LE DIRECT

Le vrai du faux

5 min

“Van Gogh, c’est un roman vrai et posthume qui ne s’arrête jamais , écrit Yves Jaeglé dans Le Parisien. Au dernier épisode (j’en avais parlé ici), une biographie américaine très sérieuse affirmait que le peintre ne s’était pas suicidé, mais avait été tué par deux adolescents, accidentellement, lors d’une dispute. Rebondissement d’un autre genre [le 9 septembre, ça a fait la une de tous les journaux] : le musée Van Gogh d’Amsterdam a révélé avoir authentifié un paysage inconnu de l’artiste, Coucher de soleil à Montmajour, un paysage de chênes dans les environs de la ville d’Arles, qui a passé des années dans un grenier de Norvège. Un collectionneur l’aurait relégué aux oubliettes, convaincu qu’il ne s’agissait pas d’un original. C’est le premier nouveau grand tableau du peintre maudit découvert depuis 1928. « Une telle découverte n’arrive qu’une fois dans la vie », s’enthousiasme le chercheur Louis van Tilborgh, qui a aidé à l’authentification du chef-d’œuvre oublié.” “Le fait qu’on puisse ainsi enrichir le catalogue raisonné du Hollandais maudit est rare” surenchérit Eric Biétry-Rivierre dans Le Figaro . Sauf que… comme l’a raconté le correspondant du Monde à Bruxelles, Jean-Pierre Stroobants, la découverte si médiatisée aurait pu avoir lieu il y a plus de 20 ans ! En effet, “en 1991, le collectionneur qui détenait alors [le tableau] le présenta aux responsables du Musée d’Amsterdam. Après examen, les experts de l’époque conclurent qu’il ne pouvait être attribué à Van Gogh. Seul l’acharnement de ce propriétaire, revenu, en 2011, aux Pays-Bas pour réclamer un nouvel examen, a permis d’éviter qu’un Van Gogh soit à tout jamais méconnu… L’erreur de 1991 est « gigantesque », selon une source néerlandaise qui entend conserver l’anonymat. Mais les actuels responsables du musée veulent minimiser, expliquant que seules les techniques plus modernes ont permis cette fois d’authentifier le tableau. […] En 1991, c’est l’absence [de signature] qui avait notamment incité le Musée Van Gogh à parler d’un faux. Tout à leur euphorie, les responsables de l’institution ont éludé, [le 9 septembre], les questions qui fâchent. Et les critiques de ceux qui leur reprochent de refuser, en fait, depuis plusieurs années, d’examiner les travaux qu’on leur présente, qu’ils apprécient seulement sur photos. Leur décision est généralement sans appel, et non motivée. Pour certains spécialistes, qui seront confortés par l’événement [du 9 septembre], l’institution empêche ainsi d’éventuelles découvertes nouvelles et s’incarne comme la seule capable d’authentifier un Van Gogh. […] Dans un livre troublant, Henk Tromp, anthropologue à l’université de Leyde, analysait, en 2006, les avis des experts en art, y compris ceux qui s’intéressent à Van Gogh. « Ils peuvent émettre des verdicts contradictoires quant à l’authenticité de certains tableaux parce qu’ils n’utilisent pas les mêmes méthodes et parce qu’ils ne sont pas en possession des mêmes faits. Mais les verdicts contradictoires peuvent aussi être le résultat de luttes de pouvoir et d’autorité, de la perspective de pertes ou de profits financiers, de tentatives visant à protéger l’honneur de personnes, ou la manifestation d’intérêts politiques ou idéologiques », écrivait M. Tromp. […] A la décharge des dirigeants du musée , nuance toutefois le correspondant du Monde , il faut relever que les plagiats réalisés après la mort du peintre sont légion. Faux anciens, réalisés sur des toiles vierges ou réutilisées et présentant une patine naturelle, ou récents, plus élaborés, mais dont la pigmentation laisse peu de place au doute.”

Il faut dire aussi que le marché du faux, Van Gogh ou autre, est toujours aussi florissant, et pas seulement sur eBay. C’est ainsi, rapporte La Croix , qu’une certaine “Glafira Rosales a reconnu [le 16 septembre] devant un juge fédéral de New York avoir vendu, entre 1994 et 2009, 63 faux tableaux de peintres expressionnistes abstraits américains : Jackson Pollock, Mark Rothko, Robert Motherwell, Franz Kline, Willem de Kooning, Barnette Newman ou Sam Francis. Elle les a cédés pour 33,2 millions de dollars à deux prestigieuses galeries new-yorkaises, dont Knoedler & Company, qui a dû fermer brutalement en 2011. Ces galeries avaient elles-mêmes revendu les tableaux pour 80 millions de dollars. Les faux étaient fabriquée par un peintre chinois du Queens qui a touché en contrepartie plus de 65 000 dollars. L’organisatrice du trafic risque 99 ans de prison.”

Beaucoup plus que les 2 ans ferme dont a écopé un certain Ahmin, dont “l’escroquerie restera son unique chef-d’œuvre , raconte Thibault Raisse dans Le Parisien . A 60 ans, il n’est pas le grand artiste peintre qu’il rêvait d’être. Pour écouler ses toiles, il trouve alors une idée : prétendre qu’elles sont signées Jacques Villeret, dont il est par ailleurs persuadé d’être le demi-frère. Sauf qu’aucun lien de filiation n’a été établi, et que l’acteur décédé en 2005 n’a jamais tenu un pinceau de sa vie. Deux menus détails que ses acheteurs ignoraient, et qui ont conduit [mercredi dernier] l’aigrefin devant le tribunal correctionnel de Paris. Pendant un an, une quarantaine de tableaux réalisés par Ahmin mais signés « JV » vont trouver acquéreur pour environ 500 € pièce. La palette de l’escroc pour convaincre le chaland est vaste : faux jugement d’héritage, certificats bidons, témoignages farfelus. Parmi eux, des textos prétendument rédigés par Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel, garantissant l’authenticité des pièces. L’usurpateur ira jusqu’à envoyer une toile à l’Elysée, recevant dix jours plus tard une lettre de remerciements signée de la main… de Nicolas Sarkozy. « Plus c’est gros, plus ça passe », a commenté la procureure, dépitée.”

L'équipe
À venir dans ... secondes ...par......