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Le relaxé, l'interdit et le revenant

7 min

Je vous avais relaté son procès dans cette revue de presse. “Orelsan, poursuivi pour « provocation au crime » par le mouvement Ni putes ni soumises pour sa chanson Sale pute, jamais enregistrée sur un album mais audible sur le Web, qui avait défrayé la chronique en 2009, a été relaxé [mardi 12 juin] par le tribunal correctionnel de Paris , apprend-on dans Le Parisien . Ce jugement, dont les motivations n’étaient pas immédiatement disponibles, est conforme à ce qu’avait requis le ministère public à l’audience, le 7 mai. L’association ne fera pas appel. Le rappeur de 29 ans était absent à la lecture du jugement, en raison d’un concert, selon son avocat.“

C’est encore dans Le Parisien qu’on peut lire, sous la plume d’Aude Séres, que “Prince ne fera pas sa révolution à Paris . La Mairie de Paris a en effet indiqué à la productrice française de la superstar américaine qu’il n’était pas le bienvenu pour organiser un concert gratuit au Champ-de-Mars le 14 juillet prochain, comme son équipe l’avait envisagé. « Notre priorité, c’est l’organisation du feu d’artifice pour les Parisiens, souligne-t-on dans l’entourage de Bertrand Delanoë. En terme logistique, compte tenu des délais, il n’est pas possible d’organiser les deux événements le même jour. » Pourtant , remarque la journaliste du Parisien , en 2007, Michel Polnareff s’était produit lors de la fête nationale au Champ-de-Mars, tandis que Johnny Hallyday avait donné un concert géant à cette date et au même endroit en 2009.“

Tiens, Johnny Hallyday, ça faisait trop longtemps que je ne vous avais pas parlé de lui ! L’idole des ex-jeunes vient de fêter ses 69 ans au Stade de France, « un concert-anniversaire qui court après le mythe » , titre Le Monde . Stéphane Davet était parmi les 60 000 spectateurs qui ont soufflé les bougies à défaut d’allumer le feu, et pour lui, “le message est sans ambiguïté : Johnny est dans une forme à tout casser. Accroché à 18 mètres du sol à l’intérieur de ce qui ressemble à une mine sous marine, le « chanteur abandonné » fracasse, pour son entrée en scène, un mur (d’adversité ?) simulé par les écrans de fond de scène, avant de partir à l’assaut du Stade de France, vendredi 15 juin, le jour de ses 69 ans, pour le premier de ses trois concerts dans l’arène de Saint-Denis.

Cette arrivée de guerrier, illustrée par un chaos futuriste digne de Terminator, rappelle un peu celle qui ouvrait, en 1982, la série de concerts du Palais des sports, où Johnny Hallyday, bardé de cuir, jouait dans une mise en scène inspirée de Mad Max, le personnage du Survivant. Trente ans après, cette incarnation de phénix du rock demeure son rôle préféré.

Dans la foulée de cette apparition, il cherche en toute logique à « allumer le feu ». Le 4 septembre 1998, cet hymne écrit spécialement par Zazie et Pascal Obispo avait été éteint par des bourrasques entraînant l’annulation de son premier spectacle au Stade de France. Vendredi, la pluie menaçait à nouveau les gerbes de flammes. La météo douche-t-elle l’enthousiasme des 60 000 spectateurs ? Malgré quelques gradins clairsemés et des espaces vides sur la pelouse, l’immense enceinte s’affiche bien garnie. Mais l’ambiance peine à se réchauffer. La grande majorité de ce public n’a plus l’âge des frénésies juvéniles…

La voix de Johnny, elle aussi, met du temps à se remettre sur les rails. Timbre et tics plus proches de la marionnette des Guignols que de la bête de scène, le rockeur en Jitrois peine à décoller, avant de reprendre le dessus ( Ma gueule), bien aidé par ses musiciens. Dirigé par l’ancien guitariste de FFF, Yarol Poupaud, le groupe en cuir sombre privilégie un rock au tranchant vintage, un retour aux fondamentaux.

Marie, le tube composé en 2002 par De Palmas, est d’ailleurs le plus récent des morceaux d’un répertoire live qui ignore en particulier les trois derniers chapitres de sa discographie (publiée par Warner depuis 2007).

Les amis du patron sont venus assister à cette soirée d’anniversaire, parmi lesquels Jean-Paul Belmondo, Nathalie Baye, Jean-Paul Rouve, Eric Cantona et Rachida Brakni, Costa-Gavras, Jean Reno… Il se murmure que, samedi (le soir de la parution de cet article), François Hollande, avec lequel l’ancien supporteur de Nicolas Sarkozy a récemment dîné, viendrait écouter ce monument de la République. Avec Valérie Trierweiler ? , se demande, mutin, le journaliste du Monde . Nous n’avons pu malheureusement, faute d’échos dans la presse, vérifier la présence du Président samedi soir…

Epouse du nouveau ministre de l’intérieur Manuel Valls, la violoniste Anne Gravoin dirige en tout cas le grand orchestre qui rejoint les rockeurs pendant Diego, Tennessee et le très pompier Poème sur la 7e.

Si Hallyday a échappé aux bras de la mort, il doit se réapproprier son corps de performer pour échapper à ceux de la vieillesse. Toute la gestuelle de celui qui initia la France à Elvis est reproduite avec assez d’allure, même si le voir se rouler à terre et mimer des coups de reins peut provoquer un certain embarras. Comme la ringardise de trop d’images projetées en fond de scène (clichés américains et érotiques pour bikers à la petite semaine).

Gabrielle et Que je t’aime sont les classiques les plus repris en chœur. Mais le meilleur moment de la soirée s’est joué sous un petit kiosque s’avançant dans la foule, où le chanteur et son groupe en version acoustique interprétaient rockabilly et rock’n’roll d’origine ( Elle est terrible, Joue pas de rock’n’roll pour moi, I’m Gonna Sit Right Down…) avec une convivialité sans chiqué. Avant un rappel qui verra Alain Delon faire chanter Happy Birthday à la foule et une reprise de Brel, Quand on a que l’amour, seul avec le piano d’Yvan Cassar, en conclusion « signifiante ».“

Que les spectateurs potentiels de Johnny se rassurent : selon Léna Lutaud, du Figaro , “il reste encore 100 000 places à vendre“ pour le Tour 2012 du chanteur. Pas d’inquiétude pour autant pour les finances du vieux rockeur : “il a déjà encaissé son cachet minimum garanti de 12 millions d’euros. Ensuite, en cas de bénéfices, il en touchera 80% auxquels s’ajouteront les gains dégagés par les produits dérivés.“

Quand on n’a que l’amour, on ne crache quand même pas sur un peu de fraiche…

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