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Manet, le choc vénitien (par Christophe Payet)

6 min

Qui a dit que Manet était un peintre sous influence espagnole ?

Et bien à peu près tout le monde ! Baudelaire, Zola, Malraux... énumère le Figaro.

Et pourtant, une exposition au Palais des doges, à Venise, « révèle plutôt une passion pour les maitres italiens », écrit le journaliste Eric Biétry-Rivierre.

Guy Cogeval, président du musée d'Orsay et commissaire de « Manet. Retour à Venise », justifie ce parti pris : « S'il a aimé et travaillé à partir de Velasquez, Goya ou Murillo, il connaissait surtout leurs œuvres par la gravure. En revanche, il avait accès au Louvre et à de très nombreux chefs-d’œuvre de l'art italien. Et il a voyagé par trois fois en Italie. »

Au total, une vingtaine d’huiles de Manet doivent démontrer ses emprunts et citations.

Mais le clou du spectacle, c'était l'accrochage côte à côte, de l' « Olympia » de Manet et de la « Vénus d'Urbino » de Titien. Jamais la première n'avait bougé de Paris depuis qu'elle a été offerte à l'Etat en 1890. Et les deux œuvres de nus, pourtant si proches, n'avaient jamais été confrontées.

Dans Le Point, Christophe Ono-Dit-Biot nous raconte l'épopée fantastique de cette confrontation. Il retrace avec lyrisme l'aventure de ce qu'il appelle « Le choc du siècle », entre les « deux plus beau tableaux du monde ». « Un choc sensuel de peau et d'étoffe, un duel bouleversant de volupté ».

Pour le journaliste, « c'est un fantasme qui se réalise, presque un miracle ».

Mais avant de pouvoir gouter ces « deux machines à plaisir », réunies sur un même mur aubergine, Christophe Ono-Dit-Biot, revient sur le périple initiatique qu'ont dû affronter les deux chef d'oeuvres.

Par une aube d'avril, « Olympia » de Manet quitte le musée d'Orsay en camion banalisé. Dans un « caisson climatique taillé à ses mesures », précise-t-il. L'escorte est discrète mais bel et bien puissante. Direction le Tronchetto, où elle embarque.

Mardi 18 avril : la caisse est enfin couchée sur le sol du palais des Doges. « A la perceuse, un agent de sécurité dévisse la trentaine de clous enfermant la beauté ». Le journaliste parle « d'anti-enterrement ».

Sept couches de mousse le sépare encore de la divine catin. « Ce qu'on va voir là, on le voit une fois dans sa vie », s'émeut Guy Cogeval, qui supervise l'accrochage. Puis la courtisane apparaît... avec son ruban au cou.

Le journaliste cite alors l'écrivain Michel Leiris et sous sa plume transparaitrait presque sa fébrilité face à « Olympia » : ce noeud est « aussi pimpant que celui qui scelle un paquet renfermant un cadeau, au dessus de la fastueuse offrande des deux seins ».

Trois heures après la Venus les rejoint, après une exfiltration tenue secrète de la galerie des Offices, à Florence.

Alors forcément une fois au mur, on ne peut pas s'empêcher de comparer les deux versions. De jouer au jeu des 7 différences.

Le journaliste du Point croit même savoir que la télévision italienne devrait organiser un concours : Chi è la piu bella ? Qui est la plus belle ?

Pour Guy Cogeval, « la plus putain des deux n'est pas celle que l'on croit. Victorine Meurent, le modèle de Manet, se contente de poser à la courtisane , alors que celle de Titien en est une vraie, qui se caresse le sexe en nous regardant ».

« Olympia, elle a la main pressée tel un poulpe sur son entrecuisse », précise le journaliste du Point. « Pourquoi faire barrage au désir ? », s'inquiète-t-il. « On soupir. On frémit. »

Dans le Figaro, Adrien Goetz n'a pas la même vision. Pour lui, « le geste pudique et troublant de la main (du Titien) se transforme en attitude obscène ». Il cite alors Paul Valéry, pour qui Olympia est une « vestale bestiale vouée au nu absolu ».

Pourtant, les dessous de ce face-à-face dénudés sont beaucoup moins affriolants....

Le Figaro décrypte le « ballet diplomatique » auquel cette exposition a donné lieu.

Car au-delà de leur transport délicat, réunir les deux plus beaux nus du monde a été une opération particulièrement périlleuse. Et paradoxalement, l’œuvre la plus difficile à faire bouger a été la Venus de Titien. L’œuvre est conservé au Musée des Offices de Florence, à 300 km seulement de Venise.

Mais en 2008, l’œuvre avait quitté le pays pour la première fois. Elle avait été prêtée au Musée national d’art occidental de Tokyo, en contrepartie de la restauration pour 400 000 euros de La Bataille de San Romano de Paulo Uccello.

Mais ce prêt a fait un tel scandale, que le musée s’est ensuite refusé à toute sortie du tableau. 300 artistes et intellectuels italiens avaient signé une lettre de protestation. Et un sénateur s’était même enchainé en vain aux portes des Offices.

Convaincre de la pertinence d’une sortie exceptionnelle de la Vénus à Venise relevait donc du défi. Même si, après tout, c’est ici que Titien avait peint la toile.

Six mois auront été nécessaire… Le temps que le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, écrive à son homologue italien. Lequel a dû répercuter la demande au premier ministre, Mario Monti.

Du côté Français, le prêt d’Olympia de Manet a été beaucoup plus simple. Etant donné le caractère exceptionnel, Guy Cogeval a demandé l’aval de François Hollande. Qui lui a laissé toute la liberté de décider.

La rencontre allait pouvoir se faire.

Enfin alors, « c'est le G2 dont tout le monde rêvait », estime Christophe Ono-Dit-Biot. Le choc peut commencer.

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