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L'une ouvre, l'autre ferme

8 min

Dans la vie mouvementée du spectacle vivant, il y a des salles qui ouvrent, et d’autres menacées de fermeture.

La salle qui ouvre, enfin, qui va ouvrir, c’est « la Fabrica ». René Solis, vous en avez parlé dans Libération , mais comme vous êtes parmi nous ce soir, je vais laisser un de vos confrères nous le raconter… “La « Fabrica ». Avec un A comme artiste , note Nathaniel Herzberg dans Le Monde A comme Avignon A comme ces terminaisons latines, méditerranéennes, provençales. Manière d’annoncer la volonté de s’ancrer encore davantage sur un territoire. Jeudi 23 février, le Festival d’Avignon a présenté au public les premières images du projet de « lieu de répétitions et de résidence » qui devrait ouvrir ses portes avant l’édition 2013. « C’est un moment important et émouvant pour nous qui menons cette aventure depuis bientôt six ans », a insisté Hortense Archambault, codirectrice de la manifestation.

L’ouverture de cet espace de 4 000 mètres carrés marque une nouvelle phase dans l’histoire du Festival. Certes, comme l’a rappelé l’autre directeur, Vincent Baudriller, Jean Vilar lui-même, fondateur de l’institution, estimait, dès 1966, qu’ « un lieu de travail et de répétitions, c’est ce qui nous manque le plus actuellement ». Il n’empêche : depuis toujours, l’absence d’espaces de répétitions a constitué une contrainte presque identitaire du Festival, obligeant l’institution à collaborer avec d’autres, à jongler parfois. « L’artiste associé de la prochaine édition, Simon McBurney, doit sauter entre différents sites pour préparer le spectacle qu’il jouera dans la cour d’honneur en juillet, poursuit Vincent Baudriller. Plymouth, Luxembourg, le Barbican Center à Londres, quelques jours ici, quelques jours là. Et encore, il n’a pas forcément les mêmes dimensions scéniques. »

Car c’était là une des contraintes du projet : prévoir une salle qui offrirait aux artistes les conditions de la cour d’honneur du Palais des Papes. L’architecte Maria Godlewska a ainsi conçu un bâtiment principal avec un plateau de 38 mètres de large et 24 mètres de profondeur. Un espace flexible, susceptible de reproduire les diverses configurations offertes aux artistes dans les multiples lieux du Festival. Un outil isolé par une enveloppe de béton de 40 cm d’épaisseur, et disposant d’une hauteur de 12,5 mètres lui permettant d’accueillir toutes les formes de spectacles pendant l’été.

Car juillet venu, la grande salle de la Fabrica se munira de gradins pour recevoir six cents spectateurs. « Il y a quelques années, nous voulions déjà accueillir Simon McBurney, se souvient Vincent Baudriller. Mais Disappearing Number , qu’il jouait alors, ne pouvait pas se monter en extérieur et aucune de nos salles n’était assez haute. Ce genre de mésaventure nous arrive régulièrement. Notre directeur technique voit le spectacle et dit : non, on ne peut pas. Là, on pourra. »

Toute l’année, donc, les organisateurs offriront aux compagnies un espace de travail, et les accueilleront en résidence. A côté de la grande salle, Maria Godlewska a conçu un second bâtiment inspiré des cloîtres avignonnais. Dix-huit studios entoureront un patio central. Enfin, un foyer a été prévu pour permettre des rencontres avec les habitants du quartier. Car c’est là encore un des choix forts du Festival et de ses bailleurs de fonds : implanter la Fabrica entre les quartiers populaires de Monclar et de Champfleury. « Un des principaux défis de la politique culturelle consiste à combattre les risques de fracture qui minent notre société », a déclaré le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, venu lancer le projet. La maire d’Avignon, Marie-Josée Roig, a elle aussi insisté sur l’importance de cette localisation, « point d’orgue de la politique de requalification des quartiers ouest. » Du reste, c’est en migrant de l’île de la Barthelasse à Monclar que « la fabrique », comme on l’appelait alors, a emporté l’adhésion. Initié en 2006, deux ans après l’arrivée de Baudriller et Archambault à la tête du Festival, le projet avait décroché dès 2007 les financements de l’Etat et de la région, pour 2,5 millions d’euros chacun. Mais la ville et le département traînaient des pieds. Trois ans et une migration vers l’ouest plus tard, les deux collectivités signèrent à leur tour. Sauf qu’entre-temps, le coût de construction avait flambé. Avec la même enveloppe de 10 millions d’euros, il a fallu faire des choix. L’atelier de décors, initialement prévu, s’il figure sur les plans, a été renvoyé à une « deuxième tranche ». Car il faut faire vite. Inscrit dans le plan Etat-région 2007-2013, le chantier devrait commencer en mai 2012 pour s’achever en juin 2013. Avec, en guise de feu d’artifice inaugural, en juillet, un spectacle du groupe F, vedettes internationales et champions régionaux (ils sont installés près d’Arles) de l’art pyrotechnique. Pour Hortense Archambault et Vincent Baudriller, ce sera le bouquet final. En septembre 2013, ils passeront la main au nouveau directeur, Olivier Py.“ , rappelle pour conclure Nathaniel Herzberg.

Le jour même de la parution de cet article, Le Monde , lui encore, nous informe sous la plume de Clarisse Fabre que le Théâtre Paris-Villette se sent menacé. Croyant malgré tout dans son avenir, il a “organisé une fête de soutien vendredi (dernier) dans la soirée. « Nous voulons rassembler les forces, et dessiner un portrait de ce théâtre avec les artistes qui ont marqué son histoire », résume son directeur, Patrick Gufflet. Ce théâtre défricheur, où le metteur en scène Joël Pommerat fut programmé à ses débuts, est subventionné à 97% par la Ville de Paris, à hauteur de 865 000 euros, mais Patrick Gufflet ne sait pas si la subvention sera versée en 2013. Le bâtiment du théâtre appartenant à l’Etat, il s’est tourné vers le ministère de la culture pour obtenir son soutien. En attendant, le Paris-Villette a mis en place un site Internet, Lebaiserdelamatrice.fr, où on peut exprimer son soutien, moyennant une règle du jeu : se filmer, grâce à une caméra reliée à l’ordinateur, tout en lisant une page d’ A la recherche du temps perdu, de Marcel Proust.“

Si la pétition reçoit autant de soutiens qu’il y a de pages dans la Recherche , il y aura en effet de quoi impressionner les financeurs !

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