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Le revenant et le poissonnier

8 min

“C’est une voix sépulcrale , écrit Olivier Nuc dans Le Figaro . Vulnérable. Comme revenue d’entre les morts. Celle d’une résurrection aussi tranquille qu’inattendue. Une voix que l’on avait désespéré d’entendre résonner à nouveau. Elle a été au centre de toutes les attentions la semaine passée. De toutes les hypothèses. Comme s’il était impensable qu’elle ne se soit pas fait entendre pendant près de dix années. Le 8 janvier dernier, David Bowie est revenu au monde par la grâce d’une chanson inédite, Where Are We Now ?, postée sur les plates-formes de téléchargement et sur son site officiel à travers une vidéo, le jour de ses 66 ans.

On en était à se demander quels seraient les grands disques qui ponctueraient l’année à venir. Dans la catégorie seniors, 2012 a été marquée par les sorties réussies de Bob Dylan, Bruce Springsteen et Neil Young , estime le critique rock du Figaro . Les vétérans Rolling Stones et Who ont aussi donné quelques moments de bravoure en concert. David Bowie, contemporain de tous ces musiciens, s’est peut-être dit que son heure avait sonné. Depuis longtemps, la rumeur le disait reclus à New York, en mauvaise santé, incapable de revenir à la musique, désireux de tirer un trait sur un passé prodigieux.

Dans cette catégorie de superstars, il n’y avait guère eu que John Lennon pour disparaître de la sorte, au milieu des années 1970. L’ancien Beatles était devenu un homme au foyer, confectionnant son pain lui-même, accompagnant les premières années de son fils Sean dans la quiétude du Dakota Building. Stimulé par la vague punk et new wave de la fin de la décennie, il avait repris la guitare et le piano à temps pour graver Double Fantasy, avant d’être abattu. David Bowie aurait quant à lui recommencé à composer parce qu’il n’entendait rien de bon à la radio, selon son proche collaborateur Tony Visconti.

En 1980 – année du retour de John Lennon –, il était possible d’enregistrer un disque sans être harcelé par des dizaines d’observateurs. En 2013, à l’ère de la toute-puissance d’Internet, de Twitter et des réseaux sociaux, la donne a sérieusement changé. Pourtant, Bowie est parvenu à garder la confidence jusqu’au dernier moment. Il a réussi à graver près de trente chansons, sur une période de dix-huit mois, sans qu’aucune information ne filtre, sans la moindre photo volée. Et si c’était la dimension la plus frappante de cette opération ? , se demande Olivier Nuc. Pendant que des starlettes de la pop se plaignent d’être harcelées par les paparazzis, une des plus grandes rock stars de la planète prouve que l’on peut maîtriser son image. Bowie a toujours su manipuler les médias à sa guise, et ce depuis une interview de 1972 dans laquelle il disait « avoir toujours été homosexuel », à quelques semaines du lancement de Ziggy Stardust

Entre novembre 2010 – date à laquelle il commence les maquettes de titres inédits – et aujourd’hui, une trentaine de personnes seulement étaient au courant. Chacune s’était engagée à ne pas en parler, comme l’explique [au Figaro ] Tony Visconti, maître d’œuvre du projet. Celui-ci est aujourd’hui habilité à narrer cette histoire, mandaté par Bowie pour le faire.

Il est peu probable que le héros s’exprime avant que les autres chansons de l’album The Next Day soient diffusée, en mars prochain. Le contenu de ce disque est aujourd’hui l’objet de toutes les spéculations. Rock ? Expérimental ? Mélancolique ? Un peu tout cela à la fois, si l’on en croit Visconti, collaborateur du chanteur depuis 1968. On est impatient d’entendre la vision du monde d’aujourd’hui de cet immense artiste” , conclut le critique rock.

En attendant, mis à part le clip de David Bowie, on continue à trouver sur Internet des objets des plus improbables. “Depuis Gangnam Style et son milliard de vues, on sait que le pire des refrains, passé par la case Youtube, peut transformer n’importe quel anonyme en star planétaire , écrit ainsi Erwan Desplanques dans Télérama . Dernièrement, c’est un immigré pakistanais qui a décroché la timbale. Le poissonnier Mohammed Shahid Nazir, 31 ans, a été filmé appâtant les clients avec une chansonnette ( « Come on ladies, very good, very cheap, one pound, one fish », [qu’on traduira par : « Venez mesdames, très bon, très bon marché, une livre, un poisson » ]). Nul ne sait s’il vend beaucoup de dorades à une livre, comme le promet la chanson, en tout cas sept millions d’internautes ont déjà mordu à l’hameçon. Certains perçoivent un subtil clin d’œil aux grandes comédies musicales anglaises d’antan. Ce succès a valu aussitôt à son interprète une signature sur le prestigieux label Warner.

Réenregistré en studio, le morceau One pound fish (et son clip terrifiant façon Bollywood) s’est classé fin décembre dans les dix meilleures ventes en Grande-Bretagne. Remède à la crise du disque ? Ou peut-être à la crise tout court ? L’inventeur coréen du Gangnam Style est devenu quasi millionnaire grâce à la pub sur Internet. Pas impossible que la gesticulation « youtubisée » devienne un jour un avatar du loto, suscitant des vocations partout dans le monde , parie le journaliste de Télérama . On imagine déjà une infirmière du Bénin ou un cordonnier d’Azerbaïdjan tenter leur chance dans cet insondable Web-crochet, à mi-chemin entre l’Eurovision et l’Euromillion…”

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