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Lemmy & Amy, le vieux rocker et la diva tragique

6 min

Emmanuel MAROLLE, du Parisien , a rencontré, à l’occasion de son passage à Paris pour un énième concert au Zénith, une légende britannique du rock depuis trente-cinq ans, et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’homme gagne à être connu. « S’il n’en reste qu’un, écrit-il, ce sera lui. Lemmy KILMISTER, 65 ans, chanteur de Motörhead, rockeur revenu de tout, braillard inusable, référence absolue sans qui Metallica ou Nirvana n’auraient sans doute pas vu le jour. Depuis plus de trente-cinq ans, il franchit le mur du son quasiment chaque soir, comme au Zénith de Paris, où son groupe revient régulièrement. « On passe souvent en France. On y a beaucoup joué à la fin des années 1970 et au début des années 1980. C’était une fille différente chaque soir. Je crois que j’ai laissé beaucoup d’enfants chez vous. Et toutes les mamans les ont appelés Lemmy. »

Un show chasse l’autre chez Motörhead, qui joue à Paris, un an après la sortie du dernier album, "The World Is Yours". « Que les gens achètent nos CD ou les piratent, je m’en fous. De toute façon, on a toujours eu du mal à en vendre. On devrait être numéro un puisque nous sommes des légendes. Mais plus personne n’achète les disques des légendes. » Celle de Lemmy est à la hauteur du triptyque sexe, drogue et rock’n’roll. Dès que ce jeune Britannique découvre, à 15 ans, sa vocation pour faire craquer les demoiselles. « J’ai récupéré une guitare, même si je ne savais pas comment l’utiliser. Depuis, j’ai toujours fait ce que je voulais : jouer, coucher avec des filles, et je suis payé pour ça ! La musique, c’est un loisir, les nanas, c’est une vraie carrière. » Lemmy aime faire le malin , tempère le journaliste du Parisien , mais n’en reste pas moins un fou de musique, tombé dans le rock grâce à Little Richard et aux Beatles, « la plus grosse influence de Motörhead, jure-t-il. Ils ont tout changé, la façon de jouer de la guitare, de composer, de chanter. Je les ai toujours préféré aux Stones. » Il n’a jamais rencontré McCARTNEY et sa bande, mais a eu un enfant avec une petite amie de John LENNON. « Elle a appelé notre fils Paul, c’est bizarre pour une ex de John, non ? » C’est l’une des nombreuses anecdotes d’un formidable documentaire sur Lemmy, disponible en DVD, où l’on voit le rockeur, chez lui, à Los Angeles, dans sa cuisine ou avec son fiston. »

Là, on arrive à la partie « Confidences à ne pas mettre entre toutes les oreilles » de l’article, telle que mentionnée avec précaution par Le Parisien dans le sous-titre dudit article. Alors auditeurs qui nous écoutez avec vos enfants, même s’ils s’appellent Lemmy pour bon nombre d’entre eux, ils serait peut-être temps de les mettre au lit.

Ça y est ? Je reprends donc la suite de l’article. Lemmy KILMISTER est donc dans sa cuisine, ou avec son fiston… « « Un jour, je lui ai dit : mon fils, ce n’est pas la peine d’essayer la cocaïne… le speed, c’est bien mieux. » Dans la loge de ses concerts, on aperçoit un bandit manchot qu’il trimballe de ville en ville, une bouteille de whisky dont il offre un verre et sans doutes quelques substances inavouables. « J’ai 65 ans, la drogue, c’est une partie de ma vie, que l’on ne m’emmerde pas. » Et pas question non plus d’aller lui chercher des noises sur sa collection d’insignes et de vêtements nazis. « C’est juste des pièces de métal et des fringues, cela fait partie de l’Histoire. Hey mec, regarde-moi, est-ce que j’ai l’air d’un putain de nazi ? » Il est même doux comme un agneau, ce Lemmy, derrière son air bougon qui cache une vraie jouissance d’être encore là , note pour finir le journaliste du Parisien , décidément conquis. Au Zénith, il annoncera la couleur comme d’habitude : « On s’appelle Motörhead et on joue du rock’n’roll. » Pas la peine d’aller chercher plus loin. »

Lemmy KILMISTER peut d’autant plus, à son âge avancé, revendiquer sa consommation de substances illicites, qu’on a vu récemment que la sobriété peut tuer. « C’est la leçon tragi-comique , note Stéphane DESCHAMPS dans Les Inrockuptibles , que l’on peut tirer de la mort d’Amy WINEHOUSE. Fin octobre, les enquêteurs ont rendu leurs conclusions : la chanteuse a succombé à une consommation excessive d’alcool alors qu’elle était en sevrage. C’était le passage de la comète Amy (1983-2011). » La compatriote britannique de Lemmy KILMISTER laisse un album posthume, qui paraît ces jours-ci : "Lioness : Hidden Treasures", qui partage largement la critique. Pour Laurent RIGOULET, dans Télérama , « il n’y aura pas de nouvel album d’Amy WINEHOUSE. C’est la première révélation de ces « trésors cachés », vite assemblés et « customisés » pour que la tragique diva de Campden, disparue au cœur de l’été, soit la tête de gondole de fin d’année. Les tiroirs de la chanteuse de "Rehab" semblent déjà vides. Les rumeurs qui la donnaient peu capable, ces dernières années, de rassembler ses esprits pour composer ou enregistrer étaient fondées : il n’y a que deux compositions inédites sur ce disque post mortem, toutes deux gravées en 2008. Sinon, le disque compte quelques chansons inutiles et de belles curiosités ("The Girl from Ipanema", premier bout d’essai d’une jeune grâce de 18 ans…), mais l’assemblage ne fera rien pour dissiper les regrets. » Enthousiasme en revanche, assez relatif toutefois, pour Les Inrockuptibles , qui ont mis la diva pop en couverture, avec le titre : « Amy WINEHOUSE – son cadeau du ciel » . « Ce disque n’est pas un nouvel album d’Amy WINEHOUSE, plutôt un compromis entre une compilation de raretés et un embaumement , concède Stéphane DESCHAMPS. Et ce n’est certainement pas une collection de demos, de versions brutes ou de fonds de tiroirs – aux dernières nouvelles, il existerait une douzaine de chansons inédites à l’état d’ébauche mais leur sortie n’est pas prévue. Sur "Lioness : Hidden Treasures", la voix d’Amy a été enregistrée de son vivant. En revanche, une partie de la musique et la production sont post mortem, avec beaucoup de chœurs, de cordes et de suavité, comme une version panoramique et somptueuse de la variété soul orchestrée de la fin des années 60, comme si Amy WINEHOUSE avait supervisé ce disque depuis le paradis, où tout va bien, où tout est clair, doux et harmonieux. C’est de la belle ouvrage, parfois un brin pompeuse mais digne. » Pompeuse mais digne, pas sûr que ce soit le meilleur slogan à mettre sur la pochette de ce disque posthume, mais on imagine bien qu’il fera de toute façon à lui tout seul bien mieux que tous les ventes cumulées, depuis trente-cinq ans, de Lemmy KILMISTER et Motörhead…

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