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Musique et politique, mélange détonnant

5 min

La musique adoucirait les mœurs ? A d’autres ! Quand la politique s’en mêle, elle fait surtout perdre ses nerfs, en témoigne cet étonnant dérapage estival, rapporté par Ivan A. Alexandre dans sa chronique de Diapason. “Samedi 6 juillet à 21h30 , raconte-t-il, l’Opéra de Lyon élargissait son domaine à quatorze écrans géants répartis dans la région Rhône-Alpes – dont un au cœur de la cité. La chose accomplie, Monsieur Gérard Collomb, maire de Lyon, inscrivait sur son compte Twitter : « Immense succès populaire pour la retransmission Place des Terreaux de La Flûte enchantée » . Immense succès ? La juriste et femme publique Myriam Pleynard, candidate malheureuse aux primaires de l’UMP en vue des prochaines élections municipales, réagit sur Facebook. Ecoutez ça. « Passionnée de musique classique, je ne déteste pas La Flûte enchantée . Mais ce qui me dérange c’est que La Flûte enchantée de MOZART est la musique de référence des francs-maçons du Grand Orient de France, ceux-là mêmes d’où est sorti le mariage gay ainsi que la plaidoirie pour la théorie du genre. Ce soir c’est le veau d’or qui est fêté en la Place des Terreaux. MOZART, ce n’est pas ça. MOZART c’est la rectitude, le génie dans la beauté exaltée, la magnificence. COLLOMB nous dit donc bien indirectement ce soir, avec le concert de La Flûte enchantée , sur la Place des Terreaux, aux pieds de la mairie centrale : je suis pour le mariage gay et la théorie du genre. DONT ACTE. »

Naguère Papageno de rêve, le baryton Stéphane Degout commente sur le blog Lyonnitude(s) : « Madame PLEYNARD a oublié de préciser que La Flûte enchantée est aussi un opéra raciste et misogyne. Une lourde tâche l’attend, faire le ménage dans le répertoire. » Excellente initiative , approuve le chroniqueur de Diapason . Parce que si La Flûte enchantée, où Gilles Deleuze a dû voir l’apothéose du familialisme gnangnan, annonce le mariage gay, alors La Calisto, Iphigénie en Tauride, Don Carlos et Les Aventures du Roi Pausole, misère !”

Pour énerver tout le monde, il faut donc des artistes, des politiques, ajoutez des architectes, et ça donne le bazar magnifique du chantier de la Philharmonie de Paris, auquel Claude Askolovitch consacre un long et passionnant article dans l’édition française de Vanity Fair . On y comprend enfin quelque chose… “Au nord de Paris, écrit-il, porte de Pantin, au bord du périphérique saturé, le cachalot de béton qui s’élève sera un jour magnifique – on en devine, selon les angles, la future majesté – mais il n’est pour l’instant qu’une coûteuse brutalité. Les meilleurs s’y engluent, les amitiés s’y bisent, l’argent s’y gaspille et les rêves s’y corrompent. […] La philharmonie, ce joyau [que Jean Nouvel] voulait offrir à la capitale, est devenue son absurdité. La construction traîne en longueur, s’étale, les coûts enflent. La grande salle de concert parisienne fut estimée en 2001 à 110 millions d’euros. Douze ans plus tard, le coût réel a plus que triplé, et ce n’est pas fini. […] Achevée, la philharmonie de Paris accueillera les plus grands orchestres du monde dans une salle à l’acoustique inouïe le son enveloppera les spectateurs, rebondissant sur des nuages suspendus au plafond et circulant derrière des balcons en lévitation. L’édifice abritera un musée de la musique et des salles de répétitions, il prolongera le parc de la Villette et les amoureux contempleront la ville depuis son toit. Ce ne sera pas en 2013, comme on l’a cru jadis, ni en 2014, comme on l’a dit longtemps, mais en 2015 si tout va bien, en janvier, voire en septembre. « Le plus tard possible : 2015, 2016, ça nous ira », ricane Bruno Julliard, adjoint à la culture [de la Ville de Paris], qui dit ne pas savoir comment le fonctionnement de la salle sera financé ni si tout ceci en valait la peine.”

Un “musicien de 88 ans, fragile et rayonnant comme son âge, est le vrai père de la philharmonie. […] Aujourd’hui encore, les adversaires de la philharmonie, s’ils redoutent qu’elle engloutisse les subventions vitales pour les petits orchestres, n’osent le critiquer qu’à voix basse. Ils craignent ses foudres. […] Il vit à Baden-Baden depuis les années 1950, dans une demeure de maître proche de la Forêt-Noire. On le visite comme un vieil oracle, pour revenir à l’essentiel. « Il y a plus d’audace et de modernité dans Le Sacre du printemps d’Igor Stravinsky que chez tous ces rappeurs et ces rockeurs enfermés dans leur rythme à quatre temps et leurs répétitions sans fin », lance-t-il quand on lui raconte qu’Anne Hidalgo (la candidate socialiste à la Mairie de Paris) envisage d’ouvrir la future philharmonie aux « musiques urbaines ». « Ça ne m’étonne pas, balaie-t-il. J’ai entendu tant de bêtises et de démagogie chez les politiques… » […] Déjà, il pense à l’ouverture de la philharmonie. En dépit de son âge, il n’est pas pressé. […] Il se voit bien inventer le premier programme, en discuter avec Laurent Bayle [l’héritier qu’il s’est choisi, qui dirige la Cité de la musique et probablement la future philharmonie] et son ami Daniel Barenboim. Un jour, Pierre Boulez (puisqu’il s’agit de lui, vous l’aurez reconnu) aura un siècle, il sera un vieillard ténu et aérien comme une note de musique. Quand le premier coup d’archet écorchera bellement la première corde, on oubliera tout” , prophétise Claude Askolovitch en conclusion de son enquête pour Vanity Fair. On aimerait tellement le croire…

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