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Licence & franchise (par Thibault Henneton)

6 min

« Disney didn't buy Star Wars. The Empire claimed Disney »

D. Mendoza, Twitter,

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— 💡Dave Mendoza (@_Mendoza) November 30, 2012

« Michel, do whatever the fuck you wanna do, as long as your name is in the credits. ». « Michel, tu fais ce que tu veux on s'en fout tant que ton nom apparaît au générique ». Les producteurs de Disney se seraient adressés en ces termes à Michel Houellebecq. Edouard Launet du journal Libération nous apprend que l'écrivain « vit à Los Angeles, [et que] les studios Disney l'ont embauché pour écrire le scénario de l'épisode VII de Star Wars. L'empire de Mickey n'a pas racheté Lucasfilms pour remplir le vieux pot avec la même soupe, il s'agit donc de donner un grand coup de jeune à la série intergalactique. ». De quoi donner du crédit à cette hypothèse [1], les propos de Georges Lucas lui-même en 2009 dans Le Figaro : « L'idée de base de Star Wars a toujours consisté a stimuler la créativité des enfants et des adolescents. J'ai toujours souhaité que ces galaxies lointaines, ces batailles au sabre laser, la mystérieuse Force […] puissent inspirer les jeunes. Qu'ils se mettent à apprendre à penser « en dehors de la boîte » en dehors du prêt-à-penser des grands systèmes de société . » [2] ; « Farouchement indépendant, maniaque du contrôle, résolument à part au sein du système hollywoodien, George Lucas aura pourtant fini par céder aux sirènes de l'usine à rêves » raconte Olivier Delcroix toujours dans Le Figaro . « [Georges Lucas] obtient dans cette transaction 2% du capital de Disney et 2 milliards de dollars en numéraire. « La façon dont je vois la partie financière de l'opération, c'est que j'investis dans Disney » s'amusait d'ailleurs Lucas au moment de l'annonce surprenante [3] de la vente de sa firme le 30 octobre dernier [4]. L'auteur de « la Guerre des étoiles » a annoncé dans la foulée « qu'il allait reverser la majorité de ses plus-values à des oeuvres caritatives ». Réaction à chaud de Peter Biskind dans Le Monde : « Dans les années 70, Georges Lucas était un rebelle. C'est impossible à imaginer aujourd'hui, alors qu'il est une puissance conservatrice majeure de l'économie du cinéma. ». Ce même Georges ne déclarait-il pas, lors de l'annonce officielle de la vente, que « La taille et l'expérience de Disney donne[ront] à Lucasfilm l'opportunité d'ouvrir de nouvelles voies dans les films, la télévision, les médias interactifs, les parcs à thème, le divertissement et les produits de consommation » ? De fait, écrit Bruno Icher dans Libération , « cette acquisition a fait franchir à Disney une marche supplémentaire dans la domination de l'industrie du divertissement mondial » « Disney met ainsi la main sur l'une des marques les plus puissantes du cinéma, déclinable sur tous les supports, à l'instar de James Bond, ou de Harry Potter » poursuit Alain Beuve-Méry dans Le Monde , tandis que pour Renaud Baronian, du Parisien , « le meilleur semble à venir : non content de mettre la main, […] sur des franchises comme « Indiana Jones » ou le studio responsable des effets spéciaux de la plupart des blockbusters hollywoodiens [...], Disney RELANCE la saga de « la Guerre des étoiles », dont les six films ont engendré plus de 4 milliards de recettes à ce jour ». A vrai dire, « La mécanique du succès est devenue simple. Tous les ans, Disney peut sortir deux voire trois films basés sur ses franchises. » C'est Enguérand Renault qui détaille cette mécanique dans le cahier saumon du Figaro. Il commence par rappeler que « pour constituer son catalogue, Disney a déboursé 15 milliards de dollars en six ans pour racheter successivement Pixar [où l'on retrouve déjà Georges Lucas ainsi que Steve Jobs], Marvel et Lucasfilm. […] en 2011, il a porté sur les écrans du monde entier Pirates des Caraïbes 4, produit par Disney, Cars 2, produit par Pixar, et Captain America, produit par Marvel. La machine est bien huilée. […] La première année, il récolte les recettes de box-office […] La deuxième année, Disney engrange les ventes des DVD et des droits vendus aux chaînes de télévision […]. La troisième année, les films rapportent encore de l'argent grâce aux vidéos, aux télévisions, aux figurines, aux magazines, aux licenses marketing, aux jeux vidéo... Enfin tous ces personnages font leur apparition dans les parcs à thème du groupe. » « profits quasi-garantis, avec un minimum de risques. » résume Alain Beuve-Méry dans Le Monde [5]. Et cela a le don d'agacer Peter Biskind, pour qui « les franchises détruisent Hollywood, elles détruisent les studios, elles détruisent les films. ». Et de rappeler que Georges Lucas « est l'un des architectes de cette situation. [Il] a placé son énergie dans l'exploitation des produits dérivés. Il a été un pionnier de cette stratégie, et l'a exploitée à mort. ». Alors Lucas fossoyeur de sa propre œuvre ? [6] « Reste un risque, souligne en effet Renaud Baronian du Parisien : on a constaté, avec l'exemple Marvel, que Disney a tendance à surexploiter ses franchises, en sortant de nouveaux superhéros à un rythme effréné. ». Pour l'heure, sur la Toile, les spéculations vont bon train quant au réalisateur de l'épisode 7 Matthew Vaughn (auteur de Kick-Ass ) tiendrait la corde [d'après un acteur dont la langue a fourché]. Mais Jon Favreau (Iron Man ) ou David Fincher (Fight Club ) feraient aussi partis de la short-list . Quant au scénariste, on le connaît déjà : il s'agira de Michael Arndt, déjà derrière le scénario de Toy Story 3 (et de Little Miss Sunshine ). Pas de Houellebecq en vue donc. Outre les suites, et la série animée The Clone Wars déjà dans les tuyaux, Disney a également annoncé la production de spin-off (séries dérivées)... Alors qu'adviendra-t-il de la saga ? Pour citer l'incipit d'un autre George Lucas, Georg Lukács, dans La théorie du roman : « Bienheureux les temps qui peuvent lire dans le ciel étoilé la carte des voies qui leur sont ouvertes et qu'ils ont à suivre ! Bienheureux les temps dont les voies sont éclairées par la lumière des étoiles ! ».

