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Le théâtre dans l'arène

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“25 théâtres de Paris et d’Ile-de-France lancent la « première saison de l’égalité » lors d’une soirée à l’Athénée , a-t-on pu lire dans Libération. Face aux chiffres accablants (75% des théâtres nationaux et 96% des opéras sont dirigés par des hommes), ils s’engagent à mettre en œuvre des moyens pour tendre à l’égalité dans tous les domaines de la culture : programmation, production, gouvernance, communication.”

Ce qui est certain en tout cas, à moins d’une grosse surprise, c’est que c’est bien une femme qui dirigera d’ici quelques mois la Mairie de Paris. Et après une première escarmouche autour du Théâtre de la Ville, suite à la divulgation opportune par certains journaux d’un pré-rapport de la Cour régionale des Comptes, Nathalie Kosciusko-Morizet et Anne Hidalgo ont choisi, comme l’a relevé Claire Bommelaer dans Le Figaro , “la culture comme thème fort de campagne. Le sujet présente l’avantage d’être à la fois léger et prometteur de passe d’armes politiques. « La Mairie de Paris fait de l’entre-soi culturel, de la vraie gauche caviar », tacle l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy. Elle sait que le camp d’en face la traite régulièrement de « droite bobo ».” Le camp d’en face, justement, était réuni dans la soirée du mercredi 16 octobre en plein Boboland, au Café de la danse, pour entendre Anne Hidalgo déclarer son amour à la culture. Laurent Carpentier, du Monde , y était, qui a entendu la candidate “[citer] Aimé Césaire : « L’homme de culture est un inventeur d’âme », et se [tisser] un habit ad hoc : « Je connais beaucoup d’artistes, je connais leur fragilité… » Dans le parterre des directeurs de théâtre – venus en force, inquiets qu’ils sont de ce qu’une arrivée de la droite pourrait signifier pour la création contemporaine –, on a du mal à masquer un bâillement, et les doigts glissent sur les écrans de smartphones comme dans un amphi indiscipliné des sciences du métalangage. […] Dans la salle, chacun pense à demain : qui seront les futurs hommes forts ? Son ami Stéphane Fievet, ancien patron du Syndeac, évincé par Michel Orier de la direction du théâtre au ministère, orchestre ses interventions. « Moi, son conseiller ? Mais non, je fais juste la mise en scène… »

Dans les soutiens théâtraux d’Anne Hidalgo, Le Figaro range l’inévitable Jean-Michel Ribes. Côté NKM, le quotidien assure que l’administratrice de la Comédie-Française, Muriel Mayette, est une intime. Et effectivement, confirme Béatrice Gurrey dans Le Monde, “c’était une rumeur tenace depuis l’entrée en campagne de Nathalie Kosciusko-Morizet : la candidate de l’UMP pensait à son amie Muriel Mayette pour tenir un rôle politique. Les gazettes voyaient même la comédienne tête de liste dans le 5e arrondissement pour les municipales. Si bien que, le 17 septembre, lorsque Mme Mayette alla déclamer un texte de George Sand au Panthéon, première d’une série de lectures en faveur de l’entrée des femmes dans le mausolée des grands hommes, les militants socialistes du quartier firent un tour de vérification en haut de la rue Soufflot. La directrice du Français montrait-elle les signes d’une entrée en campagne imminente ? Pas du tout. Elle s’en tenait à L’Ecole des femmes, à Colette ou à Beauvoir. Ils repartirent rassurés. Ils avaient néanmoins quelque raison d’enquêter. Mme Mayette ne s’était pas cachée d’aider NKM à trouver sa voix : comme elle l’avait dit à Libération, elle travaillait avec elle « le souffle, l’émotion et les silences » et s’efforçait de lui faire apprivoiser « la musique si française de l’alexandrin de Racine ». Il n’est pas sûr que cela serve beaucoup sur les marchés ou dans les cages d’escalier, mais cela dénotait une authentique amitié. Ces fins limiers ignoraient pourtant l’essentiel : le maire du 4e arrondissement, Christophe Girard, a aussi des vues politiques sur « Mu », une amie. [La journaliste du Monde précise qu’]elle se permet de révéler ce surnom, car c’est celui qu’emploie le nouveau mari de l’administratrice du Français, Gérard Holtz, dans Gala, à l’occasion d’un reportage sur leur mariage. La cérémonie a eu lieu le 19 avril à la mairie du 4e arrondissement, en présence de NKM et de François Fillon, et c’est M. Girard qui a uni le couple.

« C’est une amie proche, c’est quelqu’un que j’aimerais bien avoir avec moi, avoue M. Girard. Je lui en ai parlé, elle ne m’a pas dit non. Mais il est vrai que c’était avant l’été. » Ce lien s’explique par la fonction d’adjoint à la culture qu’il a exercée auprès de Bertrand Delanoë de 2011 à 2012. Mme Mayette est venue le trouver parce qu’il lui semblait important d’évoquer ensemble la place d’une des plus vieilles institutions culturelles française dans la capitale. Foin de l’imagination, il fallait en avoir le cœur net. C’est Patrick Belaubre, le secrétaire général de la Comédie-Française, qui a répondu [au Monde] pour Mme Mayette : « Elle est administratrice du Français et elle n’a pas du tout envie de faire de la politique. Comme elle est aussi amie avec Noël Mamère, je m’attends bientôt à ce qu’on l’annonce candidate à Bègles… »

Toujours est-il que le mandat de Muriel Mayette s’achève en juillet 2014, et les spéculations commencent sur sa succession. Josyane Savigneau, qui a dressé dans M le magazine du Monde le portrait de Guillaume Gallienne, n’a pas pu s’empêcher de demander au sociétaire s’il ne se verrait pas administrateur ? Non, “il se juge trop peu « distancié » pour ce poste. « La troupe est excellente, elle possède de grands esprits qui peuvent prendre la relève et assurer l’avenir. » Cela ne l’empêche pas d’avoir des idées précises sur le sujet : « Il faut donner plus de sens à cette maison. Se garder de considérer le spectateur comme un client. Avoir un très haut degré d’exigence. L’administrateur doit savoir regarder à l’extérieur et à l’intérieur. » Un candidat au strabisme divergent, ça doit pouvoir se trouver…

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