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Malaise dans la culture

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“Le jeudi 18 décembre , nous informe Politis, la CGT-Spectacle appelle à une journée d’action et de grève à l’occasion du Conseil national des professions du spectacle. Au cours de ce CNPS, le syndicat pourra interpeller la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, notamment sur le dossier des intermittents, la baisse des dotations aux collectivités locales et la réforme territoriale. « Dans un contexte de baisse du budget, alerte le syndicat, il s’agit encore de réduire l’intervention publique, dont on sait qu’elle est pourtant un levier essentiel à l’activité, donc à l’emploi. Où est la politique culturelle promise ? Quelle ambition et quels moyens pour la démocratisation, l’accès de tous les publics ? » Et la CGT-Spectacle n’est pas seule… “Une instruction à charge. Ainsi pourrait-on , écrivent Elisabeth Franck-Dumas et Clément Ghys dans Libération, résumer la succession d’interventions de comédiens, metteurs en scène et directeurs d’institutions culturelles réunis mercredi soir à l’appel du Syndeac (Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles) au théâtre national de la Colline, à Paris, pour interpeller le gouvernement et l’appeler au maintien du réseau culturel français, dont ils ont constaté « l’effritement déjà visible » .” Parmi eux, Jean-Michel Ribes, directeur du théâtre du Rond-Point : « J’étais d’accord pour dire que chacun devait participer à l’effort national, mais là, j’ai le sentiment que l’on prend la culture pour quelque chose de pas indispensable. Je pense exactement le contraire. En temps de crise, ça devrait être une cause nationale. » Ou encore Madeleine Louarn, metteure en scène au théâtre de l’Entresort, à Morlaix : « Beaucoup d’élus d’une nouvelle génération s’intéressent peu à la culture et la voient comme un divertissement. Ils n’hésitent plus à intervenir dans les programmations, relayant parfois les populismes les plus rances. » « Il ne faudrait pas que la gauche soit responsable des difficultés des compagnies et centres d’art », [avait] attaqué Laure Adler, ex-directrice de France Culture, devant un public de plusieurs centaines de spectateurs. « Une sorte de réarmement idéologique est en marche », a poursuivi le comédien Hervé Pierre, lisant un texte coécrit par le metteur en scène Stanislas Nordey, Emmanuelle Béart et Denis Podalydès. « La faucheuse est en place », a enchaîné Jean-Paul Angot, directeur du MC2, la maison de la culture de Grenoble. En cause, les coupes budgétaires menaçant de nombreuses manifestations et institutions culturelles, mais aussi le très inquiétant virage « populaire » amorcé dans de certaines mairies depuis les dernières élections municipales. Xavier Croci, du Forum de Blanc-Mesnil, a notamment pris la parole pour décrire comment la nouvelle équipe municipale en place, usant d’arguments contre « l’élitisme », a déconventionné le lieu qu’il dirige (nous en parlions ici-même lundi dernier). L’appel du Syndeac, diffusé dans la journée, évoquait les dangers menaçant « les équipes artistiques, les lieux de création et de représentation, les théâtres, les centres d’art… » Et force est de constater , estime Libération, que, cinq mois après la promesse faite par Manuel Valls de « garantir le budget de la culture pour les trois années à venir », le gel récent de 8% des crédits d’intervention du ministère de la Culture, et la baisse des dotations aux collectivités locales, ont fragilisé nombre d’institutions culturelles. En plus de l’hécatombe récente dans les centres d’art (fermeture annoncée du Wharf à Hérouville-Saint-Clair et des Eglises à Chelles, disparition probable du CAC de Brétigny-sur-Orge), les orchestres des Musiciens du Louvre à Grenoble et des Arts florissants à Caen ont vu remise en cause la convention qui les liait à la ville (nous en reparlerons jeudi). Et si le dégel des subventions n’est pas accordé au Festival d’Avignon, comme l’an dernier, il aurait à souffrir d’une baisse de 300 000 euros dans son budget.” “Est-ce, en filigrane, l’avènement d’un nouveau modèle de financement, qui remet en question soixante-dix ans de décentralisation culturelle ?” Longuement interviewée deux jours plus tard, toujours par Libération , qui titrait en une : « Gauche et culture, le malaise » , la ministre de gauche de la Culture bottait quelque peu en touche, expliquant en somme que ce n’est tout de même pas sa faute si les collectivités locales répercutent les baisses de dotation de l’Etat, décidées par le gouvernement auquel elle appartient, sur la culture, qui devient ainsi une variable d’ajustement. « Ce n’est pas à l’Etat de dire [aux collectivités locales] de baisser tel budget ou d’augmenter tel autre… , explique-t-elle, avant de rappeler : ce sont les choix d’exécutifs locaux, élus par des citoyens.” Et puis si Fleur Pellerin n’a pas le temps de lire des romans, elle s’en garde pour aller au théâtre. « Certains disent que je ne vais jamais au théâtre, mais eux non plus visiblement, sinon on s’y serait croisé , assure-t-elle. J’ai par exemple vu, en voisine, à la Comédie Française, Antigone et un Chapeau de paille d’Italie ; au théâtre de la Colline une très belle pièce de Arne Lygre, très exigeante pour les comédiens, Exoconférence d’Alexandre Astier, aussi… Je suis allée voir le ballet de l’Opéra de Lyon, Forsythe, Carolyn Carlson, j’ai ouvert la Belle Saison pour l’enfance et la jeunesse au théâtre de Chaillot – une très belle initiative du ministère de la Culture – sans compter les concerts et les sorties à l’opéra… [Jeudi] soir, j’ai assisté à la première de Répétition , la pièce incroyable de Pascal Rambert.” Et vendredi, selon Le Figaro , la ministre “est allée voir Exhibit B, le spectacle polémique sur le thème des zoos humains” . Je serais vous, Arnaud Laporte, je proposerais à Fleur Pellerin d’être l’invitée de la semaine de la Dispute…

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