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Le punk en voie de disparition ? (par Christophe Payet)

6 min

« No Future »

Le punk condamnait ainsi la société. Mais aujourd'hui, celle elle qui le condamne.

Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvaise augure, je dois vous annoncer très officiellement, que le punk est une espèce en voie de disparition.

C'est une brève de M, le magazine du Monde, qui nous l'apprend. A Manchester, la police locale a inventé le « crime motivé par la haine » à l'encontre d'un représentant d'une « sous-culture alternative ». Les agents de l'ordre, désormais employée à veiller sur les forces du désordre, ont expliqué vouloir « mieux comprendre les souffrances endurées par les victimes de crimes en raison de leur apparence », comme les punk, les gothiques ou encore les emo.

Il faut sans doute y voir une ruse pour forcer le pas des rebelles dans la voie du politiquement correct.

Mais le fait est que le punk n'a plus la force de crier « not dead ». Et doit compter sur l'Etat répressif pour lui éviter de disparaître.

La police britannique a-t-elle donc raison de s'inquiéter de l'avenir du punk ?

Peut-être qu'aujourd'hui le punk se masque et se grime pour mieux subvertir... L'esprit libertaire n'est peut-être plus l'apanage de la crête.

Le Parisien nous rapporte que le rappeur Booba s'est fait refouler du territoire canadien alors qu'il devait s'y rendre pour le Festival de hip-hop de Montréal. A en croire sa maison de disques, les services d'immigration lui reprocheraient un incident « remontant à 1998 et inscrit à son casier judiciaire ». Ah ! et bien voilà un artiste confronté à la violence d'Etat.

Après tout Booba, essaye peut-être à travers sa prose de réveiller le stupide punk qui est en nous. Lui aussi veut représenter « tous ceux qui utilisent leur cervelle à la détruire ».

Le Parisien nous apprend également dans un autre genre que la nouvelle vidéo du chanteur coréen Psy a été censurée par la télévision publique de son pays. Elle aurait estimé que le clip pourrait « nuire à l'ordre public ». Le chanteur est en effet mis en scène en train de donner des coups e pied dans un plot portant l'inscription « Parking interdit ». Je dis, attention : subversion.

Mais soyons sérieux cinq minutes, quand Psy attire 1,5 milliards de visiteurs sur YouTube, ce ne sont pas des émeutes d'internautes. Mais plutôt un troupeau qui marche au pas.

Alors où sont passés les punks, les vrais ?

La presse a pourtant beaucoup parlé de punk récemment. Depuis des semaines la critique est obsédée par son retour tant attendu. Le prochain album de Daft Punk. Et d'ailleurs, je crois que la Dispute devrait prochainement se joindre au bal...

Mais la presse a aussi dénoncé la mécanique bien huilée et la communication virale du duo electro-disco. Ainsi le site Rue89 s'est par exemple penché sur cette « promo paillette qui énerve ».

Et la promo à paillette, tout le monde s'y met. Même les vrais punk écrivent désormais leur « story telling ». C'est ce que nous raconte un peu Alexandre Hervaud sur Slate.fr.

Le journaliste revient sur le film « A band called Death ». Ce documentaire de Mark Christopher Covino et Jeff Howlett revient sur un groupe de punk des années 70 baptisé Death et originaire de Detroit.

« Refusant de changer de nom contre l'avis des labels potentiels et priés de faire comme tout le monde, à savoir du disco, Death ne fait pas de ravage dans les bacs », écrit Alexandre Hervaud.

C'est bien plus tard la redécouverte d'une démo de 1974 qui va remettre le groupe dans la lumière. Le label Drag City sort une compilation de ces raretés. Et enfin peut-être ces précurseurs du genre vont être appréciés à leur juste valeur.

Pour le journaliste, « A band called Death » est un peu le « Sugar man » du punk. Et il s'inquiète d'ailleurs : « on apprendra peut-être après que des petites libertés avec l'histoire ont été prises pour les besoins émotionnels »...

De petites libertés avec l'histoire.... Le journaliste fait ici référence à un autre article, paru lui dans Le Monde.

Et c'est Aureliano Tonet qui nous casse un peu le mythe de Sugar Man.

Vous savez, Sugar Man, c'est ce documentaire sur Sixto Rodriguez, chanteur oublié des années 70 et qui ne découvre que bien plus tard son succès colossal dans l'Afrique du Sud de l'apartheid.

Et bien d'après le journaliste du Monde, « en bon fabuliste, le cinéaste a finement sélectionné les informations qui servaient son scénario ». Il aurait omis le succès de Rodriguez en Australie et en Nouvelle-Zélande. Omis de préciser que le morceau Silver Words était devenu un tube en Jamaique en 1974. Oublié le sample de Sugar Man en 2001 dans un morceau du rappeur Nas.

Alors, le punk, tout comme la protest song du folk, ont-ils vraiment besoin de tel story telling pour continuer à séduire ?

Pour Auréliano Tonet, « si l'impressionnant succès de son documentaire témoigne d'une chose, c'est bien de notre inaltérable soif de mythologies. En ces temps de crise, artistes, offrez-nous de quoi rêver un peu; à l'heure ou la Toile jette sur le réel des fils toujours plus transparents, saltimbanques, drapez-vous d'un soyeux voile de mystère, de quoi entretenir l'illusion ».

Alors maintenant je m'adresse à vous punks de tous les pays. Il faut entendre les leçons que vous enseignent les hippies à guitare acoustique. Pour survivre, détruire les mythes ne suffira pas. Il faut raconter une histoire.

En leur temps déjà vos ancêtres les Sex Pistols l'avaient compris.

Prenez donc exemple sur nos deux Daft punk à casque, qui comme l'écrit Auréliano Tonet dans le Monde, « affolent gazettes et gazouilleurs en distillant au compte-gouttes nouveaux morceaux et apparitions masquées... »

Sinon ce sera « No Future ».

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