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Le philosophe, le Christ et le cochon

4 min

“A Saint-Paul de Vence, l’exposition de Bernard-Henri Lévy, Les Aventures de la vérité, à la Fondation Maeght, a accueilli 70 000 visiteurs depuis son inauguration, le 29 juin , nous apprend Le Figaro . C’est le plus grand succès avec les expositions Braque en 1994 et Giacometti en 2010. L’exposition de BHL, ouverte jusqu’au 11 novembre, réunit 160 œuvres. Parmi ses visiteurs, figurent Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, les chanteurs Elton John, Bono et Nick Cave et le cinéaste Woody Allen” , peut-on encore lire dans le carnet mondain… pardon, les pages culture du quotidien.

On ne sait si ce beau monde a également contribué à un autre grand succès d’exposition. “La chevelure hérissée, les yeux cerclés de noir et la bouche aux contours flous de son Ecce Homo avaient d’abord provoqué la stupeur des habitants de Borja, dans le nord-est de l’Espagne, avant de devenir un objet de curiosité internationale [et de provoquer un incontrôlable fou rire chez Corinne Rondeau, si je me souviens bien]. En un an, lit-on dans Libération, 57 000 visiteurs ont défilé devant la peinture, payant un euro chacun pour pouvoir la contempler, selon la fondation municipale responsable de l’église. Celle-ci et Cecilia Gimenez, l’auteure de la « restauration », ont signé [le 21 août] un accord attribuant à la seconde 49% des droits à l’image tirés de l’utilisation de son Christ. Plus encore que les visites, de juteux revenus pourraient être tirés de l’utilisation de l’image sur des bouteilles de vin, tasses, tee-shirts… Mais « la Fondation et Cecilia destineront tous les revenus à des œuvres caritatives », a précisé à l’AFP l’avocat de l’octogénaire. Seul hic, les descendants d’Elias Garcia Martinez, auteur de l’œuvre originale, refusent de participer à l’accort conclu.”

Ce succès en fait-il de l’art ? Il faudrait demander son avis à Olivier Postel-Vinay, le directeur de la rédaction du mensuel Books , qui consacre dans son numéro de septembre un long dossier, dix-huit pages, au « grand bluff de l’art contemporain » , sous une couverture ornée d’un des porcs tatoués par Wim Delvoye, en l’occurrence aux armes de Louis Vuitton, manière subtile, on imagine, de se demander si la production contemporaine, c’est de l’art ou du cochon. Dans son éditorial, après Luc Ferry il y a trois mois dans Le Figaro , Olivier Postel-Vinay écrit : “Les sentiments de rejet auxquels s’expose l’art contemporain vont bien au-delà de ceux suscités par les premiers impressionnistes, par exemple, lors du fameux « salon des refusés » ouvert sur ordre de Napoléon III. Le point commun, c’est que les canons de la beauté paraissent bafoués, que l’on perçoit une dégénérescence. Comme ces canons se réfèrent forcément à ce qui existait avant, les critiques sont étiquetés réactionnaires.

Mais la réaction contre l’art contemporain désigne aussi autre chose , estime l’éditorialiste de Books . D’abord ce « contemporain » remonte aux années 1960, ce qui fait tout de même un demi-siècle. Le rejet demeure, alors que l’art impressionniste, lui, a été finalement assez vite reconnu. Ensuite, en dépit de sa diversité, ce dernier restait profondément attaché aux ambitions fondamentales de toujours : créer du sens et du beau par la représentation. L’art contemporain, lui, se targue de faire voler en éclats toutes les aspirations précédentes. La recherche de la beauté et la représentation du réel ne sont plus que des options parmi d’autres. Seule la volonté de faire sens reste présente mais, et c’est la troisième différence, ledit sens peut être pauvre, et même ne tenir qu’à un fil. Bien des œuvres exposées aujourd’hui dans les enceintes les plus prestigieuses se voient et se comprennent en un instant le visiteur tourne autour, en quête d’une complexité absente.

La violence du rejet tient au sentiment qu’il y a tromperie sur la marchandise , insiste encore Olivier Postel-Vinay. Elle s’associe à de l’amertume, si l’on estime en outre que cette tromperie est le fait d’une illusion collective entretenue par les institutions et le marché. Une illusion signant une spectaculaire vulgarité culturelle, expression d’une époque, la nôtre.

L’un des traits les plus intrigants de la situation actuelle tient au fait que, face à la vieille question « Qu’est-ce que l’art ? », les philosophes ont baissé les bras. De leur propre aveu, la seule définition qui résiste au temps est : « L’art est ce qui est présenté comme tel par une institution (un musée, une galerie, une collectivité publique). » Aboli bibelot d’inanité sonore ? Et pourtant non, bien sûr. Alors quoi ?” , interroge pour conclure l’éditorial de Books .

En effet : alors, quoi ?

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