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L'étoile et l'amer

6 min

Ce soir, dans cette revue de presse, une arrivée, et un départ.

L’arrivée, c’est celle du jeune danseur Josua Hoffalt dans le monde très fermé des étoiles de l’Opéra de Paris, une accession au firmament qui ne va pas de soi, on s’en doute, et qui repose même sur un véritable suspense. “L’aura, l’aura pas ? , relate ainsi Rosita Boisseau dans Le Monde . Mercredi 7 mars, à la fin du ballet La Bayadère, de Rudolf Noureev, salué par des salves de rappels, un pied de micro argenté surgit devant l’immense rideau bleu nuit de l’Opéra Bastille, à Paris. Le directeur de l’Opéra de Paris, Nicolas Joel, et Brigitte Lefèvre, directrice de la danse, apparaissent. Deux minutes et deux blagues plus tard, c’est fait. Le premier danseur, Josua Hoffalt, 27 ans, a décroché le titre d’étoile de l’Opéra national de Paris. Standing ovation des 2 700 spectateurs de Bastille, émotion à gogo.

Secret de Polichinelle que cette nomination au grade le plus férocement désiré du ballet de l’Opéra ? , fait mine de s’interroger la critique danse du Monde , bien informée. Sans vendre la peau du tigre en peluche – Bayadère oblige ! – avant de l’avoir tué, les indices s’accumulaient. Hoffalt était distribué pour la première représentation d’une grosse production du répertoire classique entre deux étoiles, Aurélie Dupont et Dorothée Gilbert. Et, depuis le début de la saison, il a additionné les prises de rôle de premier plan dans Cendrillon, de Rudolf Noureev, et Onéguine, de John Cranko. Il n’empêche qu’une mauvaise prestation dans La Bayadère, un cafouillage dans les pics techniques, un dérapage dans les portés auraient tout bonnement annulé l’annonce. Autant dire le stress vécu pendant les deux heures et demie que dure ce ballet monstre par Josua Hoffalt. « On sait toujours plus ou moins que l’on va être nommé étoile mais jamais exactement quand, commente Dorothée Gilbert, nommée en 2007. J’espérais beaucoup que ça se passe mercredi pour Josua. J’ai essayé de le soutenir le plus possible. Evidemment, ça ne change pas grand-chose au fond, ça ne l’a sans doute pas empêché de se demander si le directeur était dans les coulisses tout en ayant peur d’être déçu, mais j’ai fait au mieux. »

La promotion au rang d’étoile est une anomalie dans le fonctionnement du Ballet de l’Opéra de Paris , explique Rosita Boisseau. Alors que l’on monte en grade dans la hiérarchie sur concours chaque année, c’est sur une proposition de Brigitte Lefèvre à Nicolas Joel qu’un danseur peut accéder à l’échelon suprême. Hoffalt a rejoint la petite équipe des huit étoiles masculines de la maison. Il sera à l’affiche de Dances at a Gathering de Jerome Robbins, au Palais Garnier, jusqu’au 31 mars, et de La Bayadère les 17, 20 et 22 mars. Cette dernière représentation sera filmée et diffusée en direct dans plus de cent salles de cinéma en France et en Europe.“ Une étoile sur un écran de cinéma, rien de plus logique…

Le départ, dont je vous parlais tout à l’heure, c’est celui, attendu, d’Olivier Py. Après un dernier tour de piste avec Die Sonne , qu’il met en scène et où il reprend le rôle fétiche de Miss Knife, chanteuse de cabaret, le directeur du théâtre de l’Odéon se prépare à faire ses cartons pour céder la place à Luc Bondy, nommé dans les circonstances que l’on connaît. Et c’est un Olivier Py plus qu’amer qui a profité de la promotion de son dernier spectacle au théâtre de l’Europe pour régler quelques comptes acerbes. Ainsi de cet entretien accordé à L’Express . A la question de Laurence Liban, qui lui demande dans quel état d’esprit il est, il répond : « Sérieusement ? Pas gai. Plus encore que le théâtre, je quitte des personnes avec qui j’ai travaillé pendant cinq ans. Je m’inquiète aussi pour la pérennité de notre action. Que restera-t-il des 800 heures passées dans les collèges ? Et du festival Impatience dédié aux jeunes talents ? Mais peut-être cela n’a-t-il pas d’importance pour le ministre de la Culture. » Comment se porte l’Odéon ?, lui demande la journaliste. « Je laisse une situation idyllique , répond modestement Olivier Py. Je me suis battu contre la tutelle pour ne pas augmenter le prix des places. J’ai réussi à obtenir des financements européens dont je ne profiterai pas. L’Odéon, c’est 11 millions de subventions et 16 millions de budget. Aujourd’hui, j’arrive à la conclusion, certes prétentieuse, que ce que l’on cherche à atteindre à travers moi, c’est une certaine idée du théâtre public sans stars mais avec une véritable politique sociale. Comment voulez-vous qu’un ministre de la Culture qui ne regarde que la télévision conçoive que les salles soient pleines sans vedettes ? C’est pourtant le cas. Quand j’ai présenté les chiffres de fréquentation, on m’a rétorqué que je les avais truqués ! » En 2014, vous prendrez la direction du festival d’Avignon, lui rappelle tout de même Laurence Liban… « Cela fait plus de dix ans que je gamberge sur le sujet , lui répond l’heureux nommé. Mais je n’ai pas de projet préfabriqué. Il me faut rencontrer les gens, concilier passé et présent en ayant à l’esprit l’ADN de ce festival. C’est à Avignon que je suis né à la politique, lors de mon premier spectacle dans le Off, en 1985, c’est là que j’ai fait la grève de la faim pour la Bosnie, l’année de La Servante, en 1995. J’aime ce que Jean Vilar appelait sa doctrine : “la nuit, le peuple, le texte, la fête“. » Après la Bosnie, pourquoi ne vous engagez-vous pas pour la Syrie ?, s’inquiète la journaliste de L’Express . « Mais je le fais ! , lui répond l’artiste engagé. En octobre dernier, une soirée de solidarité avec le nouveau Conseil national syrien a eu lieu en présence d’Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères. C’est aussi à l’Odéon qu’a flotté le drapeau palestinien en hommage à Mahmoud Darwich, que nous avons lancé le « Printemps arabe », bien avant les soulèvements de 2011, et que le premier syndicat de prostituées a été créé. J’en suis fier, mais, évidemment, cela agace. » Pourquoi ? « Oh, moi-même, je me trouve agaçant le matin. Agaçant d’avoir une ambition. D’avoir voulu être poète. D’être une pile électrique quinze heures par jour, d’avoir 1 000 idées à la fois. D’être catholique et de ne pas avoir peur de le dire. Mais je n’ai pas choisi d’être ce que je suis, impatient, fragile, enthousiaste. En revanche, je suis bien entouré. Et puis, à 46 ans, j’ai vieilli. Qu’on ne m’aime pas, je le comprends, mais cela ne doit pas m’empêcher d’être honnête face à mon bilan, ne serait-ce que par respect pour le travail de mon équipe. » Qu’aimeriez-vous dire au futur ministre de la Culture ?, lui demande pour conclure Laurence Liban. « Qu’il faut renoncer aux intermédiaires entre les artistes et lui. »

Histoire de pouvoir lui dire directement en face ce qu’il pense, plutôt que d’en passer par les journaux ?

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