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Listes de lecture

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Que lisent vraiment les Français ? Le Figaro a publié hier son palmarès annuel, en collaboration avec le cabinet GFK, qui se base sur les ventes réelles et tient compte de l’édition de poche. Et qui arrive en tête ? Guillaume Musso, pour la quatrième fois consécutive, avec 1 631 200 exemplaires écoulés. En revanche, surprise, « Katherine Pancol fait une forte percée [à la 2ème place] au détriment de Marc Levy. [Et] Patrick Modiano profite de l’effet Nobel” , qui le place en 6ème position avec 707 000 exemplaires. “Avec le prix Nobel de littérature attribué le 9 octobre, l’auteur de Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, chez Gallimard, a connu une année extraordinaire. Nouveauté et titres en poche (chez Folio) ont également tiré profit de l’effet Nobel.” Un autre effet risque de propulser l’an prochain un vieux de la vieille au palmarès. “Parfois, l'Histoire exécute une longue enjambée à travers les siècles. Car quel est le point commun entre mars 1762 et janvier 2015 ? , nous demande Mohammed Aïssaoui, toujours dans Le Figaro. Voltaire ! , nous répond-il. Son nom était prononcé par de nombreuses personnes lors de la marche républicaine du dimanche 11 janvier. Et, en particulier un de ses livres, qui était sur toutes les lèvres : Traité sur la tolérance. Cela a eu un effet incroyable sur les ventes. « Oui, il se passe quelque chose, nous avons déjà vendu 120 000 exemplaires et nous procédons à une nouvelle réimpression », affirme-t-on chez Folio, qui le publie dans sa collection « Folio 2 € ». Dans les autres maisons, chez « Librio » à 2 € [également], Le Livre de poche, GF Flammarion… on remarque également ce « pic » étonnant. Dans les ventes en ligne, l'ouvrage figure dans les premières places (premier dans la catégorie « ouvrages de référence » ou « livres de philosophie »). Parmi les livres numériques, il est le huitième titre le plus téléchargé gratuitement… Peut-être ce succès est-il un malentendu, comme beaucoup de succès ? , s’interroge le critique du Figaro. On retient le titre – Traité sur la tolérance –, mais on oublie sans doute le sous-titre : À l'occasion de la mort de Jean Calas. Ce livre a été écrit après l'exécution du protestant Jean Calas, mort des coups donnés sur la place publique de Toulouse, le 9 mars 1762. Le philosophe des Lumières était convaincu de l'innocence de Calas – on l'avait accusé sans preuve d'avoir assassiné son fils parce qu'il s'était converti au catholicisme, le procès a été expéditif et sans contradicteur. Jean Calas a toujours clamé son innocence. Voltaire, comme d'autres grands écrivains, a mis sa plume au service de son indignation. Le court texte a été publié en 1763. Au fil des ans, jusqu'à aujourd'hui, on a peut-être oublié le contexte de ce traité. Mais il n'en demeure pas moins comme le symbole de la liberté de pensée et une dénonciation du fanatisme.” De quoi Le Seigneur des anneaux est-il le symbole ? Et méritait-il une correction ? “Oui ! , affirme Sophie Bourdais dans Télérama. Sans renier la traduction originale, signée Francis Ledoux, et publiée un an après la mort de J.R.R. Tolkien (en 1973), il faut bien reconnaître ses erreurs et ses approximations, en sus d’une élégance un peu surannée. Traducteur de Dickens et de Poe, Ledoux ne baignait pas dans l’univers de la Terre du Milieu. Il ne connaissait pas les inédits de Tolkien, édités après sa disparition par son fils Christopher. Et il n’avait pas accès à la réflexion collective alimentée, sur le Web, par des fans aussi pointilleux qu’érudits. En fin connaisseur, le Québécois Daniel Lauzon s’est donc attelé à retraduire Le Seigneur des anneaux. La lecture du premier tome, récemment paru (chez Christian Bourgois), procure un grand plaisir littéraire , assure la journaliste de Télérama. Le texte coule comme le Grand Fleuve de Lothlórien, les musiques des dialogues et des poèmes sont finement rendues, et l’on s’habitue vite aux nouveaux noms des personnages et des lieux, choisis selon les directives de l’auteur, philologue émérite passionné par les questions de traduction.” Musso, Voltaire et Tolkien figureront-ils sur la liste de lecture de Mark Zuckerberg ? « Mon défi pour 2015 sera de lire un livre toutes les deux semaines , annonce le fondateur et PDG de Facebook, en me focalisant sur les cultures, les croyances, l’histoire des peuples et la technologie » , a relevé Camille Gévaudan dans Libération. Pour en faire profiter tout le monde, il a même ouvert pour l’occasion un club de lecture virtuel ( A Year of Books ) sur son réseau social. A l’heure où Libération écrit ces lignes (c’était le 7 janvier), 191 000 internautes y sont déjà inscrits et les prescriptions de l’entrepreneur risquent bien d’enrichir quelques éditeurs : son premier choix de titre, The End of Power – un essai de Moisés Naim, ex-ministre du Commerce du Venezuela – a bondi de la 44 369e à la 10e place des meilleures ventes sur Amazon. Sans doute ennuyé par la vie facile de bébé milliardaire, ce cher Zuckerberg (30 ans au compteur) a pris l’habitude de s’imposer chaque année des contraintes pour devenir un homme meilleur. Il s’est ainsi mis au mandarin, et a décrété en 2011 qu’il ne mangerait, durant un an, que la viande tuée de ses propres mains… comptant sur Facebook les cochons et chèvres égorgés, au grand dégoût de tous ses « amis ». Le club de lecture semble plus consensuel.”

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