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Les politiques, l'égotiste et les oiseaux

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On a appris dans La Croix que “le tribunal administratif de Poitiers a rejeté la requête déposée par l’association du Festival du film francophone d’Angoulême qui demandait à être dispensée du remboursement d’une subvention de 85 000 € accordée en 2008 par la région Poitou-Charentes. Le conseil régional présidé par Ségolène Royal estimait que l’association avait indument perçu cette subvention. Dominique Besnehard, cofondateur du festival et proche de Ségolène Royal lors de la campagne de 2007 avant qu’ils ne se brouillent, a précisé qu’il n’était pas impliqué dans la gestion financière de cette association.“

Tiens, puisqu’on parle de femmes politiques en bisbille avec le cinéma, j’avais raconté il y a trois semaines, en citant un article du Monde , l’imbroglio autour du cinéma Le Méliès à Montreuil, et les tentatives d’évincer son directeur, Stéphane Goudet. J’ai reçu, suite à cette revue de presse, copie d’une longue lettre adressée en guise de droit de réponse par la maire de Montreuil, Dominique Voynet, au quotidien du soir. Qui en a publié un extrait choisi, très anecdotique, jugez-en : “Je tiens à rappeler , écrit Dominique Voynet, l’engagement de la ville pour son cinéma – trois salles aujourd’hui, et bientôt six, avec plus de mille cent fauteuils, pour un investissement total de 15 millions d’euros – et notre ambition culturelle – de conserver nos trois labels de qualité et d’exigence, mieux exposer les films pour donner à chacun d’eux la chance de rencontrer son public, aller à la conquête des populations aujourd’hui éloignées du cinéma, faciliter les rencontres autour des films, travailler avec d’autres, plasticiens, musiciens, metteurs en scène de théâtre, amoureux des livres…“ Tout ça ne mange pas de pain, et aurait pu être signé, il me semble, par le directeur actuel du Méliès , Stéphane Goudet…

Un film qu’on ne verra sans doute jamais dans ce fleuron de l’art et essai, ni nul part ailleurs, c’est le troisième film de Vincent Gallo, Promises Written in Water : il “ne sortira peut-être jamais en salles, explique Bruno Icher dans Libération . Terminé voici deux ans, le film n’a fait que deux apparitions publiques, à Toronto et Venise, en 2010, où il avait reçu un accueil goguenard. La projection de presse à la Mostra avait même donné lieu à un concert d’éclats de rires dès le générique, où Gallo apparaissait comme auteur, réalisateur, producteur, monteur et acteur principal. L’air fâché, le cinéaste affirmait un an plus tard dans un magazine danois que le film devait « reposer en paix », pour ne pas « être exposé aux sombres énergies du public ». La décision semblait irrévocable jusqu’au printemps dernier lorsque le nom de Vincent Gallo a surgi sur le programme de la biennale du Whitney Museum de New York. Or, l’acteur et réalisateur n’a pas donné signe de vie, et la biennale s’est achevée sans lui. Depuis toujours, précise le critique de Libération , Vincent Gallo réfléchit et travaille sur l’idée d’un culte qu’il semble se vouer à lui-même. Ses deux premiers films, Buffalo ’66 et The Brown Bunny, parfois horripilants d’égotisme, souvent vertigineux, en étaient d’éloquentes démonstrations. Il s’en amuse aussi. Sur son site internet, un petit chef-d’œuvre, il est possible de réserver Vincent Gallo comme escort boy (50 000 dollars la soirée, for ladies only) ou d’acheter son sperme pour une insémination artificielle (1 million de dollars). Au Whitney Museum, Jay Sanders, l’un des curateurs, avait manifestement compris dès le départ : « Dans un sens, soustraire (le film) de la vue du public peut faire fondamentalement partie de la démarche artistique », dit-il au New York Times.“

Ça n’a rien à voir, quoique, quelques 2 000 km plus au nord ouest, à Winnipeg, berceau de nombreux artistes givrés, dont notre chouchou le cinéaste Guy Maddin, on n’est pas dans la disparition, on est dans l’apparition de créatures aussi cinématographiques que cauchemardesques. “Psychose à Winnipeg , écrit le correspondant du Figaro à Montréal, Ludovic Hirtzmann. Les corbeaux attaquent. Les citoyens d’un paisible faubourg de la capitale du Manitoba, dans le centre du Canada, vivent un scénario digne des Oiseaux d’Alfred Hitchcock. Des hordes de volatiles terrorisent les résidents du quartier de Transcona depuis plus de trois semaines. « Les Corbeaux à l’attaque », titre le quotidien The Winnipeg Free Press. Les oiseaux protègent leurs nouveaux-nés et défendent leur territoire. Les habitants se couvrent de casques ou de grands chapeaux lorsqu’ils sortent de chez eux pour éviter les attaques en piqué des oiseaux noirs.

« Au début, c’était drôle, mais maintenant ça ne l’est plus. Ma femme doit prendre son parapluie pour aller travailler en autobus… Lorsque vous vieillissez, vous ne pouvez pas courir vite », a raconté l’une des malheureuses victimes, Leonard Chapko, au quotidien The Winnipeg Sun. L’affaire a pris les dimensions d’un film d’épouvante. Les chihuahuas et les teckels sont particulièrement visés par les grands oiseaux. Le syndicat des postes a suspendu les tournées du facteur. Les habitants doivent, à leurs risques et périls, aller chercher leur courrier dans un bureau de poste situé à 5 km.

Que fait la police, demandent-ils ? Rien. Les autorités n’ont encore pris aucune mesure. Elles estiment que le phénomène passera de lui-même, lorsque les corbeaux nouveau-nés auront des ailes.“

Rien d’étonnant qu’à Winnipeg, les cauchemars de cinéma deviennent réalité : Guy Maddin a souvent rappelé dans ses interviews que « le taux de somnambulisme à Winnipeg est dix fois plus élevé qu'ailleurs. » Vivement un remake des Oiseaux par l’auteur de Des trous dans la tête !

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