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Musiciens contre extrémistes

5 min

Ce soir, la musique en butte à l’extrémisme politique. On a appris dans Les Inrockuptibles que “le Bloc identitaire s’est élevé contre la programmation des concerts de Kery James, les 15 et 16 mai à la Maison de la culture de Grenoble. En cause, Lettre à la République, un titre du nouvel album du rappeur intitulé 92.2012. Le mouvement d’extrême droite s’insurge contre le « racisme anti-Blanc » véhiculé selon lui dans les paroles, et « déplore qu’un tel concert soit programmé dans une salle […] financée par la municipalité, le conseil général et le ministère de la Culture ». Les militants ont lancé une opération « TCF » (pour téléphone, courrier électronique, fax). Le principe : inonder de mails et d’appels les différentes structures concernées, Maison de la culture en tête… Michel Orier, son directeur, a dû mettre en place un dispositif spécial de sécurité.“

Beaucoup plus au sud, au Mali, des musiciens sont confrontés à des extrémistes autrement plus redoutables, comme l’a raconté Patrick Labesse dans Le Monde : “Choqués après le coup d’Etat qui a renversé le président Amadou Toumani Touré, le 22 mars, et la prise de contrôle du nord du pays par les rebelles touareg et les islamistes de différents groupes armés, révoltés par les exactions qui y sont commises, les artistes maliens se mobilisent . A Bamako, des concerts pour sensibiliser et récolter des fonds d’aide aux populations du nord s’organisent. Salif Keïta projette un événement de grande envergure courant juin.

Le samedi 19 mai, à Paris, plusieurs noms réputés de la musique malienne vivant en France (dont Mamani Keïta, Moriba Koïta et Fatoumata Diawara) se sont retrouvés avec d’autres collègues de la scène parisienne africaine au studio de l’Ermitage, pour participer à un concert acoustique, après une conférence-débat lancée à l’initiative du Collectif Action Mali (le CAM). Créé en France en avril par Cheick Tidiane Seck (musicien), Jean-Marie Ballo (ancien athlète de haut niveau) et Habib Dembélé (comédien), ce collectif entend mettre en place des actions d’information et de « soutien aux populations sinistrées du nord du Mali ». Un autre concert est prévu à la fin du mois de juin à Paris.

Les organisateurs du débat et du concert du 19 mai évoquent « la gravité des événements récents et l’urgence humanitaire causée par la partition du Mali ». Un rapport d’Amnesty International, publié le 16 mai, insiste par ailleurs sur le climat de peur qui s’est installé dans le nord du pays.

La chanteuse Fatoumata Diawara a du mal à taire ses angoisses : « je ne m’imagine pas un instant retourner dans mon pays en étant obligée de me couvrir la tête parce que, du jour au lendemain, certains auraient décidé de faire du Mali un pays islamique. C’est effrayant ce qui se passe. Je suis musulmane, je prie, mais je suis aussi profondément attachée à la laïcité. Les femmes maliennes commencent juste à s’émanciper, à prendre la parole. Moi, je parle de l’excision aujourd’hui dans mes chansons, mais il y a dix ans, je ne pouvais pas. Et on nous demande maintenant de revenir en arrière ? C’est absurde et intolérable. »

A chacun de ses concerts, elle se fait un devoir de dénoncer la situation actuelle au Mali. « Nous devons préserver et défendre le caractère laïque de la société civile », renchérit Cheick Tidiane Seck. Originaire de Ségou, ville située au nord de Bamako, où il est né en 1953, Cheick Tidiane Seck habite en France depuis la fin des années 1980. Claviériste, chanteur, auteur-compositeur, il s’implique régulièrement dans la réalisation artistique de projets discographiques ou scéniques – notamment sur les albums Amen de Salif Keita (1991), Sarala avec le pianiste américain Hank Jones (1995), Read Earth, de Dee Dee Bridgewater (2007).

Depuis Bamako, où elle a créé il y a quelques années la Fondation Passerelle, avec pour objectif, dit-elle, « de contribuer à créer une industrie culturelle malienne », Rokia Traoré disait également, quelques jours plus tôt, ses appréhensions. « La situation dans le nord m’inquiète. Je pense que la plus belle façon de croire en Dieu est de choisir sa voie en toute liberté. » « Le Mali est un pays musulman à 95%, ces gens-là n’ont rien à nous apprendre par rapport à l’islam. Chacun est libre d’exprimer sa façon de faire par rapport à l’adoration de Dieu », renchérit à Bamako Toumani Diabaté, star internationale de la kora, la harpe-luth des griots d’Afrique de l’Ouest.

A l’instar de son compatriote, Rokia Traoré se dit avoir été d’abord extrêmement choquée quand le coup d’Etat s’est produit, parce que « le Mali était un modèle de démocratie », depuis la chute de Moussa Traoré, en 1991. « Toujours est-il que je ne m’attendais pas à ce que le désespoir et le manque de perspective poussent la population à saluer un coup d’Etat après vingt ans de démocratie ! », poursuit la chanteuse, pointant comme la majorité de la population malienne, la corruption qui « était de plus en plus flagrante et impunie, y compris aux plus hauts niveaux de l’administration et de la gestion de l’Etat ».“

Etrangement, l’article du Monde est illustré par une photo du groupe Tinariwen, collectif de musiciens touareg non cités dans l’article, mais proche, autant que je sache (Véronique Mortaigne me corrigera peut-être), de la rébellion qui a pris le pouvoir au Nord du pays…

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