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L'épouvantail et le fantasme

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Deux jours avant la « Manifestation pour tous », à propos de la supposée « théorie du genre », Le Figaro note que si “le gouvernement assure qu’il n’est pas question d’enseigner à l’école la théorie du genre, d’autres toutefois n’en démordent pas : cette idéologie prônant une indifférenciation des sexes aurait été infiltrée sournoisement dans l’éducation nationale par des lobbys gays depuis 2011. Sur quoi reposent précisément leurs affirmations ?” , s’interroge Marie-Estelle Pech, avant de donner cinq exemples, dont un film : Tomboy , de Céline Sciamma, montré “dès 8 ans” aux enfants. Interviewée dans le même numéro du Figaro , une « docteur en philosophie » , Bérénice Levet, s’insurge pareillement contre la projection du film à des enfants, estimant qu’« on n’est plus dans le simple apprentissage de la tolérance. » “Un nouvel épouvantail irrite des parents d’élève , écrivait déjà il y a un mois Caroline Brizard dans Le Nouvel Observateur : une petite fille blonde et butée, cheveux courts, regard bleu et taches de rousseur, fait croire, le temps d’un été, qu’elle est un garçon. Jusqu’à nouer une idylle avec une autre petite fille : baiser léger… Laure est l’héroïne de Tomboy (« garçon manqué » en anglais), un film délicat réalisé par Céline Sciamma en 2011. Et l’un des titres inscrits au programme Ecole et Cinéma, conçu avec le Centre national du Cinéma. Le catalogue inclut 85 courts et longs métrages tels que L’Argent de poche de François Truffaut, Les Contrebandiers de Moonfleet de Fritz Lang, Gosses de Tokyo de Yasujiro Ozu, ou encore La Ruée vers l’or de Charlie Chaplin. Le film avait d’abord été projeté aux classes sans anicroche. Mais, à la rentrée 2013 dans les Deux-Sèvres, certains parents, après des mois de débats sur le mariage pour tous et sur la « théorie du genre » – selon laquelle on est homme ou femme autant par construction sociale que par donnée biologique – se sont offusqués. Lettre à l’Education nationale, mobilisation sur les réseaux sociaux, articles dans la presse locale… Fin novembre, une pétition, exigeant qu’on cesse de projeter le film dans les écoles, est mise en ligne par CitizenGo, une fondation au service d’ « une conception chrétienne de la personne et de l’ordre social », basée curieusement à Madrid. Le 6 janvier, elle affiche 22 390 signatures. C’est le scandale Tomboy. « Les films du catalogue sont filtrés deux fois, une fois par une commission nationale de 21 personnes issues des ministères de la Culture et de l’Education, et du monde du cinéma, une deuxième fois au niveau départemental par les enseignants », explique Eugène Andréanszky, délégué général de l’association Les Enfants de Cinéma, la cheville ouvrière de ce programme. A Paris, 12 500 enfants ont vu Tomboy. Ils ont aimé « cette histoire d’amitié », de « mensonge » et de « filles qui n’ont pas le droit de jouer au ballon ».” “Dans le passé, rappelle Clarisse Fabre dans Le Monde , un autre film avait connu une polémique similaire. Le Baiser de la Lune (2010), film d’animation de Sébastien Watel, destiné à aborder l’homosexualité avec des élèves de CM1 er CM2, avait suscité une levée de boucliers, avant même sa diffusion : Félix le poisson-chat et Léon le poisson-lune s’aimaient et échangeaient un baiser… L’une des opposantes à la projection de ce film n’était autre que Béatrice Bourges, figure de l’opposition au mariage pour tous, avec Frigide Bardot. Le ministre de l’éducation nationale de l’époque, Luc Chatel, avait finalement renoncé à montrer Le Baiser de la Lune dans les écoles – il fut par la suite visionné dans des classes en Ardèche, en mars 2011. Son successeur, Vincent Peillon, tiendra-t-il bon ? Le patron d’Ecole et cinéma se dit confiant : « Tomboy est bien évidemment toujours au programme. »

En parlant de programme, on ne saurait que trop recommander aux parents soucieux d’épargner à leurs enfants le terrible spectacle de la confusion des genres de les éloigner du poste de télévision le 28 février au soir : Canal retransmettra en effet la cérémonie des Césars, et horreur, comme l’a titré Le Monde : “Deux films sur l’homosexualité [sont] parmi les favoris. Déjà distingué par une Palme d’or à Cannes, La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche, se classe parmi les favoris aux Césars 2014 avec huit nominations, dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur. Un autre film évoquant l’homosexualité, L’Inconnu du lac, d’Alain Guiraudie, recueille le même nombre de nominations, dont aussi celles du meilleur film et du meilleur réalisateur. Mais c’est une comédie, réalisée par Guillaume Gallienne, Les Garçons et Guillaume, à table !, qui cumule le plus grand nombre de nominations – dix, dont celles du meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur.” Et on ne peut pas dire que le film soit très straight non plus… Sinon, note Didier Péron dans Libération , “il est probable que dans les dorures du Théâtre du Châtelet, les yeux avides de la population people endimanchée chercheront si oui ou non Julie Gayet est de la partie, puisque la comédienne, sous les feux de la rampe médiatique rapport à ce qu’on sait, concourt dans la catégorie de la « meilleure actrice pour un second rôle » dans le film de Bertrand Tavernier, Quai d’Orsay. Comme c’est une très bonne actrice, elle peut tout à fait , estime le critique, voler la statuette à ses consœurs, dont une certaine Marisa Borini, qui n’est autre que la mère de Carla Bruni-Sarkozy (et second rôle vipérin dans Un château en Italie, de son autre fille, Valeria Bruni Tedeschi). Décidément, les Américains et leurs pauvres oscars, où se bousculent Leonardo DiCaprio et Juliette Lewis, n’ont qu’à bien se tenir, la France sait aussi faire monter la température et chauffer l’ambiance.” Au Théâtre du Châtelet comme dans la rue…

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