zones où subsistent encore des parties de l’ancienne frontière entre les deux Allemagne », explique le site internet de France 24.

Et à cette occasion 250 policiers ont été déployés. 250 policiers non pas pour protéger le mur comme par le passé, mais pour protéger sa destruction.

Car c'est le « dernier grand vestige » qui est percé, indique Le Parisien. 1,3 km de mur, entièrement peint par 118 artistes du monde entier.

Cette partie du mur est baptisée « East Side Gallery ». Celle que les guides touristiques présentent comme « l'une des plus grandes galeries d'art en plein air », nous dit Isabelle Spicer, correspondante du Journal des Arts à Berlin.

C’est ici que l’on peut notamment admirer le « Baiser fraternel ». Vous savez, cette fresque qui représente les dirigeants soviétique Brejnev et est-allemand Honecker s’embrassant goulûment. Plus qu’un symbole. La trace de l’histoire préservée dans ce morceau de béton. L'euphorie et l'espoir des Berlinois après la chute du mur.

Et le démantèlement programmé d’une partie de cette œuvre géante suscite donc forcément une opposition.

Plusieurs manifestations ont eu lieu.

Le 3 mars notamment, 6 000 manifestants ont protesté pour la sauvegarde du mur.

En février, un soutien de marque s’était joint à eux. Un célèbre garde-côte directement arrivé de Malibu. C’est l’acteur et chanteur David Hasselhoff avait pris part à l'une de ces manifestations. Le site internet de France 24 raconte comment il y avait même repris sa chanson "Looking for Freedom", déjà interprétée en 1989... au moment de la chute du Mur.

Un jeu du chat et de la souris s’est mis en place. Le 1er mars une première percée a été réalisée. Puis les manifestants l’ont temporairement rebouchée.

Une pétition demandant le maintien du Mur a recueilli 60 000 signatures. Le collectif d'artistes « East Side Gallery » a même porté plainte contre X... Résultats : les travaux ont été suspendus jusqu'au 18 mars, et un forum urbain a été organisé.

Mais c’était peine perdu. L’échéance n’a été que repoussée. En aujourd’hui rien n’empêche le travail des bulldozers.

Mais qu’à donc la mairie de Berlin contre ce morceau d’histoire ?

« L'East Side Gallery, explique Isabelle Spicer dans le Journal des Arts, attire plusieurs centaines de milliers de touristes par an ». Elle est « classée monument historique depuis 1991. Elle a été rénovée en 2009 par la municipalité de Berlin à hauteur de 2,2 millions d'euros ».

Mais les promoteurs immobiliers auront été plus forts que l’amour de l’art et de l’histoire…

Le passage ouvert dans le mur va permettre l’accès à un futur immeuble de luxe. 63 mètres de haut. Et 36 appartements conçus par le promoteur Living House sur les berges de la Spree.

Les berges du fleuve font l’objet d’un immense projet immobilier intitulé MediaSpree. Il prendra la place de l’ancien « no man’s land », l’ancien « couloir de la mort ».

Pour les artistes, tout Berlin est victime de la spéculation. En 2006 déjà, une partie du mur longue de 40 mètres avait été déplacée pour la construction d'un complexe de spectacle.

Et de nombreux quartiers de la capitale se transforment en vastes projets immobiliers. Des squats d’artistes ferment sous l’effet de la gentrification.

« C'est une barbarie pour Berlin, et c'est une barbarie pour l'art », s'est insurgé dans le journal Die Welt, Michael Braun ancien sénateur pour la Justice du Land de Berlin.

Car détruire le mur, ce n'est pas seulement détruire un patrimoine. C'est aussi s'attaquer « à l'œuvre d'artistes s'étant battus pour la liberté », précise Isabelle Spicer.

Le Journal des Arts, souligne le « comble de l'ironie », puisque « les artistes qui s'étaient battus contre le Mur de Berlin dans les années 80 doivent maintenant lutter pour sa préservation.

Ainsi l'artiste français Thierry Noir y a peint une fresque au milieu des années 80. Bien sûr à l'époque son geste était complètement interdit. Le mur n’était pas une galerie, mais une frontière. Il prend des « risques considérables », raconte Isabelle Spicer. Les gardes-frontières est-allemands étaient armés de Kalachnikovs. Mais ses bonhommes colorés peints sont une manière de résister.

Aujourd'hui engagé pour préserver ce pan de l'histoire, il reconnaît bien volontiers que c'est « le paradoxe du mur ».

Et la brouille historico-artistique s’est transformée en querelle politique. L’ancien sénateur pour la Justice, Michael Braun a critiqué les méthodes du maire d’arrondissement écologiste. Selon lui il aurait obtenu l’accord de démantèlement grâce à des méthodes, « Nuit et brouillard ». Petite référence au nazisme au passage. Ce qui en Allemagne n’est jamais anodin.

La mairie et le promoteur se défendent en assurant que tout sera reconstitué. Mais cela ne satisfait pas les opposants. C’est ici que des gens sont morts pour passer de l’autre côté. C’est ici qu’un mur s’est transformé en œuvre d’art.

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