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Les doux rêveurs de l'art (par Flore Avet)

7 min

Oui jusqu’à maintenant, le milieu de l’art était, lorsqu’il s’agitait sous le feu des critiques, le gentil boulet du milieu de la finance, vaguement excessif mais lointain, le marché et l’argent qu’il draine étant une notion bien éloigné des visites au musée, des collections mobiles ou des événements éblouissants. Le marché de l’art montré comme un parent un peu encombrant du milieu de la culture décrié mollement comme un lointain divertissement.

Au milieu des soucis d’argent, les amateurs d’art se nourrissaient alors de sublime ou de questions soulevées par la création.

Eh bien c’est écrit. Charles Saatchi, le découvreur de la vague des Young British Artists (incarnés entre autres par Damien Hirst), a publié une tribune dans The Guardian, reprise dans Le figaro sous l’analyse de Valérie Duponchelle, dans laquelle Charles Saatchi, entre les lignes nous fait comprendre qu’il n’aime plus l’art d’aujourd’hui et ses contemporains acheteurs, ou du moins qu’une révolution a eu lieu entre leurs deux générations.

En effet, le publiciste talentueux qu’est Charles Saatchi, écrit, sans masque que Etre un acheteur d’art aujourd’hui est manifestement et sans conteste chose vulgaire, le sport de la lie européenne (en anglais : Eurotrash) des créateurs de hedge funds, des nantis des Hamptons, des oligarques à la mode, des rois du pétrole et des marchands qui ont atteint un niveau de narcissisme masturbatoire. Charles Saatchi, le collectionneur le plus célèbre d’Angleterre fait une colère, lance une braise brûlante en pleine bataille pour le nerf de la guerre, et pose la question Est ce que ces gens aiment vraiment l’art ?

Question à laquelle Saatchi répond lui-même sans mollir Il n’y a dit-il ni amour de l’art ni même curiosité, certainement pas d’œil, y compris chez les commissaires d’exposition incapables de distinguer le bon du faible. Ils préfèrent montrer des vidéos, d’incompréhensibles installations postconceptuelles et des cartels interminables, pour susciter l’approbation de leurs pairs, aussi craintifs et myopes.

Cette féroce volée de bois vert serait elle la rage d’un collectionneur qui se sent déconnecté de l’actualité la plus fraiche ? c’est ce que semble développer Nathalie Obadia, galeriste parisienne dans les mêmes pages du figaro, une sorte de réponse ouverte. Elle explique avoir toujours défendu la position de Charles Saatchi, Indéniablement il a été un grand défricheur de l’art et une force de soutien pour toute une école d’artistes aujourd’hui au sommet de leur cote. Il ne s’est lu même jamais caché d’être un Money Maker, un investisseur qui achetait en masse toute une génération d’artiste, les bons comme les mauvais… Avant de les revendre avec parfois 100% de plus value sur une poignée d’entre eux. Mais aujourd’hui cet homme de grand flair vit sur sa réputation passée. Jouer ainsi le moraliste et traiter les nouveaux venus de l’art de ploucs et d’aveugles me parait mal venu, c’est l’hôpital qui se moque de la charité. Il ne peut plus être l’acteur déterminant du marché qu’il a été. Il préfère donc condamner le système. Cela revient à dire « C’était mieux avant quand j’étais le roi » assez réactionnaire en somme. Propos nuancés de Sophie M., grande collectionneuse parisienne On peut s’étonner que cette volée de bois vert vienne d’une personnalité ambiguë comme Charles Saatchi, cela dit son constat sur la vulgarité de l’art est juste. On ne parle plus d’art mais d’argent. Y compris les artistes, les jeunes artistes l’art est un business, un pur produit financier qui n’est même pas régulé par l’autorité des marchés financiers. Tout y est permis car tout est légal.

L’authenticité de l’œuvre, c’est ce que cherche à faire reconnaître le collectionneur Peter Silverman, heureux propriétaire d’une Bella principessa , dont la pureté de la ligne et le classicisme sculptural rappelle sans doute possible le trait de Leonard de Vinci. C’est Vincent Noce qui s’en fait l’écho dans libération. Valeur renforcée par l’estimation du vendeur Londonien Simon Dickinson qui trouva relativement raisonnable de l’estimer à une centaine de millions d’euros, malheureusement, l’officialisation semble mal partie pour cette princesse perdue de Leonard , Hugo Chapman du British Museum ainsi qu’Arturo Galansino conservateur de la National Gallery de Londre sont catégoriques. Aucune étude ne peut lui être rattachée, elle n’a jamais été reprise en gravure contrairement à tout les autres Leonard. Le profil de la princesse est tracé à l’encre sur vélin, or l’artiste n’a jamais utilisé cette peau d’animal traitée qui coutait fort cher. Silverman, le propriétaire est certain de la jalousie de ces institutionnels et le prouvera dans un livre à paraître en janvier Leonardo’s lost princess . Amoureux de cette œuvre, il l’aurait « trouvée » chez des amis en suisse, J’ai pensé à un artiste Florentin, le nom de Leonard m’est venu comme un flash . Pas du tout lui oppose Kate Ganz, galeriste New Yorkaise, qui lui aurait vendu cette feuille en 2007, acquise chez Christie’s pour 22000 dollars comme un pastiche de la renaissance datant du 19è. L’origine de ce dessin déchire 4 parties, qui chacun remontant un peu plus loin dans la possession de cette pièce reproche à son acquéreur de l’avoir biaisé.

Querelles qui retentissent sur les historiens chargés de trouver une filiation à ce petit dessin, chacun prenant son parti, Martin Kemp, abondant dans le sens du propriétaire actuel, admettant réagir à l’instinct, tout comme quelqu’un reconnaît un visage dans la foule . Carmen Bambach, spécialiste du dessin Leonardesque au Met de New York a elle eu une intuition contraire puisque péremptoire Elle ne ressemble en rien à un Vinci. Thomas Hoving, feu le directeur du Met aurait tranché : Beaucoup trop jolie pour un Vinci, un artiste si acéré. Là où le flou entoure la foi de Peter Silverman, c’est l’équipe dont il s’est entouré, Kemp, Pedretti, Dickinson, les même s’étant par plusieurs fois illustrés dans des affaires de fausses attributions Leonardesque, exemple en 2007 avec un dessin de Sainte Anne, vendu alors 5millions d’euros, qu’il avait bien fallu rembourser l’année suivante…. Peter Silverman dans son jaridn d’œuvres d’art, enthousiaste ne désespère pas et s’attache à une empreinte palmaire partielle, dont il a trouvé l’exacte réplique sur la Belle Ferronnière conservée au Louvre. Dans son salon, Peter Silverman posséderait également un Faune en marbre qu’il pense être un Bernin, et un Christ en bois, qu’il attribue à Michel Ange, car dit il On a trouvé des griffures qui sont les mêmes.

Saatchi, Silverman, même combat pour les doux rêveurs de l’authenticité….

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