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L'opéra pour tous (par Christophe Payet)

4 min

Carmen, c'est environ 15 000 spectateurs en France. Non pas parce que l'opéra de Bizet a été joué dans un stade, mais tout simplement parce qu'il a été retransmis en direct dans les complexes de cinéma UGC. Et toutes les salles affichaient complet, nous apprend le journal La Scène.

« Chaque mois des milliers de spectateurs assistent à un opéra au cinéma », écrit la journaliste Tiphaine Le Roy.

Ce type d'initiatives a été lancé en 2006 par le Metropolitan Opera de New York. Aujourd'hui, des centaines de cinémas proposent la même formule partout en France.

L'Opéra national de Paris s'est associé à UGC et 70 autres établissements partenaires pour son programme Viva l'opéra !

Dans les Gaumont Pathé, les spectateurs peuvent assister aux spectacles du Metropolitan Opera.

Tandis que CGR et environ 150 établissements partenaires retransmettent les productions du Royal Opera House de Londres.

En direct ou en différé, « environ 10 000 entrées sont réalisées par oeuvre en opéra ou en ballet ».

Cette formule pourrait donc apparaître hâtivement comme la recette miracle à la démocratisation de l'opéra. « Nous souhaitons initier à l'opéra les personnes qui ne pouvaient pas ou n'osaient pas y aller », explique Alain Duault, programmateur de Viva l'Opéra. « Pour la première saison il y a trois ans, j'ai commencé sur des oeuvres très célèbres, populaires, du répertoire français et italien. Cette année nous ajoutons des opéras de partout en Europe ».

Les séances sont par ailleurs précédées d'un propos introductif. Une sorte de substitut au livret, en quelques sortes.

En réalité, la grande démocratisation de l'opéra n'est qu'un fantasme. D'après Laurent Métivier, directeur général d'Opéra de Paris Production : « Le public reste assez similaire dans les cinémas à celui de nos salles ». A la nuance près que les gens viennent plus en groupes d'amis ou en famille.

« Interroger quelques spectateurs d'opéra au cinéma permet de vérifier ce profil de public averti », confirme Tiphaine Le Roy. Ainsi un spectateur tourangeau apprécie « le fait de bien voir alors qu'à l'opéra les places bon marché ont une visibilité moyenne ».

Mais l'opéra au cinéma pourrait aussi avoir un effet pervers. « L'accessibilité à des oeuvres de maisons de réputation internationale inquiète certains opéras plus proches du public », observe la journaliste. Il en est ainsi de Yannick Guin, vice-président du comité syndical d'Angers Nantes Opéra. Ce dernier craint une mise en concurrence à terme entre ces prestigieuses retransmissions et l'opéra local.

Mais pas de craintes, le public, puisqu'il est averti, ne s'y trompe pas.

Le cinéma a l'avantage d'offrir des spectacles exceptionnels certes. Mais il a aussi des inconvénients. Une amatrice de ballets regrette par exemple les cadrages « trop serrés et qui empêchent de voir les mouvements sur la scène. »

Sentiment confirmé par un spectateur à Tour : « Il manque une partie de l'émotion d'un spectacle adapté à la magie d'un lieu, et une acoustique naturelle ».

L'intérêt de l'opéra au cinéma est donc particulièrement fort dans des territoires éloignés du spectacle vivant. C'est le cas à Dinan ou Dinad, dans le nord de l'Ille-et-Vilaine. Les représentations d'opéra les plus proches sont à Rennes. Et le cinéma local accueille 150 à 180 spectateurs les soirs de direct.

« Plus qu'un substitut , conclut Tiphaine Le Roy, l'opéra au cinéma semble s'envisager comme un complément à la fréquentation d'établissements de spectacle vivant ».

Dans les grandes villes, pour attirer un public différent, le plus efficace reste peut-être de proposer une programmation différente. Ou en tous cas adaptée et plus accessible. C'est ce qu'à fait l'Opéra Bastille, en proposant un « Ring » de Wagner miniature spécialement pour les plus jeunes.

« Resserrer en 1h40 cette fresque mythique qu'est la Tétralogie, opéra-fleuve d'une durée pouvant aller jusqu'à 17 heures, était un défi », note Sylvie Kerviel dans Le Monde.

Mais cela semble plutôt réussi. Pour la journaliste, « l'ambiance d'heroic fantasy donnée par la mise en scène de cet opéra (…) se révèle un moyen habile de capter l'attention des enfants ».

Il est vrai que les aventure du prince guerrier Siegfried combattant nains géants et dragons, résonne avec l'univers de ce jeune public nourri au cartes Magic, figurines de troll et à l'univers des Hobbits de Tolkien.

Le nombre de musiciens de l'opéra de Wagner a du être réduit. D'une centaine à l'origine, ils n'étaient plus que 16, sous la direction du chef d'orchestre Marius Stieghorst. Cela a nécessité une adaptation par la classe d'arrangement du conservatoire national supérieur de musique de Paris pour conserver la « puissance », « l'amplitude » et les « couleurs » d'origine.

« Au cours du spectacle, on surprend plusieurs enfants chantonnant des passages de la Walkyrie ou du Crépuscule des dieux » , constate Sylvie Kerviel. « Mais dès le salut final, c'est vers le fameux chaudron, contenant le philtre qui mena Siegfried à sa perte (...) que tous se précipitent ». Et ça, jamais cela ne sera possible au cinéma.

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