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Le pouvoir et la responsabilité

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“Le nom du successeur de Muriel Mayette-Holtz, administrateur général de la Comédie-Française devrait être connu dès le mois de juin , croit savoir Le Figaro . Cinq candidats (dont un inattendu, on y viendra) se disputent à l’avant-scène.” “La première institution théâtrale de la nation a de tout temps excité les appétits de pouvoir et de reconnaissance , rappelle Armelle Héliot, et, à chaque fin de mandat de l’administrateur général, les ambitions se réveillent. En août, Muriel Mayette-Holtz arrivera au bout de son actuel mandat. Elle sera demeurée huit ans à la tête de l’institution dans laquelle elle était entrée comme pensionnaire au sortir du Conservatoire, ce qui est un record par rapport à ses prédécesseurs. Son bilan est plus que bon , juge la critique du Figaro , si on considère la vitalité et le renouvellement de la troupe, les résultats de fréquentation et les innovations, audiovisuelles notamment. En revanche, son bilan artistique est, cette saison, plus mitigé. Elle a confié nombre de mises en scène à des pensionnaires et sociétaires, et pas mal de spectacles sont de qualité discutable. Cette politique, dictée par des nécessités budgétaires et par le souci de la paix intérieure, n’a pas empêché l’ensemble des sociétaires d’envoyer une lettre dès novembre 2013 à la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, pour lui demander de ne pas prolonger le mandat de leur camarade et patronne. Ambiance éprouvante pour une femme de pouvoir qui a succédé sans états d’âme à un Marcel Bozonnet qui avait eu deux jours pour faire ses bagages en août 2006. Que deviendra Muriel Mayette-Holtz ? Que va-t-on lui proposer ? Aurélie Filippetti tient à la traiter avec loyauté, nous rassure Armelle Héliot. Ses prédécesseurs, tel Jacques Lassalle, tel Marcel Bozonnet, ont été dotés d’une subvention de compagnie « hors commission », comme le sont les sortants des centres dramatiques. Mais pour Muriel Mayette-Holtz, qui n’a pas souhaité prendre la parole et n’a à la vérité aucune information certaine à communiquer, il semble que les tutelles lui cherchent une ambassade. On admet dans l’entourage de la ministre qu’elle a « une dimension internationale ». […] Rien ne s’oppose au renouvellement du mandat d’une femme qui a beaucoup fait pour le rayonnement de la maison. Mais après la lettre cruelle des sociétaires, on voit mal comment elle pourrait être maintenue. La politique pèse dans la nomination de l’administrateur général. Muriel Mayette-Holtz a conseillé NKM en vain, mais elle a aussi la confiance de Manuel Valls… La décision ne tient pas qu’à la Rue de Valois mais bien plus à l’Elysée. La candidature inattendue de Stéphane Braunschweig, qui reconnaît avoir été approché par les tutelles, change la donne.” Eh oui, c’est lui, le candidat inattendu, Stéphane Braunschweig, le directeur depuis 2010 du Théâtre de la Colline. Ses atouts, pour Le Figaro ? C’est un “intellectuel sensible, artiste original, non marqué politiquement mais avec de très solides appuis à droite, comme à gauche.” Son bémol ? Il “ne connaît ni la maison ni la troupe, qui n’attendaient pas sa candidature. Il ne possède aucun appui fort à l’intérieur de la Comédie-Française. Mais peut-être faut-il laisser libre la Colline…” Et Armelle Héliot de conclure : “Eric Ruf partait largement favori mais l’est-il encore ? Et autre question pas si négligeable : à qui donnera-t-on la Colline ? Réponse en juin.”

En attendant, il en est un, non candidat au poste, qui prend la parole pour dénoncer la « période chaotique » que traverse le théâtre public. Dans une interview à Politis , le metteur en scène Jean-Pierre Vincent proteste contre « le gel de 7% des subventions décidé par le ministère de la Culture, qui fait courir des risques mortels à bien des établissements. Le théâtre public , rappelle-t-il, est devenu une vaste coproduction : personne ne peut plus travailler seul. On nous a proposé des diminutions de 1,5 % tous les ans, ce qui a entraîné une véritable érosion. Pour le seul cas de ma compagnie, Studio libre, entre 2002 et 2013, nous avons perdu 42 % de pouvoir d’achat. Christophe Rauck vient de quitter le théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis parce qu’on diminuait ses moyens. Il est nommé au Théâtre du Nord, à Lille : on lui retire aussitôt 200 000 euros ! On constate un manque de cohérence, de sérieux et d’anticipation. » Quant aux nominations, Jean-Pierre Vincent juge qu’elle sont « pseudo-démocratiques. Et on en est toujours à attendre le nom des directeurs à la Comédie-Française et au Théâtre national de Strasbourg. Pour décider, il faut avoir des désirs et des idées. On a l’impression qu’il n’y en a pas. Malraux et Lang, c’est un héritage pénible pour les classes politiques. Aujourd’hui, la seule chose qui donne de l’aura à l’art et au théâtre, ce sont les retombées commerciales dans les villes. Le secteur du spectacle vivant représente 3 % du PIB, mais ce n’est pas la seule raison de soutenir l’art et la culture ! Il devrait exister un chantier de pensée, d’utopie et de prévoyance » , souhaite en conclusion le metteur en scène. Qui prévient : « Si les élus ne s’y attellent pas, ils poussent le pays dans le fossé. » Pour les y aider, il faudrait peut-être leur envoyer Peter Brook, qui à l’occasion de la parution de son livre, La qualité du pardon. Réflexions sur Shakespeare , qui vient de sortir au Seuil, déclare au Point : « Je conseille au nouveau gouvernement de lire Mesure pour mesure, de Shakespeare, une excellente méditation très actuelle sur le pouvoir et la responsabilité. Dans la pièce, le duc se rend compte qu’il a toujours vu sa cité d’en haut et qu’il n’a jamais connu la vie sordide des rues, des prisons et des bordels. Il décide de s’y immerger pour devenir un meilleur gouvernant. Imaginez François Hollande s’installer quelques mois dans certains passages près de la gare du Nord, au milieu des clochards et des prostituées… » Ou tout simplement, soyons fous, aller au théâtre !…

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