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Le pire du sexe

5 min

“Une organisation américaine (Vida – Women in Literary Arts) a épluché les principales revues et suppléments littéraires américains et britanniques , rapporte Edouard Launet dans une brève de Libération. Résultat : l’an dernier, dans la London Review of Books, seuls 24% des critiques ont été signées par des femmes (66 sur 276), et seuls 27% des livres recensés étaient dus à des femmes. Pire encore dans la New York Review of Books, avec des proportions respectivement de 16% et 22%. Le Times Literary Suplement a fait à peine mieux : 30% et 25%. Même déséquilibre au magazine Harper, à la Paris Review ou encore à la New Republic. Revues presque paritaires, la Boston Review a évoqué 15 auteurs femmes pour 15 auteurs hommes, tandis que la Poetry a publié 45% de femmes poètes en 2012. « Les éditeurs vous diront bien sûr qu’ils aimeraient publier plus de femmes, mais qu’ils n’en trouvent pas, rapporte la critique Jenny Turner. Le sexisme est si souterrain que les éditeurs ne se rendent même pas compte à quel point ils sont décourageants. »

Peut-être inspiré par la recension de cette étude, l’auteur, masculin précisons-le, de cette brève est passé du sexisme au sexe tout court pour sa chronique hebdomadaire dans le cahier Livres de Libération , « On achève bien d’imprimer » . “Certains avaient pris ce concours pour une aimable excentricité anglaise, ils s’aperçoivent aujourd’hui que l’enjeu était rien moins que l’avenir de l’édition mondiale , écrit ainsi Edouard Launet. Mais de quoi parle-t-il donc ? Chaque année depuis 1993, la revue britannique Literary Review remet un Bad Sex in Fiction Award au romancier coupable de la pire scène de sexe. En décembre, beaucoup avaient espéré que J.K. Rowling – descendue de son balai pour immédiatement grimper aux rideaux – l’emporterait grâce à son splendide : « Il se souvenait de sa vulve rose, c’était comme si le père Noël venait d’apparaître au milieu de la pièce » (dans Une place à prendre). L’inflexible jury en a pourtant décidé autrement, préférant distinguer la Franco-Canadienne Nancy Huston et les images colorées qu’elle agite dans son dernier roman, Infrarouge. Extrait : « Je ne me fatiguerai jamais de cette fluidité argentée, mon sexe baignant dans la joie comme un poisson dans l’eau. » Mais peu importe le lauréat : l’objectif du prix est d’abord d’ « attirer l’attention sur l’usage grossier, insipide et souvent routinier de passages redondants de description sexuelle dans le roman moderne, et de le décourager ». Or cette mission tend à devenir essentielle , estime le chroniqueur littéraire.

Vingt ans après la création du Bad Sex Award, la moitié des librairies françaises seraient fermées si elles n’avaient en rayon les dizaines de nuances sadomaso d’E.L. James, et autres cochonneries généreusement tartinées sur le dos de l’actualité sexo-juridico-politique. La charcuterie est l’avenir de la librairie, la survie de l’édition passe par la littérature érotique pour ménagères, la postérité de Gutenberg tient à un poil de cul : on comprend dès lors pourquoi les lits sont scrutés avec tant d’attention et d’exigence par la critique littéraire.

Même l’ancien ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire a promis (le mois dernier, sur un plateau de télévision) qu’il y aurait une scène de sexe dans son prochain bouquin, et si possible une bonne. Depuis 2004, se lamente Edouard Launet, nous attendons, haletants, qu’il donne enfin une suite, sinon une chute, à la phrase magnifique qu’il avait érigée dans son premier livre ( Le Ministre), évoquant un séjour à Venise lors duquel le narrateur se laissait « envahir par la chaleur du bain, la lumière de la lagune qui venait flotter sur les glaces de la porte, le savon de thé vert, et la main de Pauline qui me caressait doucement le sexe ».

L’an dernier, Le Canard enchaîné rapportait que, lors de son pot de départ du ministère, Le Maire avait déclaré : « On ne comprend pas les hommes politiques si on ne connaît pas leur sexualité. Villepin, s’il se trouve avec une pute dans sa chambre d’hôtel, il ne la baise pas. Fillon, lui, c’est différent : non seulement il ne la baise pas, mais il ne bande pas. » Le ministre s’était arrêté juste avant d’évoquer DSK. Mais le prochain coup, c’est sûr, il va nous parler de sa pomme et de l’influence de l’odeur du thé vert sur la jouissance masculine.

La semaine prochaine [cette chronique date du 14 mars], nul ne devra s’étonner de croiser au Salon du livre des hôtesses très court vêtues, des éditeurs en rut et des lecteurs turgescents. La préfecture de police a déjà exprimé sa « vive inquiétude ».

La Dispute n’étant pas de Salon du Livre cette année, nous n’avons pu encore vérifier par nous-mêmes… Mais nous n'y manquerons pas !

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