[1] Houellebecq acteur plus tôt cette année dans L'affaire Gordji un téléfilm de Canal (juin) où il jouait un directeur de la DST, qui doit donc être plutôt bien renseigné si l'on ajoute à cela le fait que Ewan McGregor, le Obi-wan Kenobi de la dernière trilogie, est en train de lire Plateforme du même auteur... l'hypothèse gagne encore en probabilité.

[2] Propos auxquels on peut ajouter ceux-ci « J'ai toujours cru que Star Wars me survivrait et je pense qu'il était important de mettre la transition en place de mon vivant » Sans doute Lucas a-t-il été vexé du non-événement qu'a constitué son dernier film Red Tails (qui n'est pas sorti en France) après le faible succès critique (quoique populaire) de la dernière trilogie Disons encore que le passage de relais était dans l'air depuis un an avec l'arrivée de Kathleen Kennedy, la productrice de Spielberg, chez Lucasfilm, rapporte encore Olivier Delcroix dans Le Figaro.

[3] Les quelques personnes au courant du rachat ont su conserver le secret, mais ils étaient sans doute moins nombreux que ceux au courant de l'assaut contre Ben Laden, plaisantait le chef de Disney Alan Horn sur Vulture, un blog du New York Magazine [Lequel Alan Horn a été naguère débauché de Warner Bros où il chapeauta notamment The Dark Knight et une autre franchise... Harry Potter.]

[4] Tout en sachant qu'en 2008 Lucas affirmait encore dans le LA Times : « Il n'y a plus d'histoire à raconter ». Il sera consultant créatif pour l'épisode VII.

[5] Ce qui tend à faire du traditionnel Disney de Noël – qui a cette année pour titre Les mondes de Ralph et qui sort demain dans les salles françaises –, la seule création vraiment originale de Disney ?

[6] Il est vrai que les fans le disent déjà depuis des décennies, cf. « Georges Lucas vs Star Wars : une histoire intergalactique d'amour et de haine » qui dure depuis 1977.

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