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Le théâtre grec va se faire voir ailleurs

5 min

Par souci d’égalité du temps de parole, et parce que leur situation, en ce qui concerne le théâtre, n’est pas si éloignée, après la Turquie la semaine dernière, il fallait bien que je vous parle aujourd’hui de la Grèce. A l’occasion du festival Chantiers d’Europe, qui y consacre jusqu’au 15 juin au Théâtre de la Ville à Paris une partie de sa programmation, l’autre étant dévolue à l’Italie, le correspondant du Monde à Athènes, Alain Salles, a parcouru la ville à la recherche de ceux qui y font le théâtre d’aujourd’hui. “Au cœur du quartier de Psirri, où se mêlent cafés branchés et artisans, le théâtre Embros est devenu une sorte d’arche de la création théâtrale de crise. Un collectif de trois troupes a pris d’assaut en 2011 la salle abandonnée depuis six ans. « C’est une occupation artistique, explique Vassilis Noulas, de la compagnie Nova Melancholia. Notre action politique se fait par le biais de l’art. » Il fait partie du collectif Mavilli, créé en 2010, quelques mois après les premières mesures d’austérité qui ont amputé une large partie du budget de la culture.

« Nous voulons créer une communauté d’artistes dans cette période difficile et favoriser les passerelles entre les arts, mêler débats, lectures pour rapprocher la théorie et la création », poursuit Argyro Chioti, du groupe Vasistas, qu’elle a créé avec Ariane Labed, Prix de la meilleure actrice au Festival de Berlin en 2010 pour son rôle dans Attenberg, d’Athina Rachel Tsangari.

En novembre 2011, le groupe passe à l’acte et occupe ce lieu qui a joué un rôle important dans le développement du théâtre indépendant à Athènes. Il s’apprêtait à connaître le sort de tant d’immeubles anciens du centre d’Athènes : le délabrement. Le collectif a réveillé ce lieu mythique avec l’appui des gens du quartier, et dans l’indifférence de l’Etat, propriétaire du site. Le théâtre sert de salle de représentation et de répétition pour les nombreuses troupes sans toit d’Athènes. Les spectacles réunissent des artistes reconnus comme le chorégraphe Dimitris Papaioannou, le maître d’œuvre des cérémonies des Jeux olympiques d’Athènes, des jeunes inconnus et quelques piliers du théâtre indépendant.

Jeudi 31 mai, la musique de Je t’aime moi non plus, de Gainsbourg, se mêle aux accents de L’Internationale. Le Collectif Blitz répète Guns ! guns ! guns !, qu’il présente au Théâtre de la Ville, à Paris, dans le cadre du festival Chantiers d’Europe. Créé en 2004, Blitz est constitué de trois acteurs, Giorgos Valais, Christos Passalis et Angeliki Papoulia. Les deux derniers jouent dans Canine, le film de Giorgos Lanthimos qui a révélé un nouveau cinéma grec, sans concession. Les passerelles entre cinéma et théâtre indépendants sont nombreuses.

Ce spectacle a été créé en 2009, au Théâtre national d’Athènes, avant la crise mais peu après les émeutes de décembre 2008 qui ont suivi le meurtre d’un adolescent de 15 ans par un policier. « C’étaient dix jours complètement chaotiques, les plus beaux jours d’Athènes, explique Christos Passalis . Les jeunes ont compris qu’ils n’avaient pas de futur. On voit aujourd’hui qu’ils avaient raison. » Le spectacle n’est pas sur la mort du lycéen. Il passe en revue les grands moments de rupture du vingtième siècle, de la première guerre mondiale à la chute du mur de Berlin, en s’inspirant de la formule de Jean Baudrillard : « Puisque le monde prend un cours délirant, nous devons prendre sur lui un point de vue délirant. »

Si Embros est une arche, la création du Centre Culturel Onassis, en décembre 2010, est une manne tombée du ciel de la crise. En 18 mois d’existence, le centre a créé un public. Le Collectif Blitz y a été programmé, comme il a bénéficié du soutien du Festival d’Athènes, dont la nouvelle édition se tient du 8 juin au 9 août. La Fondation Cacoyannis – du nom du réalisateur de Zorba, mort en 2011 – abrite un Low Budget Festival, organisé par le site Tospirto.net, qui permet à des troupes de présenter leurs travaux. La dernière édition de ce festival, qui durait jusqu’au 2 juin, était consacrée, avec l’Institut français d’Athènes, à trois pièces d’auteurs français contemporains : Rémi De Vos, Fabrice Melquiot et David Lescot.

Le manque d’argent est un problème, mais il n’empêche pas la création. « Comme il n’y en a pas, nous devons nous concentrer sur les choses essentielles, explique Giorgos Karamichos, qui vient de jouer à guichet fermé Jusqu’à ce que la mort nous sépare, de Rémi De Vos. Avec la crise, nous sommes obligés d’aller à l’essentiel, de communiquer avec des mots plus profonds, plus authentiques, plus originaux. »

Les subventions ont été coupées ou ne sont pas versées. Les acteurs ont tous un deuxième travail, mais la crise économique et la montée du chômage le rendent de plus en plus difficile à trouver. Giorgos Karamichos joue régulièrement au cinéma et à la télévision, mais le producteur de la dernière série qu’il a tournée et qui a été diffusée a fait faillite. Il n’a pas touché un centime. Giorgos Valais, de Blitz, a joué pendant plusieurs mois dans un théâtre et n’a pas encore été payé. Entre les répétitions de Guns ! guns ! guns ! et de Don Quichotte, présenté en juillet au Festival d’Athènes, il doit aussi aller jouer son rôle devant les tribunaux.

Si elle est source d’inspiration, cette ambiance pèse. « C’est comme si on était dans une impasse, ici. On a besoin de sortir », explique Angeliki Papoulia. Ils ont présenté un spectacle à la Schaubühne de Berlin en mars et prévoient une tournée en France. Comme de nombreux Grecs, les artistes tournent leurs regards vers l’ailleurs.“

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