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L'un reste, l'autre part ?

4 min

(Par Claire Mayot)

« Lui qui se dit « italien de cœur » et possède un appartement à Milan a peut-être déjà goûté à une autre des spécialités péninsulaires : le conflit d’intérêt », écrit Philippe Ridet dans le Monde.

Lui ? C’est Alexander Perreira, le prochain directeur de la Scala de Milan et actuel directeur du festival de Salzbourg. C’est là que le bât blesse. En effet, « prié de communiquer par avance au conseil d’administration de la Scala les spectacles qu’il entendait présenter, il a cité sept opéras venus tout droit de Salzbourg », apprend-on dans le Monde. « Il s’est donc trouvé aussitôt coiffé de la double casquette de vendeur autrichien et d’acheteur italien. Même pour un homme qui passe pour un brillant leveur de fonds, c’est trop », écrit le journaliste.

Alexander Perreira s’en est expliqué dans le quotidien italien La Stampa. » D’abord, les spectacles pour lesquels j’ai signé une lettre d’intention ne sont pas au nombre de sept mais de quatre » a-t-il tenu à préciser. Alors y’a-t-il conflit d’intérêt ? « Cela s’appelle une opportunité, répond Perreira. Salzbourg a de très belles productions qu’elle ne présentera plus. La Scala les achète à un prix bradé. Où est le scandale ? »

Pas sûr que ces déclarations aient apaisé la polémique car comme le rappelle Philippe Ridet dans Le Monde « La Scala de Milan étant aussi un lieu d’intrigues où se mêlent tous les pouvoirs de la cité lombarde, la politique s’en est mêlée : La Ligue du Nord et Forzia Italia ont pris le directeur pour cible en demandant sa démission pour mieux atteindre le président du conseil d’administration de la prestigieuse scène lyrique qui n’est autre que le maire de Milan, Giulano Pisapia, lequel s’est vu demander à son tour des explications par le Ministère de la culture. »

« La question de son maintien est posée », écrit Philippe Ridet mais Alexander Perreira l’affirme : « Je me battrai pour rester »

Il en est un qui reste, c’est Serge Dorny, le directeur de l’Opéra de Lyon et cela suscite l’irritation, a-t-on lu dans Libération. Alors qu’il avait obtenu il y a quelques mois la direction de l’Opéra de Dresde, il avait été limogé brutalement fin février. « Il n’avait pas réussi à instaurer(..) un climat de collaboration profitable et basée sur la confiance avec le personnel artistique et administratif de l’Opéra, avait expliqué la Ministre de la culture du Land de Saxe.

Une mésentente sur laquelle Serge Dorny est revenu vendredi dernier lors de la conférence de presse de présentation de la saison 2014/2015. « Qualifiant l’Opéra de Dresde de « musée figé dépourvu de sens de l’opéra » et de « mausolée », il a répondu vendredi qu’ « une institution qui cesse de chercher est une institution morte »… La vengeance est un plat qui se mange froid …

Si Serge Dorny pensait s’éloigner des querelles en restant à Lyon, force est de constater que l’ambiance n’y est pas meilleure. D’abord au sein même de l’institution puisqu’ « un collectif de salariés artistes, administratifs et techniques a dénoncé dans une lettre anonyme un climat social profondément détérioré » apprend-on toujours dans Libération. Son sens de la diplomatie retrouvé, Serge Dorny a précisé « qu’il aurait pu ignorer cette lettre mais qu’il a souhaité rencontrer l’ensemble des délégués et des représentants de tous les services. » POur le journaliste de Marianne, Benoit Duteurtre, ce sont aussi les lyonnais qui « acceptent mal cette logique de carrière, à leurs yeux méprisante, dans une grande ville musicale où certains élus s’interrogent sur le coût de leurs orchestres et de leur opéra », écrit-il.

Une désaffection des politiques sur laquelle il revient longuement dans cette enquête de Marianne consacrée aux coulisses de l’Opéra. Interrogée sur ce manque de soutien aux élus locaux, le directeur de l’Opéra de Rennes, Alain Surrans est formel : « Tout a basculé avec Jean-Pierre Raffarin déclarant sa flamme à Johnny Hallyday. »

Et Benoît Duteurtre de commenter : « Ceux-là devraient s’aviser que l’opéra n’est pas seulement un lieu mondain, un tunnel de deux heures, un long chant de diva dont il faut suivre le texte accroché au plafond. Pour les villes qui ont la chance d’en bénéficier, un théâtre lyrique est aussi l’instrument d’une activité artistique permanente, avec ses techniciens, ses choristes, ses musiciens, ses ateliers » lance le journaliste, un brin lyrique, précisément.

Il poursuit : « Aujourd’hui, nombre de jeunes chanteurs déplorent que le réseau d’opéras français offre de moins en moins la possibilité de perfectionner leur métier parce qu’on préfère diminuer le nombre de productions, voire faire venir des spectacles clé en main – bref- tout sacrifier aux considérations à court terme, plutôt que d’entretenir une magnifique exception… »

Des difficultés que connaissent trop bien les artistes roumains, si l’on en croit La Croix qui titre sur la Renaissance de l’Opéra national roumain, impulsé, apprend-on, par son jeune directeur Razvan Dinca. « Je veux faire entrer notre Opéra dans un circuit européen, déclare-t-il. Malheureusement, nous n’existons pas aujourd’hui, nous sommes en périphérie des grandes scènes. Nos artistes sont reconnus partout, mais personne ne se bat pour monter un spectacle ici .»

A »A ceux qui déplorent la trop grande mise en valeur des artistes étrangers au détriment des roumain, la nouvelle direction oppose le manque actuel de grands talents dans le pays. La tendance pourrait s’inverser, parie La Croix.

Bucarest, nouvel eldorado de l’art lyrique ? De quoi faire rêver Marianne …

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