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Le Paris-Villette n'est pas (encore) mort !

9 min

Mea culpa. J’avais prématurément annoncé, il y a trois semaines, la fin du feuilleton Paris-Villette, du nom de ce théâtre menacé de liquidation judiciaire après la décision de la Ville de Paris de cesser de le subventionner. Et voilà que mardi dernier, Joël Pommerat, un des talents de la scène française qui y a fait ses premiers pas, publiait dans les pages « Rebonds » de Libération un extrait de la lettre qu’il allait lire le jour même devant l’Hôtel de Ville à Paris lors d’un rassemblement de soutien au théâtre condamné. “Au départ, j’avais des réticences à m’engager en première ligne dans cette crise que connaît le Théâtre Paris-Villette , écrit-il. J’avais peur que ma voix ne soit pas très crédible. Etant donné mon vécu, mon histoire dans ce théâtre. Je pensais qu’il fallait que des personnalités extérieures s’impliquent. Elles seraient mieux entendues. Et puis j’ai été choqué par ce qui s’est passé. Et j’ai décidé que, crédible ou pas, j’allais m’exprimer. Ce qui m’a choqué , précise Joël Pommerat, c’est le comportement, le cynisme et les mensonges des responsables de la mairie de Paris, développés à travers différents communiqués. Avec un argumentaire très bien étudié. Cette opération de communication m’a fait penser au dicton « Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ». Dans le genre, c’est du grand art. Le plus grave, c’est que ce dénigrement a marché : une grande partie de la presse s’en est fait l’écho (et je m’en étais fait l’écho au carré). Ce qui me désole aujourd’hui, poursuit le metteur en scène, c’est que dans l’opinion le mal est fait. Une certaine histoire a été écrite dans laquelle la Ville se donne le beau rôle. Et le directeur de ce théâtre, Patrick Gufflet, passe pour un gentil irresponsable (sur le plan financier). Il n’aurait aucune « motivation » pour faire venir du public dans son théâtre malgré les immenses moyens dont il dispose, malgré la générosité patiente et débonnaire de la ville. Cela donne : « Pourtant la ville l’a soutenu et a essayé de le remettre dans la bonne voie. Mais il n’écoute pas » ; « le nombre des spectateurs a chuté de 50% en cinq ans » : « et vous savez quoi ? Un spectateur du Paris-Villette coûte aux contribuables 250 euros ». Horreur ! Qui en cette période de crise n’éprouverait pas un malaise face à une pareille situation ? Et, à l’écoute de cette version des faits, il n’y a pas grand monde pour s’émouvoir de la fermeture de ce théâtre. Le premier problème dans tout ça, c’est que cette histoire, j’allais dire ce film de propagande, considère Joël Pommerat, a donc très bien marché dans l’opinion. Le deuxième problème, c’est que tous les arguments développés sont archifaux ou fallacieux. Donc malhonnêtes intellectuellement et moralement. Je vais même dire que je trouve les moyens employés ici dégueulasses , s’emporte-t-il. Car cela a des répercussions énormes. Un théâtre de création est en train de fermer ! Car je ne crois pas que ce soit la peau du directeur actuel qui est recherchée. Mais, à travers la mise en cause de son directeur, c’est en réalité le « lieu » Paris-Villette et son projet d’un certain théâtre qui paraît être visé. La ville semble vouloir liquider ce théâtre et son projet artistique particulier. Elle-même dit qu’elle veut y faire autre chose, mais ne dit pas quoi. Et là je dis (c’est toujours Joël Pommerat qui parle) : « Mesdames, Messieurs qui êtes aux commandes de cette opération, c’est vous qui êtes irresponsables. C’est vous qui êtes légers ! » Une programmation est annulée. Des artistes sont mis sur le carreau. Le personnel voit son avenir mis en péril. Un projet de théâtre ambitieux est démonté, une certaine ambition culturelle reconnue par tous est sacrifiée. Pourquoi ? Je n’ai pas la réponse. Je ne peux pas me faire à l’idée que ce soit la gauche qui ferme des théâtres et casse des projets culturels ambitieux. J’appelle tous les artistes ainsi que tous les citoyens en général qui pensent qu’on ne doit pas abandonner maintenant l’art et la culture de création… à se mobiliser” , conclut Pommerat.

Le matin de la publication de cette chronique, la mobilisation rassemble 200 artistes et spectateurs sur le parvis de l’Hôtel de Ville parisien, raconte Le Parisien . “La veille, Ian Brossat, le président du groupe communiste et élus du Parti de gauche, a demandé à la Ville de renouveler son aide. Un vœu relayé par l’UMP. Bruno Julliard, adjoint chargé de la culture, a refusé de reculer. Il a épinglé le déficit du théâtre (250 000 €), la fréquentation en forte baisse (4 000 spectateurs payants par an) et la mauvaise gestion. L’adjoint au maire s’est néanmoins engagé à offrir d’autres scènes aux compagnies qui sont programmées cette saison. Et à installer un nouveau théâtre à la Villette.” L’article du Parisien se terminait par l’annonce que jeudi dernier “le tribunal de commerce [devait sceller] le sort de la SARL Paris-Villette, aujourd’hui en cessation de paiement.”

Et là, coup de théâtre (ce qui est bien normal dans cette histoire) : Armelle Héliot raconte dans Le Figaro comment “le juge du tribunal de commerce qui recevait [jeudi] matin Patrick Gufflet, premier gérant de la SARL du Théâtre Paris-Villette, et Laurent Ribault, son administrateur, n’a pas procédé à la liquidation alors que la société est en cessation de paiement. Il a donné trois semaines au directeur pour présenter un plan de redressement. Une bonne nouvelle pour ce théâtre très important du paysage parisien et français , estime notre collègue. Le Paris-Villette appartient au réseau divers, fertile, des salles de proximité que toutes les générations fréquentent. Des difficultés ont conduit les tutelles à des décisions incompréhensibles. […] La Ville de Paris doit-elle traiter ainsi un lieu qui a sa personnalité et permet à de jeunes compagnies innovantes de présenter leur travail dans de bonnes conditions ? […] On peut espérer que la mobilisation très forte qui s’est mise en place et qui réunit le public, les artistes, le personnel (sept permanents à Paris-Villette), les syndicats (dont le Syndeac), les autres établissements à travers la France engagera la Ville de Paris à revoir sa position très rigoureuse. Une délégation avait été reçue [mercredi] par Bruno Julliard, sans résultat. Avec la décision du tribunal de commerce, l’espoir revient, éclairé par la lettre ouverte, puissante et lucide de Joël Pommerat publiée il y a quelques jours” , conclut Armelle Héliot dans Le Figaro .

Dont acte : le feuilleton n’est pas clos, et selon la formule consacrée, à suivre…

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