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L'histoire de l'art à pile ou face

5 min

Le Louvre, à Lens comme à Paris, c’est de la culture. Mais c’est aussi du cul, à en croire la visite guidée très particulière qu’a suivie Yves Jaeglé, pour Le Parisien . “Le Louvre, le soir , raconte-t-il. Presque personne dans les salles pendant cette nocturne du mercredi, pourtant ouverte à tous. L’heure idéale pour flâner dans les recoins sombres du plus grand musée du monde. Avec un drôle de type qui vous a donné rendez-vous pour vous montrer « les plus belles fesses du Louvre ». Une visite d’une heure et demie, la durée d’un film, érotique et historique. « Vous allez voir la première main aux fesses de la soirée », sourit Bruno de Baecque, la cinquantaine, ancien comédien, guide breveté par le ministère du Tourisme. Il fait voir du pays. Comme cette sorte de cachette, salle E, ascenseur F, une petite salle de liaison avec des sculpteurs gothiques tardifs de l’Europe du Nord, où l’on ne va jamais, ou alors comme on traverse un corridor. Lui s’arrête, près de la fenêtre, devant une petite sculpture coquine, Centaure enlaçant une bacchante, du Suédois Johan Tobias Sergel. Un fessier féminin pris à pleine main. « Une œuvre d’obsédé », lâche le guide avec gourmandise. Mieux, Sergel a aussi sculpté un satyre dont le drapé ne cache pas la formidable érection, que la nymphe qui prend son bain regarde par en dessous, l’air de rien. « L’une des salles les plus chaudes du Louvre », avait prévenu le guide.

Il a l’œil, Bruno de Baecque , admire le journaliste du Parisien. Il sait même qu’avant, il y avait un banc entre les deux sculptures, qui permettait de belles contre-plongées il a été enlevé. Ça l’embête, parce que ses conférences s’intitulent « Vu sous cet angle » - il fait aussi « Les plus belles fesses du musée d’Orsay », ou « La violence » au Louvre, et même le Père-Lachaise, il ne pense qu’à « ça ». Pierres, plâtres, marbres, terres cuites, bronzes vibrent, maintenant qu’on y colle l’œil. On se retrouve soi-même dans de drôles de positions, à les regarder par-derrière, adossé à une fenêtre, le nez presque contre le fessier charnu et musculeux d’un Adonis géant. Vive le sport… Les dames se pâment. Et la Vénus de Milo, présentée comme « le premier déhanché de l’histoire de la sculpture grecque », on ne la voyait pas comme ça. Toucher, c’est interdit. Mais regarder de près et sous toutes les coutures, c’est permis. Avec ou sans guide. Bruno de Baecque aime les fesses de Dircée, signée du néoclassique Bartolini, ou celles du Hermès de Jean de Bologne. La mythologie comme réservoir à fantasmes. Devant La Mort de Sardanapale de Delacroix, l’une des plus célèbres toiles du musée, on se concentre sur la jeune femme du premier plan, qui vient visiblement de recevoir une fessée… On s’arrête longuement devant le dos délicieusement trop long de L’Odalisque d’Ingres. Le conférencier aurait pu ajouter le postérieur offert du modèle de François Boucher, l’une des poses alanguies, les jambes écartées, les plus provocantes de l’histoire de la peinture. La balade s’achève dans la salle des Caryatides, devant un Gaulois aux cuisses et fessier de sprinter olympique.

On n’a pas « fait » le Louvre. On s’est défait de quelques habitudes. On a changé de point de vue. On s’est rincé l’œil, admet enfin Yves Jaeglé, avec un alibi en bronze : être fou de fesses, ici, ce n’est rien d’autre que s’initier à l’histoire de l’art.”

Pour ceux qui s’intéressent au côté face de l’anatomie humaine, en particulier masculine, il faut se rendre à Vienne, où une exposition du Leopold Museum fait scandale. Je l’avais brièvement évoqué ici, Courrier International revient sur l’affaire avec deux articles, tirés des journaux tchèques Respekt et autrichien Falter . Dans ce dernier, Matthias Pusini écrit : “L’inauguration de l’exposition « Nackte Männer » (Hommes nus) a mis en émoi la capitale autrichienne. Des passants se sont plaints de l’affiche du Leopold Museum, qui montre trois footballeurs dans le plus simple appareil. L’image en question, intitulée Vive la France ! et signée Pierre & Gilles, donne à voir, de la tête aux pieds, des corps aux muscles trempés, dans la lignée de ceux des athlètes de l’Antiquité. Même si la chose ne pose aucun problème sur un plan légal (la représentation d’un pénis qui n’est pas en érection ne tombe pas sous le coup de la loi contre la pornographie), elle a heurté un certain nombre de citoyens. « Personne ne s’émeut de la femme nue de Klimt affichée depuis des mois dans le métro », rétorque Tobias Natter, directeur du Leopold Museum. Le gag un peu raide du marketing a été en tout cas efficace pour assurer la promotion d’une grande exposition. Et a prouvé que la question du genre, qui n’intéressait autrefois que des minorités, est désormais à l’ordre du jour dans les musées. L’exposition viennoise retrace l’histoire du héros de marbre antique, tombé de son piédestal à l’époque moderne […] A Linz, le musée Lentos a inauguré quasi simultanément l’exposition « Der nackte Mann » (L’homme nu). Cette exposition part elle aussi de l’idée que l’image de l’homme comme symbole de force et de volonté est profondément écornée. Le corps nu y est vu moins comme un symbole sexuel que comme un objet privilégié sur lequel la société projette ses angoisses. Les commissaires des deux expositions se sont attaqués à un thème loin d’être aussi facile à appréhender que le suggère la platitude publicitaire du « sexe qui fait vendre ». Stella Rollig, la commissaire de l’exposition de Linz, évoque la longue histoire de l’humiliation des femmes au travers des représentations sexistes et souligne qu’il n’est « pas question de retourner cette arme contre les hommes en étalant des pénis aux yeux de tous ». Au-delà de la lutte des féministes contre la tendance à rabaisser les personnes en faisant étalage de leur intimité, il reste qu’il n’est pas facile de couvrir les murs de nus masculins. […] « La nudité féminine est banale, la nudité masculine a quelque chose d’extraordinaire », pouvait-on lire dans l’hebdomadaire hambourgeois Die Zeit. Mais pourquoi ? Daniela Hammer-Tugendhat, professeure à l’université des arts appliqués de Vienne, et pionnière en Autriche d’une approche féministe de l’histoire de l’art, a sa petite idée sur la question : « Depuis le début de l’époque moderne, la sexualité masculine est exclue du champ des représentations. » Et de compléter : « La femme est le corps, l’homme est l’esprit. Jusque dans l’acte sexuel… »

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