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Le retour des morts-chantants

5 min

  • « Tu veux une Lamborghini, boire des Martini, être sexy en bikini ? T’as intérêt à bosser, salope. » Voici, cité par Sophian Fanen dans Libération , “le refrain en forme de mise en abyme du nouveau single de Britney Spears, qui revient aux affaires après l’échec de son dernier album sorti en 2011, Femme fatale. Work Bitch, publié [le 17 septembre] en catastrophe après la fuite (organisée ?) du morceau sur Internet, est cosigné par Will.I.Am, homme à tout faire des Black Eyed Peas, qui sera aussi le producteur de l’album à venir.” Ledit album, précise Sylvain Siclier dans Le Monde , sera “publié le 3 décembre et contiendra plusieurs thèmes évoquant sa rupture amoureuse : « Je pense que tout le monde peut s’y retrouver, estime la chanteuse (…), une superstar peut, elle aussi, être confrontée à cela. »”*

Britney Spears n’est pas morte, elle chante encore. Et pourtant, dans un marché pour une fois en embellie ( 6,1% de ventes de disques en France au premier semestre, notamment grâce à la sortie le 20 mai de Random Access Memories de Daft Punk considéré, note Le Monde , comme une « locomotive » par les producteurs de disques, l’album ayant dépassé aujourd’hui les 500 000 ventes en France), la grande tendance aujourd’hui, c’est le mort qui chante. “Au milieu des annonces de sorties de disques de l’automne, relève ainsi Olivier Nuc dans Le Figaro , parmi les sensations attendues de la saison, la présence du nom de Guillaume Depardieu , (et de son album intitulé précisément Post Mortem ) a fait l’effet d’une bombe. Est-ce si surprenant ? En quelques années, les sorties de disques posthumes se sont multipliées. Au point que l’on peut parler désormais de « posthumania » pour qualifier ce qui ressemble bien à une tendance lourde de l’industrie musicale. […] Toujours très prompte à la célébration , notre époque prolonge la vie artistique des chanteurs des années après leur mort, à grands coups d’intégrales, de disques inédits ou d’albums de duos virtuels. La palme du mauvais goût revient en substance à Hélène Ségara, qui donne la réplique à Joe Dassin sur une dizaine de ses chansons dans un album à paraître prochainement.” La pratique ne date pas d’hier, relève Olivier Nuc. Prenez Jimi Hendrix. “Le guitar hero constitue un cas d’école. Auteur de trois albums studio de son vivant, il a été l’objet d’une discographie posthume délirante et, souvent, indigne. Dans la décennie qui suivit sa mort, le producteur Alan Douglas commercialisa des enregistrements sur lesquels on avait greffé de nouveaux arrangements et fait jouer des musiciens de studio n’ayant jamais rencontré Hendrix. Ces disques sacrilèges ont depuis longtemps disparu du commerce, mais l’exploitation post mortem de Hendrix se poursuit, dans des proportions plus raisonnables et avec un plus grand respect pour l’artiste. L’extraction d’inédits de studio semble avoir pris fin cette année, mais il reste de nombreux concerts enregistrés jamais exploités commercialement. Du pain bénit pour les héritiers…

Il y a près de vingt ans, rappelle encore Olivier Nuc, les Beatles se réunissaient une dernière fois pour habiller une démo de John Lennon enregistrée dans des conditions sonores rudimentaires. Free as a Bird permit au plus grand groupe pop de l’histoire de revenir au sommet, même si le procédé est plus que douteux. L’industrie fait parler les morts sans vergogne, leur prêtant des intentions nouvelles, avec l’assentiment de la famille. Auteur d’un chef-d’œuvre de son vivant ( Grace), Jeff Buckley a garni les rayons des nouveautés avec des disques posthumes indignes de son génie. L’appât du gain défie souvent les règles du bon goût. Diffuser les chutes de studio de musiciens après leur mort revient à projeter toutes les séquences filmées par un réalisateur de cinéma de son vivant : une aberration, que certains franchissent parfois éhontément. Ajouter des pistes instrumentales supplémentaires pour moderniser le son, adjoindre des voix additionnelles dans l’optique de créer des duos virtuels, tout a été fait. Et l’industrie du spectacle, qui ne peut pas s’appuyer sur le legs des artistes, a inventé un procédé qui fait froid dans le dos : le concert en hologramme. Décédé en 1996, le rappeur 2Pac, dont la discographie posthume dépasse la production « anthume », en a fait l’objet l’an passé dans le cadre du Festival Coachella. Dans les années 1990, les anciens musiciens d’Elvis ont déjà accompagné des images filmées de leur défunt patron sur les scènes du monde entier. D’Amy Winehouse à Kurt Cobain, les candidats à une exploitation post mortem délirante ne manquent pas, avec la plupart du temps de beaux gains à la clé” , conclut Olivier Nuc dans Le Figaro .

Dans Télérama , Valérie Lehoux rajoute côté français “un Grégory Lemarchal ficelé en vitesse avec des bouts de Star Ac, la sortie d’un Bashung reprenant Gainsbourg (la bande-son d’un spectacle), ou un Henri Salvador sur des maquettes de 1999 réorchestrées par Benjamin Biolay.” Mais pour elle, fait figure d’exception Chapelle Sixteen, double album posthume de Daniel Darc qui [lui] est arrivé comme une surprise à la fin de l’été. Et qui [l’]a bouleversée. Une divine surprise, une belle lettre d’adieu. Comme le point final d’une aventure, qui est aussi son point d’orgue.”

Dans cette liste du retour des morts-chantants, il faut encore ajouter Freddie Mercury, qui va revenir sous les traits d’Harry Potter. En effet, nous apprend une brève du Parisien , “selon le quotidien britannique Daily Star, Daniel Radcliffe est pressenti pour remplacer Sacha Baron Cohen dans le biopic qui se prépare sur Queen et son chanteur gay, décédé en 1991. « Il ressemble plus à Freddie Mercury que Sacha, assure un membre de l’équipe du film . Et Daniel est vraiment capable de chanter. » S’ils le disent…

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