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Le pouvoir au cinéma

5 min

Après la réécriture de la vie de Tchaïkovski, dont un futur biopic fera du compositeur « quelqu’un qui ne s’est jamais marié, mais a beaucoup souffert des “rumeurs” qui le disaient homosexuel » (j’en avais parlé ici), l’homophobie d’Etat s’illustre à nouveau en Russie. “Le film Les Chansons d’amour, de Christophe Honoré, véhicule une « propagande en faveur de pratiques sexuelles non traditionnelles », selon Roskomnadzor, l’autorité fédérale russe chargée de la régulation des médias et de l’Internet , nous apprend une brève du Monde . Le long-métrage français, présenté en 2007 au Festival de Cannes et sorti dans les salles russes dans les mois qui ont suivi, a été récemment diffusé par la chaîne payante EvroKino. Celle-ci a ensuite fait l’objet d’un avertissement, publié le 12 septembre, de Roskomnadzor. Avant même la promulgation de la loi sur la « propagande homosexuelle », la censure russe s’est durcie. C’est ainsi que le film serbe Clip (qui dépeint surtout des relations hétérosexuelles) s’est vu refuser son visa de sortie. On attend de savoir quel sera le sort de la Palme d’or du dernier Festival de Cannes. La sortie russe de La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche – une histoire d’amour entre deux jeunes femmes –, est prévue pour le 7 novembre, mais le film n’a toujours pas reçu son visa.”

Et pendant ce temps, lit-on dans Libération , “l’Arabie Saoudite, où les cinémas sont bannis comme contraire au Coran, envisage de se commettre aux oscars américains du film étranger, en mars prochain, avec Wadjda, de la cinéaste Haifaa al-Mansour. « Wadjda va représenter l’Arabie Saoudite pour l’oscar du meilleur film étranger, ce qui constitue une première pour le royaume », a déclaré à l’AFP Sultan al-Bazie, directeur du comité officiel de sélection et de l’Association saoudienne pour les arts et la culture, soulignant que cette décision pragmatique avait été prise en raison « des succès remportés par ce film et sa réalisatrice dans plusieurs festivals internationaux ».”

En France aussi, encore plus qu’ailleurs, les plus hautes autorités de l’Etat se préoccupent de cinéma. C’est ainsi, nous informe Le Nouvel Observateur , que “l’instauration d’une convention collective applicable à la grande majorité des films à partir du 1er octobre (même suspendue partiellement par le Conseil d’Etat le 6 septembre) divise tellement les professionnels du cinéma qui, traditionnellement, avancent groupés, que François Hollande s’en émeut. « La situation est bloquée, plus personne ne se parle, nos détracteurs s’éclatent, dit un professionnel. L’esprit collectif a disparu ». Recevant, le 10 septembre, quelques réalisateurs-producteurs de l’ARP parmi lesquels Costa-Gavras ou Cédric Klapisch, François Hollande, réfléchissant tout haut, s’est interrogé sur la nécessité d’entrer personnellement dans le match et de réunir lui-même les partenaires.” Le petit monde du cinéma aura eu au moins satisfaction sur un point, comme l’écrit La Croix : “A partir du 1er janvier, la TVA sur les billets de cinéma passera de 7% à 5%. Les professionnels craignaient au contraire un rehaussement du taux à 10% en 2014, comme cela est prévu pour d’autres secteurs. Il s’agit d’un revirement pour le gouvernement qui avait augmenté la TVA sur les billets en 2012 (de 5,5% à 7%). Le livre et le spectacle vivant bénéficient déjà d’un taux réduit au nom de l’exception culturelle.” Pour autant, précise l’hebdomadaire professionnel Ecran Total , si la Fédération nationale des cinémas français salue cette décision « qui réaffirme la place pleine et entière du cinéma au sein du champ culturel comme la pratique culturelle des Français la plus accessible et la plus populaire » , “pour ce qui est de la baisse du prix du billet, il ne semble pas être à l’ordre du jour, les exploitants n’ayant pas répercuté la hausse de TVA de 2011.”

Un qui ne décolère pas, c’est François Dupeyron. Il “a une curieuse manière de faire sa promotion , constate Mathilde Cesbron dans Le Figaro . Plutôt que de vanter son nouveau film, Mon âme par toi guérie, en salle [demain], il a préféré lancer un anathème, un de plus après ceux de Vincent Maraval et Michel Hazanavicius, sur le système de financement du cinéma français. […] Il tire à boulets rouges sur les producteurs. Et sur la télévision, qu’il accuse d’être « la seule et unique source de financement » des films. Après le succès de La Chambre des officiers en 2001 (récompensé par deux césars), François Dupeyron a connu une longue traversée du désert. « La dernière fois qu’une chaîne publique a mis de l’argent dans un de mes films, c’était en 2003. Cela va faire dix ans qu’on me refuse tout ! », confie-t-il. Financer Mon âme par toi guérie a été un calvaire. « J’ai présenté mon scénario deux fois aux chaînes publiques et à Arte. Je l’ai réécrit. Elles ont toutes refusé. Mon film n’a pas été financé. Un producteur (Paolo Branco) a accepté de mettre un peu d’argent, et nous avons tous été sous-payés », explique-t-il. Le réalisateur de Drôle d’endroit pour une rencontre a pris conscience, en décembre dernier, qu’il était « face à un mur » depuis des années. « Je regardais le bonus d’Au feu les pompiers . Le réalisateur, Milos Forman, décrivait le cinéma soviétique. Il évoquait exactement ce que j’étais en train de vivre. Tout le pouvoir de financement des films est concentré dans une seule main, celle de la télévision. C’est un vrai mal, analogue au totalitarisme. C’est un système qui rend les gens imbéciles, qui nous casse. » […] Le cinéaste a essayé de s’adapter, de changer ses scénarios. « Je me demandais tout le temps ce que j’avais fait de mal, si c’était ma gueule qui ne leur revenait pas. J’étais parano, se souvient-il. Et puis, j’ai compris que ce n’était pas la question, que je n’étais pas tout seul. On est tous sur un sale chemin. »

Vivement que l’autre François reprenne les choses en main !

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