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Molières et intégristes, la suite

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Dans cette revue de presse ce soir : deux nouveaux épisodes d’affaires déjà racontées ici.

Début décembre, j’avais évoqué les menaces qui portent sur la cérémonie des Molières, prévue au départ le 2 avril. “Voilà quatre mois que la guerre est déclarée et l’affaire des Molières 2012 est en train de virer à la tragi-comédie , écrivait hier Jean-Luc Bertet dans Le Journal du Dimanche . Les hostilités , rappelons-nous, ont commencé en novembre dernier quand, contestant les modalités d’attribution des prix, et réclamant la création d’un prix du public, 29 directeurs de salles, sur la cinquantaine que regroupent les Théâtres privés associés de la capitale, ont fait part de leur volonté de ne plus participer à la manifestation. En décembre, joignant le geste à la parole, ils ont franchi une étape supplémentaire en supprimant la subvention de 50 000 € que le Fonds de soutien au théâtre privé accordait à l’académie des Molières. Effrayée par cette guerre intestine, France 2, qui diffusait la manifestation, a décidé de surseoir à ses engagements jusqu’à une conciliation.“ Conciliation qui semblait en bonne voie, puisque le 27 février, on apprenait dans Le Figaro que “suite à la décision de plusieurs théâtres privés de ne plus participer à la cérémonie des Molières, le ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, avait décidé d’organiser une mission de médiation. Elle était confiée à Jean de Saint-Guilhem, ancien directeur de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles (la DMDTS). Il devait rencontrer les différentes parties en conflit et faire dans les deux semaines des propositions pour résoudre cette crise.“ Deux jours avant, Libération nous informait que “la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) s’opposait à la disparition, « même temporaire », de la cérémonie des Molières, qui « appartient aux artistes qu’elle honore, et nul n’a le droit de prendre leur travail en otage ».“ Et que “la soirée restait programmée le 29 avril aux Folies Bergère, à Paris.“

“Le vote permettant de nommer les prétendants aux Molières a donc eu lieu comme prévu en février , poursuit Jean-Luc Bertet dans le JDD . Pas suffisant pour une armistice. Et pour cause, le tribunal de grande instance a ordonné mercredi « la séquestration des bulletins par huissier jusqu’à ce qu’un accord intervienne entre les parties ». Les contestataires, qui ont obtenu ce jugement en référé, plaidaient le vice de forme – la composition des jurys du privé et du public n’ayant pas été affichée sur le site conformément aux statuts de l’académie. Y aura-t-il une cérémonie diffusée à la télévision ? Déjà déplacée au 13 mai sur une suggestion de France 2, elle est désormais fonction d’une hypothétique conciliation. Direct 8, un temps pressentie, a jeté l’éponge. Désormais, tout laisse penser que la 26e édition sera fatale aux Molières, au moins sous la forme qu’ils ont connue jusqu’à maintenant.“ Pour Le Parisien , c’est “un sérieux revers pour la présidente de l’association les Molières, Myriam de Colombi, qui garde la foi malgré tout : « Nous sommes toujours en médiation. France Télévisions m’a proposé la date du 13 mai, et je ferai tout pour. » De leur côté, les 29 directeurs de salle en révolte attendent toujours « un geste significatif » de sa part. Eux proposent de carrément reporter la soirée au 18 novembre, après l’élection d’un nouveau bureau à la tête des Molières ? Suite au prochain acte.“

Nouvel épisode également dans le conflit, nettement plus violent, des fondamentalistes chrétiens contre certaines pièces qu’ils jugent « blasphématoires », on en a souvent parlé ici. Plusieurs journaux, dont Le Monde , ont repris et commenté une dépêche de l’AFP, qui relatait comment “l’auteur, metteur en scène et directeur du Théâtre du Rond-Point à Paris Jean-Michel Ribes, qui avait accueilli en décembre dans son théâtre Golgota Picnic, pièce dénoncée par les traditionalistes, a été agressé mardi 13 mars à Nancy par deux hommes se réclamant de l’intégrisme catholique, qui lui ont jeté au visage « une assiette remplie d’excréments et de tracts », a indiqué mercredi la direction de l’Opéra de la ville.“ “Des tracts de merde, donc. Absolument illisibles.“ , a commenté Libération . Le Monde précise que “Ribes n’a pas été blessé, mais est « particulièrement choqué », indique dans un communiqué l’Opéra national de Lorraine, où était présenté la semaine dernière son spectacle René l’énervé. « Ce sont des fascistes déguisés en curés : à force d’entendre des propos de Guéant, de Hortefeux, toujours plus à droite, ça banalise un discours d’extrême droite », a déclaré le metteur en scène, qui affirme ne pas vouloir se « laisser intimider ». Les auteurs n’ont pu être interpellés, mais l’agression s’est déroulée sous une caméra de surveillance. Jean-Michel Ribes a déposé plainte mercredi 14 mars pour violences.“

Voilà qui devrait donner quelques idées aux opposants à la cérémonie des Molières, pour le jour où ils seront à court d’argument…

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