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Misère des conservatoires, abondance d'Offenbach

5 min

“Les conservatoires de musique ne sont pas la passion d’Aurélie Filippetti , déplore Jacques Drillon dans Le Nouvel Observateur. Après avoir amputé de 25%, l’an dernier, la subvention que l’Etat leur versait, elle s’apprête à la diminuer de 31%. Certes, la part du ministère ne représentait que 5% à 10% de leur budget, la ministre ne se fait pas faute de le rappeler mais pour un établissement moyen, cela représente de 200 000 à 300 000 euros en moins : une dizaine de postes supprimés. En France, 140 conservatoires seront affectés. Il faut savoir qu’ils ne sont pas la passion des collectivités locales non plus. Elles renâclent à financer des activités qui ne se traduisent pas par des événements visibles (concerts, spectacles) ou ne drainent pas la foule des guitaristes ou des pianistes. Misère de la musique, musique de la misère” , conclut le critique.

Mais la musique, c’est aussi l’abondance. “Cent cinquante ! C’est le nombre de représentations scéniques d’œuvres d’Offenbach dans les principales salles lyriques du monde, d’ici à juillet 2014 , a compté Thierry Hillériteau dans Le Figaro. Opéras-bouffes, opérettes, opéras fééries ou opéras fantastiques, il y en aura pour tous les goûts. Les standards comme Les Contes d’Hoffmann – qui totalise à lui seul près de la moitié des dates – y côtoient d’authentiques raretés, tels Vert - Vert ou Pomme d’Api. […] Avec 55 représentations, la France, patrie d’adoption du compositeur d’origine allemande, se taille la part du lion dans cette « Offenbacchanale » universelle. Pour les fêtes, Lyon récite Les Contes d’Hoffmann façon Pelly. Toulon réveillonne autour de La Vie parisienne version Nadine Duffaut. Marseille noce avec Orphée aux Enfers, dans la mise en scène légère et enlevée de Claire Servais, importée de Liège. Paris déboutonne La Grande-Duchesse de Gérolstein, pour la recorseter dans une version allégée, revue par Les Brigands, au Théâtre de l’Athénée. Que l’on serve toujours les mêmes Offenbach, qui plus est « cuisinés à toutes les sauces », voilà qui hérisse le chef et musicologue Jean-Christophe Keck, en charge de la monumentale édition critique de l’œuvre du compositeur chez Boosey & Hawkes. S’il reconnaît que « les recherches musicologiques autour d’Offenbach commencent à porter leurs fruits » - Lyon appuie ainsi sa reprise des Contes d’Hoffmann sur son édition critique – il déplore que l’on prenne autant de libertés sur scène. Comme pour lui donner raison, Laura Scozzi, à l’Opéra de Bordeaux, achevait en avril dernier de désacraliser la « divine comédie » d’ Orphée. Avec elle, l’Acropole est une barre HLM, Eurydice une vulgaire shampouineuse, l’Olympe un Ehpad pour grabataires finissants, tandis qu’au comptoir du Styx, Khadafi et Ben Laden servent alcools et stupéfiants. De même, dans La Grande-Duchesse de Gérolstein des Brigands, au Théâtre de l’Athénée, et celle de l’Opéra royal de Liège, la liberté fait des étincelles. A Paris, l’œuvre passe de trois heures à une heure trente. Les chœurs disparaissent. L’orchestre de quarante musiciens chute à neuf. Même le titre est réduit pour devenir La Grande-Duchesse, d’après Offenbach. Une démarche que revendique Christophe Grapperon, directeur musical des Brigands. « Offenbach ne rechignait pas à la transcription, justifie-t-il. Que ce soit pour la province ou parce qu’il trouvait que tel passage fonctionnait mal, il n’hésitait pas à refaire l’orchestration, supprimer tel air ou changer telle scène du livret. »

Keck s’insurge : « On exagère par commodité cette tendance à la transcription. Quand bien même il le faisait, lui seul en a le droit. Et d’ajouter : si certains se sentent des velléités de créateur, pourquoi ne pas écrire leurs propres opérettes ? Le genre, totalement mort en France, y gagnerait peut-être plus qu’Offenbach, que l’on dénature ! » Pour lui, on ne prendrait jamais les mêmes libertés avec la musique ou le livret chez un Wagner ou un Verdi. Pourtant, les Brigands persistent et signent : « Je ne remets pas en cause la qualité et l’utilité du travail de Keck. Mais je ne crois pas que nos deux démarches soient antinomiques », poursuit Grapperon. Avant de rappeler que leur adaptation s’appuie justement sur l’édition critique réalisée par Jean-Christophe Keck, et le « livret de censure ». Présenté aux autorités quelques jours avant la première de l’ouvrage, en 1867, ce dernier ne portait que le nom de Grande-Duchesse, Gérolstein ayant été ajouté ensuite pour éviter toute assimilation avec un duché européen existant. A Liège, l’orchestration reste inchangée. D’ailleurs, « on n’a rien touché d’Offenbach, se défend le metteur en scène et directeur de l’Opéra royal Stefano Mazzonis Di Pralafera. Juste quelques coupes, car l’ouvrage est de toute façon trop long. Et de petits ajustements dans le livret. Et aussi quelques ajouts dans les dialogues. » Et encore quelques changements dans les airs : « Au galop ! » devient « Aux fourneaux ! », la revue de troupe de la Duchesse se mue en revue de brigade hôtelière. La raison ? Mazzonis transpose l’ouvrage dans un concours culinaire, ressemblant en tout point à l’émission « Masterchef » ! « Offenbach est indissociable de la société de l’époque, argumente-t-il. De son temps, la guerre était une chose banale, comme le sont de nos jours les concours de cuisine. »« Absurde !, rétorque Keck. Si Offenbach a traversé les siècles, alors que le reste de l’opérette française est tombée en désuétude, c’est justement parce que son œuvre n’a rien de daté : elle est aussi atemporelle qu’universelle. »

Eternelle dispute des classiques et des modernes, Offenbach en aurait sans doute malicieusement tiré une opérette…

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